‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 94 sur 725 · Royaume. succès, que François l*' le nomma pré · texte numérisé non relu

Royaume. succès, que François l*' le nomma pré

2. Et pour ne pas sçavoir. cepteur de ses pages, et Henri II de ses \\ CoX'ies ministre, de la nouvelle opi- enfants. Appelé a diriger le collégeCoque-

nion, sonnet 28, t. II, p. 147. 1 'et, il y eut pour éleyes Ronsard et ses

IS'ous avons vu les principaux poètes de la Pléiade. Essayons d'apprécier l'ensemble de leur œuvre et de juger la révolution qu'ils ont tentée.

Suivant l'opinion la plus accréditée, Ronsard et ses amis, séduits par la beauté des œuvres antiques, tentèrent d'introduire brusquement dans notre littérature et dans notre langue les formes poétiques, les tournures et les expressions de la langue latine et de la langue grecque. Cette tentative avorta misérablement et les auteurs de cette folle entreprise tom bèrent dans le discrédit et dans l'oubli. Ce jugement sur Ronsard a été pour ainsi dire consacré parles vers bien connus de Boileau *.

Ces assertions vagues ou inexactes ont besoin d'être rectifiées ou complétées.

Ronsard a essayé 1° de former une langue poétique distincte de la prose, 2* de créer des rbythmes nouveaux, 3° d'introduire la mythologie ancienne dans la poésie, 4° d'introduire dans la littérature des genres nouveaux. Chacun de ces quatre points veut être examiné.

1° Frappé de ce fait que la langue poétique des Grecs a son vocabulaire, ses formes et ses tournures spéciales, Ronsard tenta de créer une langue propre à la poésie, plus riche, plus expressive, plus relevée que la prose. Pour atteindre ce but, il n'emprunta pas, comme on l'accuse à tort, des mots au grec et au latin. Qu'on lise ses œuvres, même celles des premières années, les hymnes et les odes pindariques, on sera étonné de voir combien peu sa muse parle grec et latin ^ ; on n'y

amis; il sut leur communiquer son admiration pour la littérature ancienne; et par sou caractère et par sa science prépara le mouvement de la Pléiade. Il mourut en 158S, entouré de la faveur royale et du respect de tous les savants de l'Europe. Il a laissé un grand nombre lie poésies grecques, latines et françaises; celles-ci sont au-dessous du médiocre.

i. Voir plus haut, paf;e 99, n. 2.

2. A M. Egger revient le mérite d'avoir t^ur ce point combattu le premier chez nous le préjugé général II' Hellénisme m france). L'erreur vient de deux ou trois ditliyrandjes écrits on tffel dans une langue barbare, mais que Kousard n'a jamais considérés que comme un jeu, eu qui même ne sont pas de Ronsard; elle vient encore de quelques passages de ses poésies qu'on n'a pas compris et surtout des allusions mythologiques. Nous

citerons plus loinl'unde ces dithyrambes. Quand il retirette que la muse française ne puisse s'exprimer comme fait la grégeoise : Ocymore Dyspalme, OUgochronien, il reconnaît précisément l'impossibilité de parler le grec en français. Quand il s'écrie :

Les François qui mes vers liront, S'ils ne siinl Grecs et noinains, Aci lieu de ce livre ils n'auront Qu'un pesant faix entre les mains.

il fait allusion, non à la langue de sa poésie, mais aux idées qui y sont développées. H déclare qu'on ne pourra comprendre ses vers que si l'on connaît à fond les littératures anciennes. La muse de Ronsard dans ses Odes pindariques, sei Ili/miies, sa Franiiade, parle eu français, mais pense en grec et eu latin.

trouve pas plus de mots empruntés aux langues anciennes que dans les écrivains les plus français de son temps, Amyot, Pasquier, Estienne, etc., mais il recourt à des procédés de construction inspirés par l'élude de la poésie anlique.

