‹ Le séjour de Lamartine à BelleyChapitre 5 sur 32 · QUELQUES MOTS D AVERTISSEMENT IX · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS D AVERTISSEMENT IX

aux nombi'Ciix amis, aux hommes émincnts qui nous ont félicité de notre travail, à toutes les âmes généreuses pour lesquelles le nom de Lamartine est resté, malgré tout , comme une synthèse du beau et du bien , comme un symbole d'apaisement et d'union.

On y trouvera — non sans plaisir, espérons-le — une introduction tirée de ses grandes œuvres, quelques nouveaux documents inédits, quelques notes complémentaires sur les professeurs du collège de Belley de 1803 à 1808 et sur Tliistoire des Pères de la Foi. quelques réiiexions et remarques destinées à relier d'une manière plus intime les récits ou fragments de récits que nous citons. Des élogieux articles de la presse, des lettres si bienveillantes que nous avons reçues, nous ne pouvons ni ne voulons user à cette place. Nous n'en donnerons (|u'unc : celle d'un illustre professeur. M. Ferraz.

M. Ferraz a grandi dans le même collège, dans le même pays que Lamartine. Sa lettre a d'autant plus de valeur pour nous qu'il représente , en philosophie , la grande idée spiritualiste et chrétienne dont Lamartine fut le chantre inspiré.

Bellev. 15 novembre 1894.

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Lettre de M. Ferraz

ANCIEN PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE A LA FACULTÉ DE LYON, MEMBRE CORRESPONDANT DE LINSTITUT.

Monsieur .

.roi ht rotre précienj' colunœ acec on cifintéréf. en. ma quollté fie Bugiste , francien élève fin. CoUèf/e fie Belle y et (le ferrent adrniratenr fie Lamartine. Il se reromrnanfle, d'ailleurs , aa.r es}rrits' cn.ltirés fie toute provenance, par Te.ractitufle des reclierclies, par le choix des ci^aHons et [Kir ïej'cellence (f^s réflexions dont elles sont accompagnées.

C'est une œuvre sérieuse fj^ue la vfjtre : on voit que vous êtes au courant et que vous connaisse:, non seulement les documents relatifs à la vie du grand poète, mais eiicore les travaux de Mute c rit iqi'e dont il a été TolJ et dans ces derniers temps. C'est aussi une œuvre pure et distinguée, oit le sentiment esthétifiue et le sentiment moral s'avivent

XII LETTKK DE M. FERRAZ

ïiluiv.eUement et qui devrait être le Vitre de clieret de tovs les Jeunes gens de notre po.ys. En leur faisant aimer de ho a ne heure la noble jjoésie de Lamartine , il les dégoûterait [iour toujours des irroducAions communes et grossières qui nous inondent à llieure qu'il est. Vous savez le mot de Joseph de Maistre : quand on s'est longtemps nourri d'arahroisie, (Ht n de la peine a se faire au régime des vins frelatés et de la piquette.

Recevez j, cher Monsieur , avec mes félicitations , V assurance de mes sentinients les meilleurs et lesj^lus distingués.

FEREAZ.

Annecy . le 20 janvier 1893.

f^ETTE étude est celle d'une âme de poète, de son éclosion dans un temps où la poésie semblait morte. "^^i A l'entrée de Lamartine dans le monde, « il n'v avait qu'une voix sur l'irrémédiable décadence, sur la mort accomplie et déjà froide de cette mystérieuse faculté de l'esprit humain... C'était l'heure de l'incarnation de la philosophie matérialiste du dix -huitième siècle dans le gouvernement et dans les mœurs. Tous ces hommes géométriques, qui seuls avaient alors la parole, croyaient avoir desséché pour toujours la partie momie, divine, mélodieuse, de la pensée humaine. » [Les Méditations. — Des Destinées de la Poésie.)

