Préface de V Instruction chrétienne
tions qu'on lui donne, leslrails qu'on lui rapporte de l'histoire sacrée et profane excitent son étonnement, déconcertent son esprit, lui funt faire sur son temps mille réflexions piquantes et l'amènent à conclure que tout est conduit si mal parles hommes qu'il ne faut rien attendre que de la grâce de Jésus -Christ. Rappelons encore plusieurs pamphlets comme la Physique papale, V Alchimie du purgatoire, la Cosmographie infernale, la Descente aux enfers, le Monde démoniacle, etc., spécialement destinés à divertir le peuple aux dépens de ses adversaires. Le cadre de ces divers écrits est ingénieux, quelquefois bizarre; le style en est clair el facile, mais diffus et un peu vulgaire. C'est un mélange de plaisanteries pédantesques pleines de souvenirs mythologiques, qui s'adressent aux savants, et de facéties triviales pour le bas peuple.
Théodore de Bèze i appartient à peine par ses œuvres théologiques à l'histoire de notre littérature ; c'est en latin qu'il écrivit cette adresse à Charles-Quint qui le plaça au premier rang parmi les chefs de la Réforme ^, le célèbre traité où il justifie le supplice de Servet et revendique pour les Églises le droit de frapper les hérétiques', et plusieurs écrits satiriques dont on admire la verve mordante. Le plus célèbre est celui qu'il écrivit conli'e Lizet, qui, après avoir persécuté les protestants comme président au parlement, avait écrit contre eux un lourd traité théologique. 'i h. de Bùzo lui répond j;ar une épîtrc en latin macaronique *, où il suppose que le serviteur de Lizeî, Passavant, envoyé à Genè\e pour rendre compte à son maître de l'effet produit par son livre, reçoit leséloges ironiques deschefs du parti réformé, qui se divertissent à ses dépens. Outre une Vie de Cahin, apologie de celui qui avait été son maître et ami, Th. de Bèze a composé en français une Histoire ecclésiastique des Églises réformées au royaume de France (1521-1563) ^. Cette œuvre sincère, où il ne dissimule pas les fautes des siens, était destinée dans sa pensée à relever le courage de ses coreligionnaires par le récit de leurs défaites aussi bien que de leurs victoires, les unes et les autres étant envoyées de Dieu, les premières pour réveiller leur foi assoupie, les secondes pour les récompenser de leurs sacrifices. Les poésies de de Bèze elles-mêmes
1. Voir la biographie de Th. de Bèze dans les Morceaux choisis, p. 313.
2. De pace rhri^iiannrwn ecdesiarum constituenila coiisilium{\iii'i).
3. Tractatus de hxrelicis a civili magislratu puniendis (1334).
4. Epistola Passavnnti ad magistrum prœsidentem Lizet {15!)3).
f). 3 vol. in-8o, 1580 ; on attribue les deux derniers volumes au ministre Jeau desGallards. Us sont moins bien écrits que le premier.
dont il sera question plus tard ne sont pas seulement une œuvre littéraire. Sa traduction des Psaumes fut entreprise à la prière de Calvin pour compléler celle de Marot et servir aux chants des fidèles, et il composa sa tragédie d'Abraham pour montrer aux chrétiens comment ils doivent sacrifier à Dieu les affections du monde et les biens terrestres *.
He.\ri Estienne ^ n'apparlient à la polémique protestante que par la seconde partie de son Apologie 'pour Hérodote. Après avoir donné en lo66 une édition de cet auteur, il avait publié la mCme année un ouvrage inlitulé : Introduction au traité de la conformité des merveilles anciennes avec les modernes, ou Traité •préparatoire à l'apologie d'Hérodote. Le but apparent de l'ouvrage était d'établir la véracité de l'historien grec, en prouvant que les invraisemblances qu'on lui reproche ne sont rien auprès des faits incroyables que présente l'histoire des temps actuels. Sous ce prétexte, H. Estienne fait la guerre à son siècle. Il montre les cruautés, les excès, la perversité des hommes de toutes les classes, mêlant le sérieux au burlesque, accumulant les anecdotes facétieuses, les commentaires satiriques. Dans la dernière partie du livre il s'attaque spécialement aux théologiens et aux gens d'Église, et il conclut en demandant si l'on pourrait trouver dans Hérodote rien de comparable aux abus de l'Église romaine et aux persécutions dirigées contre ceux qui la veulent réformer. Le ton de ce livre déplut même à Calvin, qui n'aimait pas à voir tourner la religion à rabelaiserie. Les catholiques, s'armant du caractère licencieux de cet ouvrage, avaient accusé H. Estienne de libertinage et d'athéisme. C'en fut assez pour que Calvin et les membres du consistoire s'empressassent de désavouer celui que leurs adversaires avaient appelé le Pantagruel de Genève.
Le même caractère de plaisanterie se retrouve dans les écrits de Marnix de Sainte-Aldegonde^, qui appartient à notre littérature par son Tableau des différends de la religion (io98). Ce pamphlet, écrit en français, el remarquable par un mélange original d'éruditioa Ihéologique et de plaisanteries mordantes contre l'Église, fut accueil! avec faveur, et Bayle nous apprend
J. Voir plus bas, section III, ch. ii.