Je rae fatigue, je travaille
2. Cette pièce est la seconde de treize pièces réunies sous le titi-e de Vœux rustiques ; elles sont imitées de treize pièces latines composées par le poëte André Naugerio, noDle Vénitien qui vivait au commencement du seizième siècle. Voici la pièce de Naugerio dont du Bellay a transformé les distiques monotones en un rhythrae gracieux et léger :
Vota ad auras Aurse quK levibus percurritis aéra pennis
Et strepitis blando per nemora alta sono. Séria dat haec vobis, vobis hœc rustica Simon
Spargit odoralo plena canistra croco.
Vos lenile œstum et paleas sejungite inanes,
Dum medio fruges ventilât ille die.
3. Ce sonnet a été écrit en 1556, au moment de l'abdication de Charles-Quint.
Le pape Paul IV entreprenait alors une expédition malheureuse contre le royaume de Naples qui appartenait à l'Espagne.
XVI'' SIECLE
2i8 MORCEAUX CHOISIS DES AUTEURS DU XYI' SIÈCLE.
RONSARD
Pierre de Ronsard naquit le II septembre 1524 h Vendôme d'une vieille famille originaire des bords du Danube et établie en France depuis Philippe de Valois. Son père avait suivi François l" dans sa captivité à Madrid. Après un court séjour au collège de Navarre, à peine âgé de dix ans, il entra dans la maison du duc d'Orléans, fils du roi, qui l'accueillit en faveur des services de son père. Il s'attacha ensuite à Jacques Stuart qu'il accompagna en Ecosse, et resta trois ans en Angleterre. Puis il rentra en France, chez le duc d'Orléans qui, appréciant ses talents, l'envoya dans diverses ambassades en Flandre, en Hollande, en Grande- Bretagne où il pensa périr au milieu d'une tempête, en Allemagne où il accompagna Lazare de Baïf. Mais ces voyages et les fatigues de la vie de cour épuisaient sa santé. Il tomba malade, et fut atteint de surdité.
Forcé d'abandonner le service des princes, il s'enferma au collège Coqueret où il retrouva le fils de Lazare de Baïf, Jean, avec qui il étudia passionnément les littératures anciennes. C'est là encore qu'il connut Jodelle, Belleau, Du Bellay étudiant sous Jean Daurat. Le vieil humaniste communiqua à ses jeunes auditeurs son admiratitfii enthousiaste pour la poésie des Grecs et des Latins, et Ronsard conçut l'ambition de doter à son tour son pays de semblables chefs-d'œuvre. La tentative de Ronsard fut une véritable révolution dans la poésie. Ses amis l'acclamèrent comme le chef d'une nouvelle école et devinrent ses disciples. Sous le titre de Défense et Illustration de la Imi/jue française. Du Bellay lança en 1549 un manifeste qui déclarait la guerre à, l'école de Marot, et l'année suivante Ronsard publia le premier volume de ses odes. Le triomphe fut complet, et dès lors commença co règne de quarante années pendant lesquelles Ronsard demeura le souverain incontesté de la poésie française. Sa mort (27 décembre I5S5) fut un deuil public. Mais l'admiration qui l'avait porté si haut ne devait pas lui survivre. « Du jour où Malherbe biffa un e.xemplaire de ses œuvres^ Ronsard fut condamné à l'oubli, et il s'attacha à, son nom le souvenir ridicule d'une grande entreprise misérablement avortée. Quelques vers dédaigneux de Boileau, voilà tout ce que la postérité, jusqu'à nos jours, garda de la mémoh'e de cet homme qui, au xvi'^ siècle, avait été notre plus grande gloire littéraire. La critique, aujourd'hui plus impartiale, sans rendre à Ronsard le rang suprême que lui donnaient ses contempoi'ains, lui a du moins assigné une place qui ne lui est pas de beaucoup inférieure, »
Voir sur Ronsard et le caractère de sa révolution littéraire, notre Tableau de la littérature au xvi* siècle (section II, ch. ii).
Les œuvres complètes de Ronsard ont été publiées de nos jours par M. Prosper Blanchemain dansla Z^/ô/jo^AèçMe e/zeî;inV>i«e (7 vol. in-18).