L'orgueilleuse stérilité de la fin du dernier siècle et des ]jremières années du dix-neuvième apparaissait comme le sourire « d'un génie infernal », planant sur des ruines. Calcul et force, chiffre et sabre, tout était là. Dans les écoles, comme ailleurs, « le chiffre seul était permis, honoré, protégé, payé ». On n'avait rien à craindre du

rliitfro, car « \o chiffre ne raisonne i)as », et « c'est un merveilleux instrument de tyrannie, qui ne demande jamais à quoi on l'emploie, qui n'examine nullement si on le fait servir à l'oppression du genre Immain ou à sa d«'livmnce. au meurtre de l'esprit ou à son émancipation. » Rien n'est morne, silencieux, brutal comme le chiffre. On n'y trouve de la poésie qu'en s'élevant au delà. Le chef militaire de cette époque s'en servait comme d'un moyen, il y voyait la source de s'on omnipotence et. dans une i)erspective plus ou moins lointaine, la couronne d'Occident.

Après le despotisme révolutionnaire aux têtes sans nombre, le despotisme couronné ou d'un homme. Le jiremier avait i)Oussé Chénier sur l'échafaud, livrant la ]ilace publique aux seuls bruits des discordes civiles et du couperet qui tombe. Le second . étourdi par le retentissement des batailles, poursuivait de ses vexations Mme de Staél et Chateaubriand, ^fme Kécamier ellemême (1 . qui. remarquable j)ar son esjirit et sa beauté, ii'avait qu'un tort, celui de tenir le célèbre salon oii se donnaient rendez-vous toutes les illustrations de l'Eurojie. Sous do ] areils ' rég-hnes. toute lioraison

ilj Elle fut, tout aussi bien que Mme de St:iël. l'xih-c :i quai-jinte lieues de Paris.

Mme Récamier, née Julie- Adélaïde Bernard, était fille <iun riche bour<4-eois lyonnais, appelé ii Paris, en 1"781, par M. de Calonne, qui lui confia un emploi de receveur général des finances. Elle avait épousé, en nos, M. Kécamier, <rran<l banquier et luirdi spéculateur parisien, orig-inaire d'inie ancienne famille de Kociiefort en Bujrey.

Ce M. Récamier était de la même famille que le célèbre professeur et in^rénieux cliirur<rien Josepli R«''camier (né à Gressin près Helley en 1774, mort en 1^.72'. Cressin et Rocbefort forment la même conunune.

poétique était étouffée par avance. Pendant quelques années, on put croire qu'il en était fait des nobles concejitions de l'esprit et que l'aridité du déseii: allait se perpétuer sur notre sol généreux.

Mais il est au fond des âmes quelque chose de divin qui ne meurt jias, quelque chose qui tient à la nature essentielle de l'homme et fait sa force. Principe de vie. lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, on ne peut l'éteindre tout à fait. L'iiomme se vautre dans la matière et s'avilit sans le détruire. L'orgie s'achève sans avoir satisfait celui qui s'y livre, car rien n'est plus vivant que la partie invisil)le et supérieure de notre nature, celle qui ne trouve son repos que dans l'Etre Infini d'oii nous venons. Il suffit d'une voix inspirée de Dieu — celle d'une sainte, comme Jeanne d'Arc, ou d'un poète, comme Lamartine — pour réveiller cette faculti'^ divine dans l'àme des individus et des peuples.

Lamartine a reçu, dans son pays natal, les premières étincelles du feu qui l'emln-asera. Le voici sur la route de Belley en compagnie de sa pieuse mère. Dieu s'entretient avec lui par l(^s sites grandioses du Bugey. jiar ces merveilleux tableaux que ferment, dans le lointain, les pics étincelants des Alpes. Dieu lui parlo lorsque à l'entrée delà chapelle du collège, il s'agenouille auprès de sa mère, si tendre, si clirétienne. lorsiju'il i)arcourt les longs corridors de l'établissement ou s'avance sous les ombrages de ses jardins, lorscpi'on le présente aux gTaves et bons roligieux. Dieu se communique à son âme pendant les leçons de ces maîtres vénérés, dans la pompe des cérémonies et les extases du lieu saint, durant ses soli-

taii'cs promenades à travers les rocs escarpés et les forêts sombres.

Comme Jeanne d'Arc, il entend ses voix. Déjà il s'essaye à chanter. Pendant qu'au dehors les esprits languissent dans le marasme et la {)rostration, pendant (ju'il manque à tous des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, il admire, il écoute. Il chante le rossignol qui gazouille dans les bois. Il chante la cascade qui mugit son hymne inconscient au créateur. Il chante l'asile vertueux qui forma son enfance

A l'amour des humains, à la crainte des dieux.