Au premier rang se place l'inversion. L'inversion dans les langues anciennes est féconde en effets poétiques; Ronsard crut d'autant plus facile de lui demander les mOmeseiïets qu'elle avait été usitée dans le vieux français qui, grSce à la déclinaison à deux cas, se rapprochait de la construction latine. I/inversion avait commencé, il est vrai, à disparaître avec cette déclinaison elle-même, dès le quatorzième siècle. Au quinzième siècle, si l'usage n'en était pas entièrement aboli, il avait perdu beaucoup de sa force et de son étendue. Ronsard essaya de lutter centre les tendances nouvelles de la langue, et de ramener, dans une certaine mesure, la construction française à la construction laiine.

De là des tournures comme les suivantes :

Tous les ans à sa feste en Libye honorée, Ne luy tombe un taureau à la corne dorée,

Mais souvent un agneau. [Ode à Henri II.) Cependant je prirai ta puissance divine, Ainsi que Jupiter Callimaque en son hymne. (Id., ibid.)

Mais si ce harpeur fameux (Orphée),

Oyoit le luth des Serenes,....

Son luth payea il fendroit,

Et disciple se rendroit

Dessous leur chanson... [Odes, V, 3.) Plus dur que fer j'ay fini mon ouvrage. (Id., V.)

D'autre part Ronsard donna à l'adjectif français un emploi aussi peu ordinaire dans notre langue qu'usité chez les poëtei latins. Le qualificatif exprime en français la qualité et la manière d'être d'une personne ou d'une chose ; Ronsard, à la façon des anciens, l'emploie pour qualifier l'action exprimée par le verbe, et lui donne le rôle que remplit habituellement l'adverbe. Au lieu de dire : « Pour n'avoir satisfait dévotement à ses honneurs (de Cérès) », il dit :

Pour n'avoir satisfait déuot à ses honneurs (Odes, I, 1.) Il dit encore :

Je sens Hécate horrible me tenir. [Francîade, IV.) Las ! ce qu'on void de mondain Jamais ferme ne se fonde. {Odes, V, 3.)

Arme-toy donc de la philosophie

Contre tant d'accidents, Et courageux d'elle te fortifie. (Odes, I, 19.)

Cette construction qui transforme l'épithèle en qualificatif du verbe et en fait par suite un adverbe *, n'est pas inconnue à notre langue ; mais comme elle s'accorde rarement avec le caractère analytique du français, elle doit être employée avec mesure et réserve. Ronsard en abuse dans ses odes, dans ses hymnes et dans la Franciade.

En môme temps il reprend au grec et au latin les épithètes redondantes des noms de personnes ou de lieux; ainsi il dira au début des Odes ;

Je sonnay suivant les vieilles modes D'Horace Calabrais et Pindare Thébain,

(Hercule) ne refusa d'entrer au toit Moloschien. et ailleurs :

Phebus Cynthien...

Cyteréan, Pataréan

Par qui le trépied Thymbréan

Les choses futures devine {Odes, I, 20) 2,

Ce sont là les mots grecs ou latins qu'il a introduits dans ses poésies et encore sont-ils fort peu nombreux '.

Une autre tentative de Ronsard a été de créer des épithètes françaises à l'imitation des épithètes homériques, en ayant re-

1. Ou un attribut. Dans le vers de Virgile Conticuere omnes intentique ora tenebant, on peut considérer !«/<■?(<; comme au adverbe : « ils fixaient leur visage avec attention » ou comme un attribut : • et, restant attentifs, ils fixaient leur -fisago. »

J. On cite souvent le dithyrambe récité « à la pompe du bouc de E. Jodelle, a qui a pour refrain ces cris bigarres :

lach, iach, Evoc Etoc, ïach, Iach,

«t OÙ on lit des vers tels que les suivants :

0 Cuisse-nt', Arcliele, Hyméiiien, Bassare IVoy, Ruslique, Eubolien, Kjetf-lien, Tngune. Solilcrc, Vengeur, Manie, Germe .les Dieux et Porc, Woinien, Double, Ho*|jilalifr, Be«uc«up-forme, i'remier, j/ernier.

