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CHAPITRE PREMIER Théologiens, controversistes; prédicateurs

La littérature ihéologique ' présente un caractère nouveau. La réformation vient en modifier le fond et la forme : le fond,

1. Voir sfiécialement : Era. et Eu^. P. A. Sajous, les Ecrivains français de Usidig, la France proiestanie, iyol.in-i"; I la Réformation, î toI. in-12.

XVI* SIÈCLE. I

en suscitant des controverses ardentes sur l'ensemble du dogme et delà discii)litie de l'Église; la forme, en substituant au latin la langue vulgaire, pour faire appela l'opinion du peuple.

Le premier traité de théologie écrit en français est l'Institution de la religion chrétienne de Jean Calvin '. Ce livre, qui fait époque dans l'histoire de notre littérature, est un des chefsd'œuvre de la prose française au seizième sh^cle.

Pour en comprendre la valeur, il est nécessaire de rappeler les circonstances qui l'ont vu naîlre ^.

François I" (Iolo-1547), durant les quinze premières années de son règne, ne s'était pas montré hostile à la Réforme. II n'aimait guère, la Sorbonne et lui avait suscité une rivalité en fondant le Collège de France (1530) ; il avait, quoique fort ignorant, un goût très-vif pour les lettres et les choses de l'esprit, et comme il voyait aulourdelui les personnages les plus éminenis dans les sciences et dans la littérature incliner vers les nouvelles idées, il pardonnait volontiers au nom de la science à celte hérésie dont il ne mesurait pas encore la portée. Il subissait en outre l'influence de sa sœur Marguerite, qui protégeait ouvertement les réformés. Au retour de Madrid (1525), le roi ouvrait les portes des prisons aux partisans de la luthérerie, que la Sorbonne et le parlement de Paris avaient fait enfermer durant sa captivité. En io3.), Margueii'e donnait une salle du Louvre aux prédications évangéliques. Mais l'entrevue de François I*^- avec Clément VII à Marseille (automne Io3.i) modifia la conduite du roi. L'année suivante, une affiche qui dénonçait l'idoW/ne fZe la messe ayant été placardée sur les murs de Paris et jusqu'aux portes du Louvic, Fraiiçcis P"^ fit emprisonner les suspects; et au mois de janvier 1535, un nombre considérable de luthériens furent condamnés au bûcher.

Craignant toutefois les reproches des princes allemands, ses alliés de la ligue de Smalkalde, il fit déclarer ofliciellement qu'il n'avait fait que cliAlier des anabaptistes rebelles qui voulaient renverser la société [)olitique et religieuse.

Calvin, Tigé de vingt-six ans, vivait alors inconnu à Bâle. « A la vue, dit-il, de ces artifices de courti.^ans au moyen desquels on prétendoit non-seulement ensevelir dans l'infamie les saints martyrs et l'elfusion du sang innocent, mais aussi justifier d'avance tous les carnages qu'on voudioit en faire sans miséri-

1. Voir la biographie dans nos Mor- \ 2. Cl', la préface qui est en lèlc de l'édiceaux c/i&isiv, p. \. j tioii de I7«»<i7«<î'jn, publiée par Meyrueis.

corde... j'estimai que mon silence devicndroit une trahison... » Il adressa alors à François P"" celte lettre éloquente qui sert de préface .à l'Institution, où il proteste contre ceux qui tAclientde persuader au roi «que ce nouvel évangile (ainsi l'appellent-ils) ne cherche autre chose qu'occasion de sédiiion »; et il publia l'année suivante (1536) son Institutio religionis chrislianœ, l'exposition la plus complète et la plus vigoureuse des doctrines nouvelles.

Ce chef-d'œuvre d'une théologie à la fois savante et populaire, qui plaçait le jeune docienr à la tête de la Réforme, fut adopté immédiatement par l'Église évangélique comme son code et sa loi. En 1540, Calvin, voulant étendre le nombre de seslecleurs, traduisit son ouvrage en français, et le texte français, comme le texte latin, remanié et développé dans des éditions successives, se répandit en peu de temps par toute la l'rance.

L'ouvrage sous sa forme détlnitive ^ comprend quatre livres : le premier, de Dieu; le deuxième, de Jésus médiateur; le troisième, des Effets de cette médiation; le quatrième, des Formes extérieures de l'Église.

