‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 600 sur 725 · Contre les mauvais poëtes · texte numérisé non relu

Contre les mauvais poëtes

Si quelqu'un, comme moy, leurs ouvrages* n'estime, Il est lourd, ignorant, il n'aymc point la rime; Difficille, hargneux, de leur vertu jaloux, Contraire en jugement au commun bruit de tous^; Que ^ leur gloire il dérobe, avecq ses artifices. Les Dames cependant se fondent en délices, Lisant leurs beaux escrits, et de jour et de nuit Les ont au cabinet souz le chevet du lict ; Que ^portez à l'Eglise, ils valent des matines*: Tant, selon leurs discours, leurs ceuvres sont divines

Encore après cela ils sont enfants des Cieux, Ils font journellement carousse^ avecq' les Dieux: Compagnons de Minerve, et confis en science, Un cliacun d'eux pense estre une lumière en France.

Ronsard, fay-m'en raison, et vous autres esprits, Que pour estre vivans ^ en mes vers je n'escris, Pouvez vous endurer que cesrauques Cygalles Egallent leurs chansons à voz œuvres Royalles, Ayant vostre beau nom ^ lâchement dementy?

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