Lenean, Porte-?ceptre, Grandime, I.yiiien, Baleur, Boninie, Nourri-vigne, Ainie-parnpre, Enfant ; Gange te vit Iriouiplianl. (éJ. Blancliemain, [vi, 377.)

Mais cette pièce, qui n'est d'ailleurs qu'un jeu d'esprit, est l'œuvre non de Ronsard, mais de Bertrand Bergier, poëte « bedonniquc - boufTonnique », comme l'appelle Du Bellay.

3. Les noms communs sont si peu nombreux qu'on peut les compter, et qu'on les a comptés; encore ces mots ont reçu droit de cité dans la langue. Cf. Giinther, dans Jferrif/'s Archiu, !8'(6 : lionsard xind sein Veilixltnixs zur Entwickelung der fr. Spraclœ. Quant à l'emploi de l'adjectif français et de l'épithète latine ou grecque dont nous avons parlé, Ronsard ne fait que continuer les traditions de Le Maire de Belges.

cours à des mots composés. « Tu composeras hardiment, di-il, ces mots à l'imitalioa des Grecs et Latins, pourvu qu'ils soient gracieux et plaisaus à l'oreille. » De là des composés comme les suivants :

Or, le sacré bonheur de nostre race humaine.

Qu'à bon droit on t'appelle en tous lieux chasse-peine,

Donne-vie, oste-soin...

(Hy»mes,U,l ; éd. Blancliemain, t. V, p. 2'>-2.)

Sommeil.... l'on t'appelle aime, c/e7i"-50î<c//.

{Éléyies, XI ; t. IV, p. 25-2.)

Castor, filsd'œuf, dompie-pouUain, vaillant {«6/c/., p. 189).

Je te salue, Esté, le prince de l'année.

Fils du soleil fauteur de toute chose née,

Père aime, nouiricier, donne-blé, donne vin. [Hymnes, II, 4.)

(Neptune) O pousse-terre, embrasse-terre, o père j {Boc. Royal, t. III,

Le bon Bacchns porte-lance [Gaylez, IV). [p. 378.)

Fumée ou poussière menue Que le veut rrt5e-^e;Te emporte dans la nue. [A quelque ministre^,)

Cette forme de composition est éminemment française. La vieille langue à laquelle Ronsard l'avait empruntée s'en servait très-heureusement pour créer des noms propres de personnes et des noms communs : on peut eu suivre la trace de siècle en siècle depuis le huitième, dans les chartes et les diplômes aussi bien que dans les monuments littéraires, les chansons de geste, les fabliaux, le Roman du Renard, les œuvres de Villon, Coquillart, Rabelais, etc. ^. La nouveauté de l'emploi qu'en fit Ronsard fut de changer ces noms en épithètes. La vieille langue par exemple avait créé le substantif» un couvre-chef » ; Ronsard créa l'épithète couvre- cerveau dans l'expression : « la toge couvre-cerveau » [Franciade).

Le poêle a tiré un heureux parti de ces épitliètes homériques dont il ne fit d'ailleurs qu'un emploi discret et judicieux*, lia fallu toute l'intempérance de ses disciples et en particulier

1. laliste de ces composés a été dressée 1 2. Cf. Meunier, op. cit., p. 12-133 et A. par M. Fr. Meunier dans son Étude sur Darniestcter, op. dt., p. 178191. les Composés qui contiennent un verbe à \ 3. Ajoutons encore d'autres sortes de un mode personnel en latin, en français, j composés français fort peu nombreui, en italien et en espagnol, Paris, 1875, p. j tels que chcore-pied, (Castor) fils d'œuf, 121 et suivantes. Cf. A. Darmesteter, ! (Bacclius) cuisse-né, etc. ; ce sont des Traité de la formation des mots composés | imitations plus ou moins heureuses de* dans la langue française, p. 1S9. i composés possessifs grecs ou latins.

de Du Bartas pour discréditer la formation d'épitliètes poétiques qui ne sont pas déplacées dans la haute poésie '.