L'âme du poète amasse ses trésors. Mille pensées rassiègent, mille éclairs l'illuminent, mille formes, empruntées à la Bible, à Bossuet, à Racine, s'y gravent et s'y retrouveront plus tard. Grâce à l'existence recueillie menée au collège de Belley, la nature et Dieu ont accompli leur œuvre.

Lamartine atteint sa vingtième année. Il s'avance, le front tantôt rayonnant d'inspiration, tantôt assombri par ses rêves mélancoliques. Il n'est plus au collège de Belley, mais il y revient par ses souvenirs. Les grandes pensées morales et chrétiennes, qui causaient les extases et les enthousiasmes de l'adolescent, le possèdent encore. Ce sont ces mêmes pensées qui, de son âme, vont tomber en immortelles Méditations et en flots d'Harmonie. «Amour, philosophie, religion, enthousiasme» : on ne connaît plus ces choses. Mais tout est si smcère, si conforme à la nature, que chacun se sentira remué d'une émotion inattendue. L'âme humaine, altérée d'idéal

et conimo l'a dit un illustre Père de, TP^o-liso, si naturellement chrétienne , a retrouvé ses aliments et le langage qui lui convient.

Le jeune poète complète son éducation par des voyages à Paris, à Rome, à Naples. Son âme subit toutes les impressions qui peuvent naître de la nature « j)arlant par ses mille voix au cœur encor vierge de l'homme. » Il regorge de sentiments comprimés. Il en souffre. Mais l'ère des convulsions politiques et des batailles est terminée. Semblables au fer de la charrue, qui creuse et retourne le sol j)0ur le faire produire, elles n'ont servi qu'à préparer une merveilleuse éclosion de littérature et de poésie. Avec des idées nouvelles, les lettres vont renaître et prendre un essor nouveau. Lamartine est, avec Chateaubriand, l'agent principal de cette rénovation.

Date mémorable pour la littérature et pour lui-même ! Il a réuni dans un petit volume quelques-unes des poésies crayonnées depuis sa sortie du collège. Il le présente à de nombreux éditeurs, mais tous accueillent par d'impitoyables refus poète et poésie. Un libraire, du nom de Nicolle, se décide enfin, et le livre — tout petit in-18, sorti de l'imprimerie Didot — paraît en mars 1820, sans nom d'auteur, sans autre garantie que l'âme du poète qu'il y a mise tout entière, sans autre recommandation que les nobles pensées qui bouillonnaient déjà en lui lorsqu'il essayait sa lyre sous les charmilles de Belley . Mais la découverte, dans ces phrases musicales et ces délicieux accords, d'une âme qui vibre et qui sent, la révélation de ce quelque chose de divin dont nous parlons plus haut est précisément la cause de l'immense émotion

j)ru(hiite. L'amour s'ennoblit, se purilie, s'idéalise ! Le ciel s'ouvre, l'éternelle beauté se montre aux reg*ards avides, ses reiiets retombent sur la terre avec l'espérance et se mêlent aux ndroitements azurés des lacs ou des golfes ! Tous les cœurs éprouvent les palpitations de cette âme, tour a tour baignée de lumière ou plongée dans les ténèbres, transportée de joie ou brisée par les larmes ! Tous s'unissent à ces mélodies captivantes, à cette profusion de radieuses images et de vérités éternellement vraies ! Le jeune \'ict(jr Hugu — il avait dix-huit ans en 1820 — pousse cette exclamation enthousiaste : « \'oici donc enfin des poèmes d'un poète, des poésies qui sont de la j)0ésie ! » 11 n'est pas jusqu'à Talleyrand qui ne soit fasciné \rdv le nouveau livre, et toute une nuit il le savoure. Comprenant <- qu'il y avait là un homme ».

