REMI BELLEAU
Hà ! que je hay ces mangereaux ',
Ces cliiquanears procuraceaux- ;
Ha ! que JQ hay ceste vermine,
La seule et présente ruine
Et le mal commun de la France !
Mais quoy ? crever ou * patience.
Il y a seulement vingt ans
Que je suis de ces poursuyvans '*
Qui bayent après un arrest;
J'eusse bien gaigné l'interest
Au double de mon action ^,
Si quelque condemnalion
M'en eust tiré premièrement.
Mais quoy? ils sont tous de serment ^
De n'estranger "^ point le gibier,
Ny les pigeons du colombier.
Mais, du depuis que je traffique Avecque Messieurs*, et pratique, Aux despens de ma pauvre vie, Comme^ le Palais se manie, J'ay bien connu que la Faveur Est le rampart d'un bon plaideur.
Et pourtant ^", gentille Déesse Faveur, c'est à toi que j'addresse Mon procès, mon sac et mes quilles " Car mes raisons sont inutiles, Mon bien, ma peine et mon labeur, Sans ton secours, gente Faveur.
C'est à toy. Faveur, que je donne Mon bien, mes vœux et ma personne.
Sans toy je n'espère jamais De voir la fin de mon procès, Sans toy je n'ay plus d'espérance, Sans toy je pers la patience, Car c'est toy qui tiens aujourd'huy