Dans une argumentation pressante et serrée, Calvin établit la décadence de l'homme par le péché originel, l'impuissance de la volonté à faire le bien et la stérilité des œuvres pour le salut. Accom[ilir la loi est hors du pouvoir de l'homme. Tout est dans le mérite de Jésus-Christ ; tout dépend de la grâce et de l'élection gratuite de Dieu. En même temps qu'il pousse à ses dernières conséquences la doctrine de la prédestination, Calvin multiplie les atlaqueset les sarcasmes contre les sacrements de l'Église, le célibat des prêtres, les institutions monacales et l'autorité du Saiut-Siége. Malgré le caractère dogmatique du livre et la prétention de l'auteur à être modéré, la polémique de Calvin est âpre, et dans la violence de ses attaques contre les catholiques et les libertins (libres penseurs), on retrouve l'intolérance du sectaire qui fit brûler Servet.

L'Institution cltrétienne de Calvin le place au rang de nos plus grands écrivains; le style de cet ouvrage, énergique, sobre et précis, son éloquence grave et contenue en font un des premiers monunienis durables de la prose française.

Les mêmes qualités se retrouvent dans les sermons et les homélies de Calvin, dans ses avertissements, ses exhortations, et sesleltres.

Outre ces œuvres dogmatiques, ces écrits de propagande, Cal-

i. Edition française et édition latine de Genève, 1559.

4 LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVl" SIÈCLE.

■vin a composé divers pamphlets. Dans son Excuse à messieurs les ' Nicodémistes sur la complainte qu'ils font de sa trop grande rigueur^, il raille les méconlents et les tièdes qui clierchent des prétextes pour ne point réformer leur vie selon la discipline de la nouvelle Église. Dans son Petit traité de la recherche des reliques qu'on croit fort utiles à la chrestietité, il attaque avec une mordante ironie la superstition de ceux qui vénèrent le corps d'un saint qu'on trouve à la fois dans plusieurs villes ditférenles : « lantyaqu'il y a un corps de sainte Suzanne à Rome, en l'église dédiée de ce nom, et un autre à Toulouse-.» Dans ses écrits satiriques, la raillerie manque de grâce et de légèreté; on y trouve à la fois une amertume qui est propre à Calvin et une certaine raideur qui semble appartenir aux écrivains calvinistes, et sera le trait dominant de ce qu'on a appelé le style réfugié ^.

La Réforme française avait trouvé son chef; mais dans son œuvre de lutte et de propagande il fallait à Calvin des aides el des lieutenants : ils ne lui firent pas défaut. Nous ne parlerons pas de Guillaume Farel, le fondateur du protestantisme en Suisse, dont l'action fut surtout orale et qui a laissé peu d'écrits. Mais ViRET et Théodore de Bèze méritent notre attention.

L'œuvre dogmatique de Virel* comprend: 1° des traités dialogues (le dialogue étant plus propre à enseigner populairement^) qu'il réunit on loOi sous le titre de : Instruction chrestienne en la doctrine de la Loy et de l'Évangile et en la vraye philosophie et théologie tant naturelle que supernaturelle des chrestiens; 2° des ouvrages d'instruction morale, tels que la Métamorphose chresîienne, où il cherclie à la fois à amuser et à instruire son lecteur. Viennent ensuite des écrits satiriques. Dans le Monde à l'empire, c'est-à-dire le Monde allant pire, il met en présence deux pédants que questionne un ignorant simple et nyïf. Les explica-

\ Opuscules, p. 789. I où sa sévérité mécontenta le peuple, puis

2. Opuscules, p. 751. là Genève, où il reçut le droit de bour-

3. Le stylo, des écrivains protestants, ' gooisie en môme temps que Calvin (1S59), qui ont écrit en Suisse, eu Hollande, i il se vit forcé par le mauvais état de sa

dans le Mecklembourg, etc., où ils s'étaient réfugiés pour échapper aux persécutions.

4. Pierre Viret, né à Orbe (Suisse) en 1511, apics avoir étudié la théologie k l'université de Paris, retourna dans son pays ?é<luit par les idées nouvelles, et se joignit à fanl pour combattre le catholicisme à Genève (I 'i34). Etabli uccessivemeut à Neufchàtel, à Lausanne

santé de gagner le midi de la France (1562). 11 y fut accueilli avec enthousiasme par les réformés de Nimcs et de Jlonlpellier. Chassé de Lyon vers 1566, il se rendit à Orange, puis dans le Béarn, où Jeanne d'Alliret le chargea d'enseigner la théologie à Orthez ; il mourut dans cette ville en 1&7I.

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