Ibid
LES POETES DE ioOO A dooO. 83
Rose, le modèle du genre; composer pour la cour fleurelons, ballades, rondeaux, quatrains, huilains, dizains, cartels, mascarades, complaintes, etc., ou s'amuser à des tours de force de versification — alors l'idéal de l'art, — aux rimes équivoquées, doublement équivoquées, brisées, couronnées, enchaînées, batelées, etc., aux vers à double face, aux pièces qui peuvent « se lire et retourner en Irente-huit manières, » tel est l'art de ces maîlres révérés à l'égal des plus grands. « Dans les poésies de Grelin, dit Pusquier, j'ai trouvé prju ' de rime et équivoques, les lisant, mais peu de raison; car pendant qu'il s'amusoit de captiver son esprit en ces entrelacs de paroles, il perdoit toute la grâce, et la liberté d'une belle composition... Il fit l'histoire de France en vers l'rançois; mais ce fut un avorton, tout ainsi que le demeurant de ses œuvres. Et c'est ponrquoy Rabelais {m, 21), qui avoit plus de jugement et doctrine que tous ceulx qui escrivirent en nostre langue de son temps, semocquantde luy, le voulut représenter soubs le nom deUaninagrobis, vieux poëtc françois ^. »
Au-dessous d'eux se formait une école de ridicules versificateurs, Guillaume Alexis, Pierre Michaull, André de la Vigne, Jean d'Anton de l'Angle, Maître Guillaume du Lanzay, etc., tous pédants rhétoriqueurs, pleins de l'esprit de la scolastique, grands cscumeurs de latin, dont s ^ moquaient Ch. Fontaine, Dolet, G. Tory ».
Toutefois, parmi les écrivains du commencement du seizième siècle, il en est un, disciple de Moliuet, son parent, et de Crétin, qui mérite un souvenir. Jean le Maire des Belges * a exercé une réelle influence sur son époque.
Historien et poète d'une érudition remarquable, il fut salué par ses contemporains comme le père do la littérature française. Ce fut le vrai maître de Ronsard ; Marot et la Pléiade le vénèrent également; J. de Bellay déclare qu'il a le premier « illustré les Gaules et la langue françoyse, luy donnant beaucoup de motz et manières de parler poétiques, qui ont bien servi mesmes aux plus excellons de nostre tens =■. >) l'asquier n'est pas plus ménager d'éloges '. Le grammairien anglais Palsgrave invoque son autorité dans son Esdaircissement de la lanijue françoyse {io30}, et les maisons de France et d'Autriche se disputent la gloire de le posséder.