Chacun veut hre ces pages oii l'humanité se reconnaît, avec ses infirmités et ses misères, comme avec ses célestes aspirations. Chacun veut respirer la fraîche poésie qui « monte comme un lis du milieu des décombres et du fond de la stérilité » (1). Cliacuii veut av(jir sa part du concert divin dont les accents viennent de retentir et, comme la mystérieuse cantilène du Lac, rendent attentif le flot luimême. Les éditions se succèdent et ne suffisent pas à la curiosité pul)liquc. On se passe le petit volume. On se répète les strophes les mieux fi-appées et les plus émues. On est tout entier suspendu à la Aoix du jeune barde qui vient de se révéler au monde. VA l'intérêt suscité par les Méflifntifyiis se continuera, bien (ju'un peu aflaibli, pour

(1; linùle Deschanel, Lamartine,

les autres ouvrages, parce que tous coutiennent. avec un retour à la nature et à son auteur, rànio du Lamartine (le Milly et du Lamartine de Belley — cette ame, impr('^gnée de tendresse par le C(jeur si compatissant et si cliri'tien de sa mère, fortifiée dans sa foi par la foi de ses maîtres et le spectacle des œuvres de Dieu.

Dans tous les ouvrages de Lamartine, même dans les œuvres le moins à l'abri d'une juste critique, domine la même élévation d'idées, le môme soufUe divin. Dans ses livres de poésie, il n'est pas ou presque pas de pièce qui n'ait son élan vers l'Infini, sa prière, son espérance céleste ou son acte de foi. Lorsqu'il ne va pas jusqu'à la précision du dogme, difficile à rendre dans les vers, il en revêt du moins les formes et celles de l'Ecriture. Sa religieuse poésie reste toujours, quoiqu'il en soit, dans les. grandes données du spiritualisme sur Dieu, la Providence, l'immortalité, la vie future, le devoir. 11 vit. il se meut dans le-ravonnement de ces vérités, issues de la révélation primitive et des révélations intimes de l'homme, confirmées, éclairées, complétées par la révélation de Jésus-Christ, aussi chrétiennes que la théologie ellemême, et que le théologien étudie avant la théologie leur couronnement. Mgr Perraud l'a dit du haut de la chaire sacrée : « Glorifier, dans son essence et dans ses attributs, l'être qui est le principe de la vie universelle et se prosterner humblement devant le Dieu fait liomme pour l'adorer n'implique aucune contradiction. »

Si le chantre inspiré de la nature et de Dieu s'arrête parfois sur l'idée du néant, si son regard se laisse assombrir par le désespoir, ce n'est qu'une impression passagère

ÎS LAMARTINE A BELLEY

OU le plus souvent un procédé de littérature. Qu'il soupire une plainte, qu'il exhale sa joie, qu'il s'interroge sur les tins dernières de Thomme et les graves problèmes de la vie, c'est vers Dieu, vers le ciel qu'il dirige sa pensée. Son état d'àme est la nostalgie du ciel , l'amour des régions supérieures, où les idées s'éclairent, où s'ennoblit le langage.

Nous voudrions pouvoir le suivre dans ses célestes envolées, rapprocher les pensées du poète jjarvenu à l'âge d'homme des pensées de l'adolescent. Que de perles étincelantes et de charme surhumain dans Vlsolemenf 'Premières Méditations; , dans les beaux vers à lord Byron, .sur l'homme :

Borné dans sa nature, infini dans ses vœux.

L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux...

dans V Immortalité, dans V Invocation, rêve d'amour que la piété divinise et termine au ciel :

... Si tu prends ton vol et si. loin de mes yeux. Sœur des anges, bientôt tu remontes près d'eux, Après m'avoir aimé quelques jours sur la terre. Souviens- toi de moi dans les cieux I

dans la Foi, dans le TemjjJe, soupirs exhalés au fond d'une petite église de village et confiés par le poète à Dieu qui le console, dansi>/e^/, lumière des intelligences, soleil moral sans lequel l'univers rentre dans la nuit du chaos :

Lhomme cessa de croire, il cessa d'exister !

INTKODL'CTION 9

dans La Poésie sacrée. <»ii rcteiitissont tniii- à t<»ui* la Yoix de Dieu « Dieu dit et le jour fut ». la triste voix de Job, les malédictions dlsaïe, les promesses d'Ezéchiel, les plaintes immortelles de Jérémie et Tannonce du Rédempteur :

Silence, ô lyrel et vou:^ silence.

Prophètes, voix de r-avenirl Tout Tunivers «e tait davance Devant Celui qui doit venir.

