‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 655 sur 725 · Jodelle était fier de ses talents multiples · texte numérisé non relu

Jodelle était fier de ses talents multiples

Je dessine, je taille et charpente et maçonne, Je broile, je pourtray, je cou|>pe, je façonne, Je cizele, je grave, rmaillant et doranl. Je grifVoiuie, je peins, dorant et colorant, Je Upisse, j'assieds, je festonne et décore, Je musique, je sonne et je poétise encore.

4. Il avait avancé, au milieu de la représentation, eu place de deux rochnrs, deux clochers entre lesquels devait passer

Tant qu'il sembloit qu'au port Li vague favorable

l.'eust jette par despif, souffreteux, misérable,

Je l'ay, je l'ay receu, non en mon amitié

Seulement, mais (helas ! trop folle) en la moitié

De mon royaume aussi '. J'ay ses compagnons mesme

Ramené de la mort. Ha ! une couleur blesme

Me prend par tout le corps, et presque les fureurs

Me jettent hors de moy, après tant de faveurs.

Maintenant, maintenant il vous a les augures

U'Apollon^; il vous a les belles avantures

De Lycie ; il allègue et me paye en la lin

D'un messager des Dieux qui liaste son destin.

C'est bien dit, c'est bien dit, les Dieux n'ont autre affaire :

Ce seul souci les peut de leur repos distraire 1

Je croirois que les Dieux afTranchis du souci,

Se vinssent empescher ' d'un tel * que cestuy-ci !

Va, je ne te tiens ^ point ! Va, va, je ne réplique

A ton propos, pipeur® ; suy '^ la terre Italique.

J'espère bien en fin (si les bons Dieux aumoins,

Me peuvent estre ensemble et vengeurs et tesmoins).

Qu'avec mille sanglots tu verras le supplice

Que le juste de?tin garde à ton injustice.

Assez tost un malheur se fait à nous sentir;

Mais, las 1 tousjours trop tard se sent un repentir.

Quelque isle plus barbare, où les flots équitables

Te porteront en proye aux Tigres tes semblables ;

Le ventre des poissons, ou quelque dur rocher

Contre lequel les flots te viendront attacher.

Ou le fons * de ta nef, après qu'un trait de foudre

Aura ton mas i*^, ta voile et ton chef '^ mis en poudre,

Sera ta sépulture, et mesmes en mourant,

Mon nom entre tes dents on t'orra'- murmurant,

Nommant Didon, Didon, et lors, tousjours présente,

D'un brandon infernal, d'une tenaille ardente,

Comme si de Megere on m'avoit fait la sœur.

1. Cf. Virgile, Enéide, IV, 373.- Ejectum littore, egentem cxcepi, etc.

2. Nitnc uugur Apollo, i\une Lyciœ sortes (ibid., v. 376). Remarquer la traduction de Lyrix sortes, qui yeut dire oracles d'Apollon lycien.

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