J'aille
AUTEURS COMIQUES. — PIEHRE l.VHlVEV,
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FftONTiN. Bon * !
Severin. Afin d'avoir commission de faire emprisonner toul le monde ?
Frontin. Encor meilleur ! Vous les retrouvorez. Allons, aussi bien ne faisons-nous rien icy.
Severin. Il est vray, car encor que quelqu'uu de ceux-là ^les oust, il ne les rendroit jamais. Jésus ! qu'il y a de larrons en Paris !
Frontin. N'ayez pœur de ceux qui sont icy ; j'en respon, je les cognois tous.
Severin, Hélas ! je ne puis mettre un pied devant l'autre ! 0 ma bourse !
Frontin. Hoo ! Vous l'avez ; je voy bien que vous vous mocquez de moy.
Severin, Je l'ay voirement ' ; mais, helas ! elle est vuyde, et elle es(oit plaine !
Frontin. Si ne voulez faire autre chose, nous serons icy jusques à demain.
Severin. Frontin, aide-moy, je n'en puis plus. 0 ma bourse ! ma bourse ! helas ! ma pauvre bourse !
{Les Esprits, acte III, scène 6, — t. V, p. 2c8.)
4, Le Fanfaron.
Mathieu, frippier : Fierabras.
Mathieu. Par ma foy, je ne vous eusse pas pensé si gaillard, et j'en suis bien aise.
Fierabras. Tu n'as rien oy * : je voudrois que tu visses avec quelle gravité j'ay accoustumé me seoir entre les couronnes des roys, empereurs et autres princes et seigneurs, et avec quelle attention je suis escoufé quand je discour de la guerre, de la paix, de Testât d'un royaumiC, d'un empire ou d'une republicque,
Mathieu^. Cesluy-ci ne conte jamais que des miracles, et est si sot qu'il pense estre un autre Amadis de Gaule.
Fierabras. Parle haut, que je t'entende.
1, C'est une bonne idée.
2, Les spectateurs; plaisantciie imitée de Plaute.
3, Vraiment.
4. Ouï, entendu ; ce t)ue tu as entendu do moi jusqu'ici n'est rien.
/). La plupart des répliques du fripier sont en n-pnrté.
:rrJ MORCEAUX CHOISIS DES AUTEURS DU XVF SIÈCLE.
Mathieu. Je dy, mon capitaine, qu'estes encore pour finir vos jours parmy les rois, empereurs, princes et grands seigneurs, de mode ' que ne devriez vendre choses tant rares et précieuses ^.
FiEUABRAs. Tu dis vray,car les beaux et riches harnois font tousjours regarder celuy qui en est maistre. Mais qu'en ay-je affaire, ayant acquis tel crédit et réputation pour avoir mis à fin tant d'entreprises et de merveilles, comme tout le monde sçait ? Joint que les harnois ne sont ceux qui avancent et poussent mes semblables près les sceptres et couronnes, ains ^ c'est cestecy * qui faict tout. Va, enquiers-toy de moy en Allemagne, en Poloigne, en Russie, en Tartarie, en Barbarie, en Asie, en Afrique, et surtout en Surie ^, Bavière et la Fouille, et tu en orras ® conter merveilles.
Mathieu. Ma foi, mon capitaine, il me faudroit trop de paires de souliers pour un tel voyage, et pense véritablement qu'estes homme pour faire estonner quine vous cognoistroil^,comme les cha-huans font les autres oyseaux. Ha ! ha ! ha !
FiEBABRAs. Il ne m'est bien séant me louer moy-mesme.
Mathieu. C'est sagement faict, car qui se loue s'emboue *.
FiERABRAs. Bien te diray-je que, quelque part que j'aille, je suis tousjours suivi d'un chacun qui, me monstrant au doigt, dict : Voicy celuy qui tint dernièrement contre tous les chevaliers de la cour.
Mathieu. T1 n'est damné qui ne le croit ^.
FiERABRAs. C'est ccluy qui, luytanl'" en la présence du roy contre nn bas Breton, le mit en tel point qu'il n'eut que faire de médecin.
Mathieu. Peult estre, car il ne luy fit point de mal.
FiERABRAs. Je ne parle pas, des joustes, de courses de lances..., de poser des sentinelles, de deseigner" tranchées, de faire batteries...
Mathieu. Mais plus tosl baratteries *-.
FiERABRAS. Et sçavoir mieux qu'aucun chef ou conducteur quand il se faut advancer ou reculler...
Mathieu. C'est à dire faire la piaffe i* et puis s'enfuir.