Enfin Ronsard cherclia à enrichir la langue de mots nouveaux, non pas en faisant des emprunts au latin et au grec ; il condamne sévèrement au contraire les latiniseurs et les grécaniseurs ^, mais en développant les ressources qu'elle possédait. Il recommande de s'adresser aux dialectes, sans se restreindre à l'idiome de Paris et de la cour, et d'accepter « les mots Gascons, Poitevins, Normans, Lyonnais et d'autres pais, pourveu qu'ils soient bons et que proprement ils signifient ce que tu veux dire. » Il engage à étudier la langue technique des arts et métiers pour en tirer maints termes expressifs et «maintes belles et vives comparaisons, pour enrichir ton œuvre et le rendre plus agréable et parfait. » Il voudrait voir « remettre en usage les antiques vocables de toutes les provinces de France, » rajeunir les mots les plus expressifs du vieux français littéraire, en particulier ceux qui avaient laissé quelque trace dans la langue actuelle, et d'opérer la dérivation, ce qu'il appelle d'un terme expressif leprovtgnement. Enfin, si l'on crée de nouveaux dérivés , il faut qu'ils soient « moulés et façonnés sur un imtron déjà reçu du 'peuple *. »

On voit que Ronsard, loin d'introduire par force dans la langue les éléments anciens, la défendait contre les latiniseurs *. Toutefois ses tentatives, même bien conçues et bien dirigées,

1. Cf. Morceaux choisis, p. 127; et A. Darmesteter, op. cit., p. l'JI et 2i5.

2. a C'est un crime de leze-majesté d'abandonner le langage de son pays, vivant et fleurissant, puur vouloir déterrer je ne sçay quelle cendre des anciens. » Voir la seconde préface de la Franciade et V Abrégé de l'art poétique.

3. D'Aubigné raconte que Ronsard lui disait quelquefois à lui et à d'autres disciples : u Mes enfants, dcffendez vostre mcre de ceux qui veulent faire servante une damoyselle de bonne maison. Il y a des vocables qui sont françois naturels, qui sentent le vieux, mais le libre françois, comme douç/é, tenvc, empour, dorne, bauf/er, boug/^r, et autres de telle sorte. Je vous recommande par testament que vous ne laissiez point perdre ces vieux termes, que vous les employiez et deffendiez hardiment contre des maraux qui ne tiennent pas élégant ce qui n'est point escorché du latin et de l'italien et qui aiment mieux dire collauder, eontemner, hlasonner que louer, mespriser, blus-

?ne)' .• tout cela est pour l'escholier limousin. Voilà les propres termes de Ronsard. » (Tragiques, avertissement.)

4. Le vrai caractère de la doctrine de Ronsard paraît encore plus nettement par les exagérations qu'elle subissait entre les mains des disciples. Jacques de la Taille engage à « remettre en usage et quasi comme resusciter ceux (les mots) que nous avons laissé perdre, de manière que nous prendrons dans nos vieux autlieurs françois comme dans le Rommant de la Uose ce que Virgile chorchoit dans les vers d'Ennie, et comme il dit olli et fuat pour illi et sit, nous dirons en un grand poesme veez pour voyez, voulC et puist pour voulut et puisse; vcnitt pour dw^, tenisse pour tinsse, au pour avecques. Mesmes faisant parler un vieillard du bon temps, je ne craindraypas de dire hj bons lions pour 1rs bons hommes; elc. i (Des vieux mots françois, à la fin du traité deZa manière de faire des vers en françois comme en grec et en latin, 1573.) Voilà

ne devaient pas réussir, parce qu'une langue ne se crée pas ou ne s'impose pas en un jour, mais est l'œuvre du temps et de la nation. Cette langue littéraire, distincte de la langue commune ou parlée, langue savante, quoique éminemment française, il eût fallu une œuvre de génie durable, pour l'imposer à la France. Ainsi avait fait le Dante, avec sa Divine Comédie, qui avait créé et fixé le vulgaire illustre, cette langue littéraire composée des principaux dialectes italiens. Ronsard, malgré tout son talent, n'était pas à la hauteur de la tâche; et avec Malherbe triompha le principe contraire que la langue poétique doit être la môme que celle de la prose, que le poëte doit parler comme les crocheteurs de la place Saint- Jean 1, c'est-à-dire n'employer que des mots connus et compris de tous.