Fermez- vous, lèvres inspirées ; Reposez- vous, harpes sacrées.

Jusqu'au jour où. sur les hauts lieux.

Une voix au monde inconnue Fera retentir dans la nue :

Paix à la terre et fjloire aux deux!

<\'d\\^ Lfi Moii fie Soci'cife. ou Snerate outrrvoir et saluf le Messie.

Quelles gerbes d'or à etieillir. «tans Les Etoiles Nouvelles Méditations;, les étoiles que le poète suit du regard dans le bleu firmament et qui lui tunt désirer d"étre rime d'elles, pour briller sur le front de la beauté suprême. éclore sous les pas de Dieu :

Hélas I combien de fois, seul, veillant sur ces cimes, Où notre âme plus libre a des vœux plus sublimes, Beaux astres, fleurs du ciel, dont le lis est jaloux. J"ai murmuré tout bas : o que ne suis- je un devons !... ',

dans La Solitude, cri d'admiration arraeli*' par le bassin du lac Léman et l'ampliithéâtre des Alpes, entrevus du Jura, dans Consolation, délicieux tableau de la vie de fannlle, dans les Stances :

Pour moi. je chanterai le Maitre que j'adore. Dans le bruit des cités, dans la paix des déserts, Couché sur le rivage ou flottant sur les mers, Au déclin du soleil, au réveil de l'aurore.

dans le Crucifix, dans sa réponse a M. de Musset :

L'homme répondra- 1- il, quand le Souverain Maître Lui criera, dans son cœur : « Pourquoi t'ai-je fait naître? Qu'as-tu fait pour le temps , pour le Ciel et pour moi? — J'ai ri de l'univers, de toi-même et de moi I »

dans Le dernier Chant du Pèlerinage d'Harold, qui meurt , après avoir éteint dans son âme les trois flambeaux de la foi, de la raison, du génie.

Quel merveilleux faisceau d'hymnes et de prières dans les Harmonies! Lisez V Invocation qui les précède :

Elevez -vous, voix de mon âme, Avec l'aurore , avec la nuit !

Elevez- vous comme la flamme, Répandez-vous comme le bruit !

Flottez sur l'aile des nuages, Mêlez- vous aux vents, aux orages, Au tonnerre, au fracas des flots :

L'homme , en vain , ferme sa paupière ; L'hymne éternel de la prière Trouvera partout des échos 1

\.' Hymne de la Nuit :

Le jour s'éteint sur tes collines, 0 terre, où languissent mes pas !

Quand pourrez- vous ! mes yeux, quand pourrez-vous , hélas! Saluer les splendeurs divines Du jour qui ne s'éteindra pas?

\.' Hymne du. Matin, l'Hymne de VEnfoni o son réveil, cette mélodie d'une grâce si touchante . d'une tendresse de sentiment si délicate. Poésie ou Paysage dans le golfe de Gènes, H Idée de Dieu, Pour le])remier Jour de Vannée, Encore un liymne, l'Invocation du Poète :

Au nom sacré du Père et du Fils, son image. Descends, Esprit des deux, Esprit qui, d'âge en âge, Des harpes de Jessé, chérissant les concerts, Par la voix de la lyre, instruisis l'univers I

Le Cri de Tâme, Y Hymne aa Clirist :

A'erbe incréé, source féconde

De justice et de liberté.

Parole qui guérit le monde.

Rayon vivant de vérité

C'est en vain que F homme ingrat et las de croire.

De ses autels brisés et de son souvenir. Connue un songe importun, veut enfin te bannir : Tu règnes, malgré lui, jusque dans sa mémoire. Et. du haut dim passé rayonnant de ta gloire. Tu jettes ta splendeur au dernier avenir. Liunière des esprits, tu pâlis, ils puissent! Fondement des Etats, tu fiéchis, ils fléchissent ! Sève du genre humain, il tarit, si tu meurs 1 Racine de nos lois, dans le sol enfoncée. Partout où tu languis, on voit languii* les mœurs ; Chaque libre, à ton nom, s'émeut dans tous les cœurs, Et tu revis partout, jusque dans la pensée. Jusque dans la haine insensée De tes ingrats blasphémateurs ! . . .

