‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 564 sur 725 · Bête sauvage, fera · texte numérisé non relu

Bête sauvage, fera

D'un pauvre criminel près d'ouïr sa senlence, Parlant à La Raison, je me suis plaint ainsi :

« lîoync, qni (iciis en nous la divine partie ', Qui nous conduits au ciel, lieu dont lu es sortie, A toy de ce crnel - j'ose me lamanter, Afin qu'ayant ony quelle est sa tyrannie, Et comme csirangoment ses sujets il manie ', Par ton juste support je m'en puis * exanter ^.

« Sur l'avril gracieux de ma tendre jeunesse, Que * j'ignorois cncor que c'estoit de ^ tristesse, Et que mon pi6 volloit quand et ^ ma volonté; Ce trompeur que tu vois, jaloux de ma franchise, Masquant de deux beaux yeux sa cruelle entreprise, Avec un doux accueil deçeut ma liberté.

« Mais qui se fust gardé de se laisser surprendre, Et qui de son bon gré ne se fust venu rendre. Voyant avecques îuy tant de douces bcautez ? Qui ne se fust promis un bien heureux voyage, Ayant la mer paisible, étant près du rivage, Et les petits zephirs soufflans de tous costez?

« 11 se monslroit à moy sur tout autre amiable. Une me faisoit voir qu'un printans désirable. Son visage estoit doux, doux estoient ses propos. Et l'œil qui receloit tous les traits de sa trousse ^ Me perça l'estomach '"^ d'une façon si douce, Que j'estimoy ma peine un désiré repos.

« Mais il ne dura guère en ceste douce sorte ; Car, si tost que mon cccur Iuy eut ouvert la porte, Et que mes sens craintifs eurent reçeu sa loy, Il dépouilla soudain sa feinte couverture ", M'enseignant mon erreur d'avoir fait ouverture '- .\insi légèrement ;\ plus puissant que moy.

« Il banit mes plaisirs et leur donna la fuille. Dont " le libre repos, que j'avois à ma suilte M'abandonna soudain, de frayeur tout surpris; Le travail '* priut sa place, et la tristesse extrême.

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