Peine
io.
Les veilles, les soucis, le mespris de soy-raesme. Qui ne m'oiiL point lasclié depuis que je fus pris.
« Je quilay tout soudain ce qui me souloil plaire*, Ma façon se changea, je devins solitaire, Je portay bas les yeux, le visage et le front ; J'entretins mon désir d'une espérance vainc, Je discourus tout seul, et moy-mesme pris paine De nourrir les douleurs que deux beaux yeux me font
« Soit de jour, soit de nuict, jamais je ne repose ; Je ronge mon esprit, je resve, je compose -, J'enfante des pensers qui me vont dévorant; Quand le jour se départ ', la clairté je désire ; Je souhaite la nuict lorsqu'elle se retire; Puis, attendant le jour, je languis en mourant.
« Dès que l'aube apparoist, je me pers aux vallées, Et dans le plus épais des forests recelées, Pour, sans estre entendu, plaindre ma passion ; J'esmeu l'air et le ciel de ma douleur profonde, FA bref, en me lassant, je lasse tout le monde, Sans que cet inhumain en ait compassion. »
En ce lieu je my fin à mon triste langage. Car mille gros soupirs, qui gardoient le passage Par où couloit ma voix, l'empeschoient de sortir; Puis je fremissoy tout de voir mon adversaire Qui trepignoit des pies, qui bouilloit de cholere. Me menaçant tout bas d'un tardif* repentir.
« Raison, disoit Amour, cnlcn l'autre partie, Et ne conclus devant qu'esire bien advertie : Il faut balancer tout pour juger droitement. Doncques sans t'émouvoir par des plaintes si vaines, Escoute enticrement l'histoire de ses paines, l'^l voy que cet ingrat m'accuse injustement.
« Ingrat est-il vrayment et sans reconnoissance, De me rendre à présent si pauvre recompense Pour cent mille bien-faits qu'il a reçeus de moy; J'ay purgé son esprit par ma divine flarae, L'enlevant jusqu'au ciel et remplissant son ame D'amour, de beaux désirs, de constance et de foy.
« J'ay forcé son dcsir trop jeune et ^olontaire Qui suit le plus souvent ce qui luy est contraire,