Champ-Fleury, fol. iv, verîo
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVl" SIÈCLE.
ajouter celui de Jean Molinet, et l'on aura les trois maîtres de celte époque.
Jean Meschinot *, que Jean le Maire comparait à Pétrarque, écrit les Lunettes des princes, la Commémoration de N.-S. Jésus- Christ et d'autres poomes moraux et religieux ; Jean Molinet ^ le Temple de Mars, la Vigile des morts, la Complainte de Constantinople, etc.: il met en prose le R'jman de la Rose ; Guillaume Crétin, dit du Bois ^, compose douze livres de chroniques en vers, où il raconte les origines de la France depuis la guerre de Troie jusqu'à la fin de la seconde race. Ces poëtes se font également admirer de leurs contemporains par leurs chants royaux, leurs ballades, leurs complaintes, etc., et surtout par des pièces bizarrement versifiées.
Pour vivre en paix, dit quelque part « le bon Crétin, au vers équivoque, » comme l'appelle Marot '•,
Pour vivre en paix et concorde, qu'on corde »
Guerre, et le chant qu'accord d'elle cordelle :
Qui pour chanter à sa carde s'accorde.
Mal prend sua chaut; amour telle est mortelle.
Guerre a toujours, D\cn scait quelle seguelle ;
Livres en sont de plainctz et crijs escripts ;
De guerre sourt beaucoup plus pleursquc ris 6.
Et ailleurs ;
Quel signe avraide veoir cueurs contritz tant, Qu'es si navré, et te vas constristant Comme s'avant l'cffroy ne sceusse pas Qu'home scavant deust soulFrir sur ce pas ? Souffrir, hélas.' quant feu ou soufre iroit S'offrir ez lacs, l'eau claire en souffriroit. Soubz franc coraigc en soufflette souffrons Souffrons qu'oraiye au nez nous blesse ou frontz ">.
Bimer lourdement des chroniques plus ou moins historiques : écrire de froides allégories rappelant de très-loin le Roman de la
1. Né k Nantes, successivement nviilre d'holel des ducs de Brelannc Jean AI le Bon, François l", Pierre 11, Artus III, et François II; mort on liiU9.
2. iiihliothécaire de Marj^ueritc d'Autriche, chanoine de Valencienncs, historiographe de Maxiinilicn 1<"; mort on laOT.
3. Parce qu'il était trésorier de la chapelle du hois de Yincennes ; plus tard il fut chantre à la Sainte-Chapelle de Paris ; mort en 1525.
4. Voici ce passage de Cl. Marot, intéressant parce qu'on y voit réunis les noms dos écrivains célèbres du temps:
Or doiiqiie esprit) pleins de bonté naifc,
Souffre/, qii'icj avecqiias vous je »ive,
Puisque vescu avez au cabinet
De ma incmuiie; ailonquea Molinet
Aux Vers Heuri'', le (îiave Chaslelain,
Le bien disant en rby hme et prose Alain,
l.e> deux Grebana au b>i;n résonnant style,
Oclavien à la veine gentile,
Le boM Crclin au vers cquivonui-.
Ton Jenn Le Maire, entre eux hault colloque.
Clément Marot a encore dédi'j son recueil d'épigrammcs à M. Crctin sauve' rain poète français.
.5. Qu'on enchaîne.