Latentalive de Ronsard a-t-elle élé cependant inutile? Certainement la langue a beaucoup gagné à cet immense effort ; mais il est difficile de déterminer exactement ce qu'elle doit au poëte, parce que les expressions et les tournures qu'il a naises en circulation, nous sont par cela même devenues familières, et échappent ainsi à l'attention du lecteur. Les fautes de goût, au contraire, ou même les expressions qui, au seizième siècle, appartenaient à la langue noble et qui, par suite des vicissitudes du langage, sont devenues grossières ou basses ^, frappent plus vivement le lecteur. De la sorte les créations personnelles passent à peu près inaperçues, les fautes, dont Tauteur n'est pas toujours coupable, deviennent très-visibles : situation défavorable pour apprécier équitablement le poëte.

2° Ronsard a été assurément plus heureux dans ses efforts pour rendre le rhythme des vers plus riche, plus cadencé, plus sonore ; pour varier les formes delà strophe. C'est à lui qu'il faut appliquer les éloges qu'adresse Boileau au poëte qui

le premier en France, Fit sentir dans les vers une juste cadence,

à l'écrivain par qui

Les stances avec grâce apprirent à tomber.

la nou-velle école parlant maintenant vieux j latin.

français. Les absurdités où tombe le l. Ci. a.ui Morceaux choisis, -p. i^ &t

trop 'ardent disciple de Ronsard prouvent note 9.

combien on avait tort d^accuser la musc 2 Voir des obseryations très-justes de

du puëte vendôraois de parler grec et [ Sainlc-Beuve dansson ra6Zeat<,p.69ct70.

124 LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVl" SIÈCLE.

Malherbe ne fit que reprendre en partie les naètres, le? rhythmes créés par Ronsard; et l'on doit regretter qu'il se soit montré si timide dans son choix, qu'il ait négligé plus d'une forme de strophes aussi hardie qu'élégante. Aussi la science durhythme lyrique s'est-elle en quelque sorte perdue durant le dix-septième et le dix-huitième siùcle; et lorsqu'elle a reparu de nos jours, c'est dans Ronsard et la Pléiade que les poètes de l'école romantique l'ont retrouvée.

3° Ronsard ne fut pas moins heureux lorsqu'il chercha à naturaliser dans notre poésie la mythologie ancienne. Il ne fit, il est vrai, que continuer l'œuvre de Le Maire de Belges et de l'école savante du commencement du seizième siècle, mais avec plus d'ardeur, plus de suite et surtout avec un art supérieur. C'est ainsi que les fictions du paganisme devinrent un ornement de convention pour le poète, comme pour le sculpteur et le peintre; et l'usage de désigner, par les divinités de la Fable^ les éléments qui leur étaient consacrés, les qualités qui étaient leurs attributs, devint pour ainsi dire classique dans la poésie du dix-septième et du dix-huitième siècle. C'est une des règles de l'art poétique ', pour Boileau. On l'eût étonné sans doute si on lui eût dit qu'en imposant cette règle aux versificateurs, il ne faisait que continuer l'œuvre de Ronsard et de la Pléiade.

4° Nous avons parlé jusqu'ici des essais de la Pléiade en ce qui concerne la forme de la langue poétique. 11 nous reste à parler du fond de leur œuvre.

