L'avare volé
Severin, Frontjn, son valet.
Severin. Mon Dieu ! qu'il me tardoit que je fusse despesché ^ de cestuy-ci, afin de reprendre ma bourse ! J'ay faim, mais je veux encor espargner ce morceau de pain que j'avois apporté ; il me servira bien pour mon soupper ou pour demain mon disner, avec un ou deux navets cuits entre les cendres. Mais à quoy despends-je ® le temps, que je ne prens ma bourse, puisque je ne voy personne qui me regarde ? 0 m'amour ! l'es-tu bien portée ? Jésus, qu'elle est légère ! Vierge Marie ! Qu'est-ce cy qu'on a mis dedans '^ ? Helas ! je suis destruict, je suis perdu, je suis ruyné ! Au voleur ! au larron ! au larron ! prenez-le ! arrestez tous ceux qui passent ! fermez les portes, les huys ^, les fenestres ! Misérable que je suis ! Où cours-je ? A qui le dis-je ? Je ne sçay où je suis, que * je fais, ny où je vas. Helas ! mes amys, je me recommande cà vous tous ! Secourezmoy, je vous prie ! je suis mort I je suis perdu ! Enseignezmoy qui m'a desrobbé mon ame, ma vie, mon cœur, et toute mon espérance ! Que n'ay-je un licol pour me pendre ! Car j'ayme mieux mourir que vivre ainsi. Helas ! elle est toute vuyde, vray Dieu ! qui est ce cruel qui tout à un coup m'a ravy mes biens, mon honneur et ma vie ? Ah ! chetif que je sius ! que ce jour ma^° esté malencontreux ! A quoy " veux-je plus vivre, puisque j'ai perdu mes escus, que j'avois si soigneusement amassez et que j'aymois et tenois plus chers que mes propres yeux ! mes escus, que j'avois espargnez retirant le pain