‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 493 sur 725 · D'Hippocrène · texte numérisé non relu

D'Hippocrène

n. Pi^; Rsp.

JOACHIM DU BELLAY. 2\i

Je veux en premier lieu que sans suivre la trace (Comme font quelques uns) d'un Pindare et Horace, i;t sans vouloir, comme eux, voler si haultement, Ton simple naturel tu suives seulement.

Ce procès tant mené ^, et qui encore dure'-^. Lequel des deux vault mieulx, ou l'art, ou la nature, En matière de vers, à la court est vuidé : Car il suffit icy que tu soyës guidé Par le seul naturel, sans art et sans doctrine, Fors cest art qui apprend à faire bonne mine. Car un petit sonnet qui n'a rien que le son, Un dixain à propos, ou bien une chanson Un rondeau bien troussé, avec une ballade (Du temps qu'elle couroit) vault mieux qu'une Iliade. Laisse moy doncques là ces Latins et Grégeois, Qui ne servent de rien au poëte François, Et soil la seule court ton Virgile et Homère Puisqu'elle est (comme on dit) des bons esprits la mère' La court te fournira d'arguments suffisants, Et seras estimé entre les mieulx disans. Non comme ces rêveurs, qui rougissent de honte Fors entre les sçavans, desquelz on ne fait compte.

Or si les grands seigneurs tu veux gratifier *^, Argumens à propos il te fault espier : Comme quelque victoire ou quelque ville prise, Quelque nopce, ou festin, ou bien quelque entreprise De masque ^, ou de tournoy : avoir force desseings*, Desquelz à ceste fin tes coffres'' seront pleins.

Quelque nouveau poëte à la court se présente *, Je veux qu'à l'aborder ^ finement on le tente "^ : Car s'il est ignorant, tu sçauras bien choisir Lieu et temps à propos, pour en donner plaisir : Tu produiras par tout ceste besle, et en somme, Aux despens d'un tel sot tu seras galland homme. S'il est homme sçavant, il te fault dextrement

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