Ronsard et ses amis voulurent introduire dans notre littérature les grands genres poétiques de la Grèce et de Rome, le théâtre, l'épopée et l'ode. Nous parlerons plus tard du théâtre. Pour l'épopée nous avons vu la Franciade avorter, non parce que le genre de l'épopée n'est pas propre aux temps modernes, mais parce que Ronsard n'avait pas le génie que demandent ces grandes compositions. Quant à l'ode, Ronsard réussit dans l'ode horatienne, mais non dans l'ode pindarique. De môme Du Bellay, Buïf, lielleau déployèrent du talent dans les

1. Dun air plus prand encor la poésie épique Dans le va«le rocil il'nne lons^ue r.clion Se soutient par la fable et vit de fiution. Là, pour nous cnchanler, tout est mis en usage : Tout prend un l'orps, une Sine, un esprit, un Chaque verlii devi.Mil une divinili-, [visage.

Minerve eit la prudence, et Venus la beauté ; Ce n'est plus la vapeur qui prinluille tonnerre, C'ett Jupiter arme pour cfliajer la terre ;

Vn orage terrible, auT yeux des m.itclols, C'e;t Neptune en courroux qui gourmande les [Oots i Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse, C'e-t une nymphe en pleurs qui se plaint de [Narcisse.

Ainsi dans cet amas de nobles fictions Le poète s'égaie en mille inventions, etc. [An poétique, lll, lôH-iTJ.)

petits sujets. En somme, malgré des aspirations généreuses et le sentiment du sublime, la haute poésie leur resta fermée. A quoi tient ce fait? A l'absence d'idées. La véritable originalité leur manquait. Ils empruntaient aux poêles anciens des cadres qu'ils étaient impuissants à remplir. De Virgile, d'Homère, de Pindare, d'Anacréon, ilsnecomprirentquela forme extérieure ; en étudiant le passé, ils oublièrent d'étudier le cœur humain et d'observer les passions. Leur inspiration de savants, de lettrés, tout artiflcielle, ne fut pas nourrie des fortes pensées qui font les œuvres durables. Aussi furent-ils condamnés à l'imitation. Après avoir demandé à Rome et à la Grèce des modèles qui passaient leur portée, ils suivirent les traces des poètes italiens. Ils s'essayèrent dans le genre de Pétrarque. Chacun chanta sa Laure en sonnets raffinés sous le nom de Cassandre, Olive, Francine, l'Admirée, etc. De Là chez les maîtres eux-mêmes, et plus encore chez les disciples, une littérature pleine de subtilité et d'affectation. Ainsi l'on voit celle école qui avait eu de si hautes prétentions descendre insensiblement aux petits sujets et aboutir à des œuvres frivoles et mesquines, comme l'école de Marot qu'elle avait détrônée.

A ne considérer que ce résultat de tant de promesses ambitieuses, on peut se demander siles épigrammes et les quatrains gaulois de la vieille école ne valent pas mieux que les sonnets langoureux et lascifs des nouveaux pétrarquistes. Mais ce serait Cire injuste envers les écrivains de la Pléiade que de borner là leur action. S'ils n'ont pas laissé d'œuvres supérieures, ils ont eu du moins l'instincl de la grandeur et l'ont communiqué aux autres; ils ont développé le goût et le culte de la poésie; surtout ils ont relevé le style poétique, lui ont donné de la force, de l'ampleur, de la majesté, et l'on peut dire en ce sens qu'ils ont formé et préparé Malherbe et son école.

Nous avons examiné et apprécié les poètes de la Pléiade. Audessous d'eux se formait toute une école de poètes ou plutôt de versificateurs. Pour prendre l'expression de PasquiPi-, « on eût dit que ce temps là estoit entièrement consacré aux Muses ^ » t« Jamais on n'avait vu en France telle foison de poètes *. A l'appel de Du Bellay, sous le coup de main de Ronsard, la France tout entière semblait s'être levée, et chaque province,

1. Voir aux Morceaux choisis, p. 163. 1 2. Cf. Vasqulev, -Lettres, 1555.

126 LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVl" SIÈCLE.

chaque ville envoyait ses poètes s'enrôler sous l'étendard du chef. » Nous allons passer en revue les principaux *.

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