‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 514 sur 725 · Contre les Bûcherons de la forest de Gastine · texte numérisé non relu

Contre les Bûcherons de la forest de Gastine

Escoute, Bûcheron, arresle un peu le bras; Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ; Ne vois-tu pas le sang lequel dégoûte à force Des Nymphes qui vi voient dessous la dure escorce? Sacrilège meurdrier ^ si on pend un voleur Pour piller un bulin de bien peu de valeur, Combien de feux, de fers, de morts et de détresses Merites-tu, meschant, pour tuer nos Déesses?

Forest, haute maison des oiseaux bocagers! Plus ' le Cerf solitaire et les Chevreuls légers Ne paistront sous ton ombre, et ta verte crinière Plus du Soleil d'Esté ne rompra la lumière.

Plus l'amoureux Pasteur sus un tronq adossé, Enflant son flageolet à quatre trous perse. Son mastin ^ à ses pieds, à son flanc la houlette, Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette ; Tout deviendra muet, Echo sera sans vois; Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois. Dont l'ombrage incertain lentement se remue, Tu sentiras le soc, le contre et la charrue ; Tu perdras ton * silence et haletans d'effroy Ny Satyres ny Pans ne viendront plus chez toy.

AdieUj, vieille Forest, le jouet de Zephyre, Où premier" j'accorday les langues de ma Lyre, Où premier j'entendi les flèches resonner D'Apollon, qui me vint tout le cœur estonner; Où premier admirant la belle Calliope, Je devins amoureux de sa neuvaine trope ^, Quand sa main sur le front cent roses me jeta. Et de son propre laict Euterpe m'allaita.

Adieu, vieille Forest, adieu testes sacrées, De tableaux et de fleurs autrefois honorées. Maintenant le desdain despassans altérez. Qui, bruslez en l'Esté des rayons etherez'', Sans plus trouver le frais de tes douces verdures.

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