‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 601 sur 725 · REGNIER · texte numérisé non relu

REGNIER

Ha! C'est que nostre siècle est en tout perverly.

Mais pourtant quelque esprit, entre ^ tant d'insolence,

Sçait trier le sçavoir d'avecque l'iguorance,

Le naturel de l'art, et d'un œil avisé

Voit qui de Calliope est plus favorisé.

Juste postérité, à tesmoing je t'apelle, Toy qui, sans passion, maintiens l'œuvre immortelle^, Et qui, selon l'esprit, la grâce, et le sçavoir, De race ^ en race au peuple un ouvrage fais voir : Vange ceste querelle, et justement sépare Du Cigne d'Apollon la corneille barbare. Qui, croassant par tout d'un orgueil effronté, Ne couche '* de rien moins que l'immortalité.

(Sat. H, —p. 19.)

2, La servitude de la Cour.

Penser s'affranchir, c'est une resveric :

La liberté par songe ^ en la terre est chérie.

Rien n'est libre en ce monde, et chaque homme dépend,

Comtes, Princes, Sultans, de quelque autre plus grand.

Tous les hommes vivans sont icy bas enclaves;

Mais, suivant ce qu'ils sont, ils diferent d'entraves ;

Les uns les portent d'or, et les autres de fer :

Mais n'en desplaise aux vieux, ny leur Philosopher ®

Ny tant de beaux oscrits qu'on lit en leurs cscoles.

Pour s'affranchir l'esprit ne sont que des paroles.

Au'' joug nous sommes nez, et n'a jamais esté Homme qu'on ayt vu vivre en plaine liberté.

E]n vain me retirant enclos en une estude *, Penseroy-je laisser le joug de servitude ; Estant serf du désir d'aprendre et de sçavoir.

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