Dés qu'on l'aborde
|0. On le mette à l'épreuve.
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Le mener par le nez, le louer sobrement,
Et d'un petit soub-ris S et branslement de teste
Devant les grands seigneurs luy faire quelque feste :
Le présenter au Roy, et dire qu'il fait bien,
Et qu'il a mérité qu'on luy face du bien.
Ainsi tenant tousjours ce povre homme soubs bride,
Tu te feras valoir en luy servant de guide :
Et combien que tu sois d'envie espoinçonné ^,
Tu ne seras pour tel toutefois soubsonné'.
Je te veux enseigner un autre poinct notable : Pour ce que de la court l'eschole c'est la table, Si tu veux promptement en honneur parvenir, C'est ou plus sagement il te faut maintenir. Il fault avoir tousjours le petit mot pour rire, Il fault des lieux communs, qu'à tous propos on tire, Passer ce qu'on ne sçait, et se montrer sçavant En ce que Ion aleu* deux ou trois soirs devant.
Mais qui des grands seigneurs veult acquérir la grâce Il ne fault que les vers seulement il embrasse ; Il fault d'autres propos son stile déguiser Et ne leur fault tousjours des lettres deviser ^. Bref, pour estre en ces art des premiers de ton aage Si tu veux finement jouer ton personnage, Entre les courtisans du sçavant tu feras. Et entre les sçavans courtisan tu seras.
Tel estoit de son temps le premier estimé. Duquel si on eust leu quelque ouvrage imprimé, Il eust renouvelé (peut estre) la risée De la montaigne enceinte ' : et sa Muse prisée Si hault auparavant, eust perdu (comme on dit) La réputation qu'on luy donne à crédit. Retien donques ce poinct : et si tu m'en veux croire, Au jugement commun ne hasarde ta gloire. Mais sage sois content du jugement de ceux Lesquelz trouvent tout bon'', ausquelz plaire tu veux, Qui peuvent l'avancer en estais et offices, Qui te peuvent donner les riches bénéfices,