Cantique sur la naissance de Nostre Seigneur
Le voicy qui desja souffrant pour le peclié Plore* dans une creiche où foible il est couché, Bien qu'il soit en puissance égal à Dieu sou père : Car pour n'esblouïr point nos yeux de sa splendeur. Sous nostre petitesse il cache sa grandeur, Naissant non en sa gloire, ains ^ en nostre misère.
Regardez quels effets d'ardente charité!
L'éternelle splendeur se vest ^ d'obscurité, Afin que moins luysante elle nous illumine : Dieu se fait fils de l'homme, et sur terre descend, Afin qu'en la vertu de son sang innocent L'homme fait fils de Dieu sur les astres chemine.
Mortel, qui vois icy ton Sauveur nouveau né Gisant si pauvrement, n'en sois point estonné: Ce n'est pas impuissance, il lui plaist ainsi naistre: Il a le mesme bras dont les cieux il voutoit*, Car il ne cesse pas d'estre ce qu'il estoit, Mais ce qu'il n'estoit point il commence de l'estre.
11 commence d'eslre homme, et reste tousjours Dieu, Cachant pour nostre bien dedans ce pauvre lieu L'admirable grandeur de son pouvoir suprême: Et se rendant si foible et demeurant si fort, 11 vient homme impuissant pour endurer la mort, Lt vient tout-puissant Dieu pour tuer la mort mesme....
0 Dieu ! que tesbontcz font d'estranges eiïects ! Et qu'ingrat est celuy qui de tant de bien-faits L'elernel souvenir dans son ame n'engravc^ ! Tu t'asservis à l'homme afin de l'affranchir, Tu t'appauvris loy-mesme afin de l'enrichir, Par la mort de ton Fils rachetant ton esclave.
Quel est nostre mérite, ô puissant Roy desRoys,