‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 478 sur 725 · l'lus-(|uo-|)aifait du subjonciif, au · texte numérisé non relu

l'lus-(|uo-|)aifait du subjonciif, au

â02 MORCEAUX CHOISIS DES AUTEURS DU XVI® SIÈCLE.

gelte S n'a point cncores fleury : tant s'en fault qu'elle ait apporté tout le fruict qu'elle pourroit bien produire. Cela certainement non pour le default de la nature d'elle, aussi apte à engendrer que les autres : mais pour la coulpe ^ de ceux qui l'ont eue en garde, et ne l'ont cultivée à suffisance; ains^, comme une plante sauvage, en celuy mesmes désert ou elle avoit commencé à naistre, sans jamais Tarrouser, la tailler, ny défendre des ronces et espines qui luy faisoient ombre, l'ont laissée envieillir et quasi mourir. Que si les anciens Romains eussent esté aussi negligens à la culture de leur langue, quand premièrement elle commença à pulluler*, pour certain en si peu de temps elle ne fust devenue si grande. Mais eux, en guise de bons agriculteurs, l'ont premièrement transmuée d'un lieu sauvage en un domestique^ .-puis à fin que plus tost, et mieux elle peust fructifier, coupant à l'entour les inutiles rameaux, l'ont pour eschange d'iceux restaurée de rameaux francz^ et domestiques ''j magistralement tirez de la langue Greque : lesquels soudainement se sont si bien entez et faictz semblables à leur tronc, que désormais n'apparoissent plus adoplifs, mais naturels. De la sont nées en la langue Latine ces fleurs et ces fruiclz colorez de ceste grande éloquence, avec ces nombres* et ceste liaison si artificielle ^ : toutes lesquelles choses non ^^ tant de sa propre nature que par artifice ", toute langue a coustume de produire. Donques si les Grecs et Romains plus diligens à la culture de leurs langues que nous à celle de la nostre, n'ont peu trouver en icelles, sinon avecques grand labeur et industrie, ny grâce, ny nombre, ny finablemenl'^ aucune éloquence, nous devons nous émerveiller, si noslre vulgaire^* n'est si riche comme il pourra bien es tre, et de là prendre occasion de le mespriser comme chose vile, et de petit pris i* ? Le temps viendra (peut astre), et je l'espère, moiennant la bonne destinée Françoise, que ce noble et puissant royaume obtiendra à son tour les resnes de la Monarchie^*, et que nostre langue (si avecques François n'est du tout ensevelie la langue Françoise i") qui commence encor'

Page 1