Règne à jamais, ô Christ, sur la raison humaine. Et de l'homme, à son Dieu, sois la divine chaîne I

Lisez Le Tomheau d'une mère :

l'i LAMARTINE A BELLEY

Heureux Thomme à qui Dieu donne une sainte mèivl En vain la vie est dure et la mort est amèie

Lisez Lfi Voir haina'ine-, lisez A TFsprif -Saint et bien •ratitres morceaux de |)oésie ou de prose que Tun aurait \M\ citer encore, si le cadre de cette Introduction l'avait l>ermis.

Lisez ses œuvres di^ erses, ses Discours pjlitiques, son Cours familier de littérature, suivez dans toutes ses jdiases sa longue et laborieuse existence : partout vous verrez rayonner cette pensée constante de Dieu, avec les générosités qu'elle inspire, avec le merveilleux bon sens (prelle donne à Lesprit, « non pas seulement — dit ^f. E.-M. de A'ogùé — comme un nom qu'il prononce pour ainsi dire, malgré lui, à chaque parole et à chaque ligne, mais comme une explication à tous les mystères et une solution à tous les problèmes. » A'ous le verrez se jeter dans la lutte, i)ar devoir et par amour sincère du l;euple: surjjasser, en clairvoyance, les liabiles, dans les questions d'affaires elles-mêmes: répandre, avec une fécondité que rien ne lasse, discours et écrits ; ])roclamer hautement le nom de Dieu devant les foules assemblées, l'invocjuer lui-même, au milieu des périls que Court la jjatrie. et. si. dans le feu de la composition. (piel(|ues pages ini|»rudentes lui écha})j)ent. les i-ectifier ]in])liquement. avec une humilité parfaite, avec ^ la sincérité (jui lui mi'rita le l)eau nom de grand hou- I néte honnne, \()ns le verrez ])réoccu})é. avant tout, des l»rnicipes supérieurs et de l'établissement, avec Dieu même pour base, de cette union nationale que réclament, encore aujourd'hui tant d'honnnesdebicn : « Nous

sommes à une de ces grandes époques de reconstruction, de rénovation sociale — écrivait-il en 1S:M — : il ne s"ag-it pas seulement de savoir si le pouvoir })assera de telles mains royales dans telles mains ])opulaires; si ce sera la noblesse, le sacerdoce ou la bourgeoisie (jui prendra les rênes du gouvernement nouveau, si nous nous appellerons empire ou république ; il sagit de ])lus ; il s'agit de décider si Tidée morale de religion, de cliarité évangélique, sera substituée à l'idée d'égoïsme dans la politique ; si Dieu, dans son acception la plus ])ratique, descendra enfin dans nos lois; si tous les lionimes consentiront enfin à voir, dans tous les autres hommes, des frères ou continueront à y voir des ennemis

ou des esclaves » (Préface sur les Destinées de la

Poésie. )

Kt quand vous aurez vu toutes ces choses, reportezvous dans la paisible demeure de Milly, dans Timposant collège deBelley, à Tépoque oii les nobles inclinations du jeune poète se développaient avec les premiers ferments de son génie, à ces lieures où la vie littéraire paraissait éteinte, oii la poésie semblait morte. Suivez du regaril les tableaux qui se déroulent au cours de ce volume ^ Assistez à la genèse de cette âme et considérez la dans ses [iremières étapes : Màcon, Milly. Belley. Là vous apparaissent les trois grandes influences dont Taine se sert pour expliquer les faits historiques : celle de la roce

— héritage de nobles sentiments transmis par une longue suite d'aïeux ; — celle du moment — éi)oque de renaissance religieuse et littéraire ; — celle (hi la'iVien

— j)arents, maîtres, camarades, pays.

