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et Comme on comprend bien, en lisant de tels vers, cjn'on ait appelé la poésie le langage des dieux ! Mais aussi (juel démenti inilig'é au rêve du poète que cette guerre, dont il avait prédit la fin. inondant de sang, (quelques années après, non plus le fleuve qui bordait nos frontières, mais le cœur même de nos provinces et faisant vibrer l-ai-tout la J/arsellIaise des combats, au lieu de cette Marseillaise de la i)aix qu'il avait chantée ! 11 n"en reste 1 »as moins vmi que cette dernière lui avait été inspirée par le plus noble des sentiments, ])ar Tamour de l'espèce humaine.
A'ous voyez, Messieurs et chers camarades, par les passages que je vous ai cités sur le g'ouvernement de l'univers, sur l'Etre infini, sur l'avenir de l'homme et sur celui des sociétés humaines, que Lamartine a été un poète-philosophe et du plus haut vol. et que, si sa poésie n'est pas toujours faite de raisonnements en forme, elle est toujours animée d'un sentiment profond et revêtue •l'images éclatantes. Sans doute d'autres auteurs français ont introduit, comme lui, la philosophie dans la poésie : N'oltaire dans ses Discours sur Thoinrne et dans sa Loi natu relie : ^'igny dans ses Destinées et dans d'autres pièces de moins longue haleine . Mais le premier exprime une philosophie assez commune dans des vers sans mouvement et sans couleur dont les plus beaux ressemblent encore à de la prose : ni le cœur n'en est ému, ni l'imagination n'en est charmée. (»)uant au second, il a le senti-
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ment profond des problèmes philosophiques ; mais il aboutit à un pessimisme désespéré et il manque d'abondance et d'ampleur. On regrette, en le lisant, les débordements de tendresse de Lamartine, ses grands coups <r.aile et ses envolées dans l'azur.
Kechercherons-nous maintenant, Messieurs, pourquoi Lamartine a été un poète-philosophe ? Non, le temps ne nous le permet pas et vous avez hâte de vous livrer à des entretiens moins sévères. Disons seulement, en deux mots, que les trois catégories de la race, du moment et du milieu, dont un écrivain célèbre se sert pour expliquer tous les faits historiques, nous donneront peut-être une exjilication approximative de celui qui nous occupe. La noblesse des aspirations de notre poète et sa préoccupation des choses élevées, s'expliqueraient ainsi en partie [)ar l'atavisme, c'est-à-dire par un liéritage de nobles sentiments, transmis par une longue suite d'aïeux : c'est la race. Elles s'expliqueraient mieux encore et plus sûrement, par l'époque de son avènement à la vie intellectuelle, qui était l'époque de renaissance religieuse, accomplie avec tant d'éclat, sous les auspices de Chateaubriand : c'est le moment. Elles s'expliqueraient, enfin, par l'inlluence des personnes parmi lesquelles Lamartine vécut, celle de ses parents d'abord, celle de ses maîtres ensuite : c'est le milieu. Ce n'est pas que j'attribue au bon Père Wrintz, son maître de philosophie, (pi'il ne donne nulle part pour un homme supérieur, une
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action bien sensible sur. son esprit. Mais enfin cette action ne dut pas être absolument nulle. La philosophie latine qu'il enseignait comprenait, en effet, la morale et la UK^taphysique. Elle pouvait, par conséquent, donner au jeune homme le sentiment des problèmes moraux et religieux bien mieux que les cours des écoles centmles. qui avaient partout remplacé les collèges et où l'on enseignait, pour toute philosophie, la grammaire générale d'après Condillac et Destutt de Tracy.
Mais ce qui contribua le plus à faire de Lamartine le poète-philosophe que nous admirons, c'est^ je n'hésite pas à le reconnaître, lintluence de la religion, dont il fut i\e bonne heure profondément pénétré, comme V(jus pouvez vuus en convaincre en lisant le livre si intéressant de notre camarade et secrétaire, M. Déjey (1). Elle l'habitua à dédaigner les choses périssables et à regarder de haut les petites compétitions de nos fourmilières humaines, en lui ouvrant journellement la perspective de Tau delà. A la différence des religions 'antiques, la religion chrétienne met, en effet, la vie future sur h' |»remier plan, et rejette la vie présente sur le second : elle fait de la destinée humaine, le principal et presque l'unique souci des âmes, et crée pour ainsi dire en elles un nouveau sens, le sens de l'iniini. C'est donc à elle surtout que nous devons le diantre des destinées humaines, le poète-philosophe que fut Lamartine, et. c'est ici, dans ce cher collège et dans cette charmante ville de Belley. qu'il s'est formé et développé. C'est, je
V Le Héjovr fie Lamartine à BeUey, ch. IV.
LAMARTINE ,POETE-PHILOSOPnE
crois, une raison, Messieurs et chers camarades, pour nous, anciens élèves de cet établissement, habitants ou voisins de cette ville, de conserver le culte de cette grande mémoire et de ne rien négliger pour qu'elle soit entourée des honneurs qui lui sont dus.
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