Eh 1)ion 1 Arrètez-vuus sur cette influence du milieu, (jui fut la plus forte et mérite la plus large place. iJans cet asile si i)rr'cieux en un pareil temps et réalisation de cette pensée de Joubert : « Quand Dieu se retire du monde, le sage se retire en Dieu ». dans ce monastère d'enfants, qu'était alors le collège de Belley, la philosophie enseignée ne se bornait pas à quelques notions de grammaire générale. Contrairement à ce qui se passait dans les autres écoles, le programme comprenait l'étude des grands problèmes de morale et de métaphysique que l'humanité se pose et se posera toujours. Examinez l'action que ])Ouvait avoir sur l'âme du Itoète une telle philosophie. Songez au caractère poétique (pie revêt parfois le langage des philosophes euxmêmes, témoin Pascal, quand il s'interroge sur la destinée de l'homme, quand il se le représente perdu, comme un atome, dans les espaces effroyables de l'univers et se demande ce (pi'il est, d'où il Aient, oii il va et j)Ourquoi il a été jeté sur le monde. Et dites, avec ]\I. Ferraz : « Si le problème de la destinée émeut si l>rofondément uu iildlosophe, quel ébranlement ne produira-t-il ].as sur un ^loète doué de quelque esprit phdosophique. » doué sui-tout de ce « nouveau sens » que donne la religion chr«'tienne « le sens de l'infini. » (1)

Voilà, tel qu'il a jailli sous la plume d'un maître, le secret de l'immense impression causée, de l'énorme

(1) Lamartine, poète-pliilosoplio. Lettre de ^L Ferraz aux membres 'le rAssociation amieale des anciens élèves du collëg-e de Belley (lue a la réunion du 14 mai 18^ par M. Anthelme Bég-erard, Président, Maire de Belley).

iiilluencc exercée par Lamartine. Il avait « -le sens do l'Infini », l'intuition de Tau delà, le sentiment du divin, c'est-à-dire de la nature intime et première de l'homme. Il en retirait cette poésie « à coté de laquelle la poésie ordinaire paraît une poésie d'enfant, qui se joue à la surface de l'àme, tandis que la première pénètre jusqu'à ses dernières profondeurs » ( 1 ) ; poésie d'autant plus puissante sur l'homme qu'elle vient plus directement du ciel et qu'elle est plus divine ; poésie que désigne M. Jules Simon, lorsqu'il dit dans son panégyrique du centenaire : « Aucun poète n'a plus souvent

parlé de Dieu, c'est ce qui le rend profondément humain. car, si Dieu est loin de nous par sa grandeur, il en est

tout près par sa honte » (2). Il en retirait ces paroles libératrices qui sortaient de ses lèvres, brillantes comme l'éelair, harmonieuses comme la lyre d'Orphée, dissipant les préjugés et les haines, confondant des âmes jusqu'alors inconciliables.

Et aujourd'hui, où l'homme semble errer de nouveau

dans les ténèbres, le monde moral perdre son soleil, la pliilosophie et la [)oésie vouées à la mort par le culte égo'iste de la bête humaine, une seule prière s'élève du fond de notre cœur. En ces jours de transition périlleuse^ oii le passé n'apparaît plus et où l'on ne \(At })as encore

(1) Ferraz, ibidem.

(2) M. Jules Simon dit encore, dans le même panégyrique : « Tout grand poète est doublé d"un philosophe, toute philosophie confine à la poésie. Même orig-ine et même fin ; il n'y a de différence que la route. Ramener le monde a Dieu, la société humaine à la foi, et les déshérités de la vie à une condition plus heureuse, ces grands problèmes relig-ieux et sociaux assaillaient son esprit. »

in LAMAirriNE A BELLE Y

ce que sera le temps (lui va suivre, puisse queltpie àme prédestinée se développer et gTandir dans un lieu inconnu de tous, loin de la contagion et du bruit de la foule. Puissent une mère et des maîtres clii*<'4iens lui transmettre le dépôt sacré de leur foi, renflammer de^^ ardeurs de leur tendresse et le monde acclamer bientôt lui nouveau Lamai-tine. un Lamartine foi-tifié de toutes les leçons tpie laisse après lui un siècle qui s'achève.

« Le combat pour Tcxistence — écrivait récemment ^r. Anatole France — est plus acharné que jamais, la victoire plus insolente, la défaite plus inexorable. Avec la fji et Tespémnce, nous avons perdu la charité ; les trois vei-tus qui, comme trois nefs ayant à la- pjroue Tmiage d'une Me rge céleste, portaient les pauvres âmes sur rOcéan du monde, ont sombré dans la même tempête. Qui nous apportera une foi. une espérance, une charité nouvelles. »

Nous du'ons shn[>lement. nous : « Qui nous rendra notre Dieu 1 »

DE

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