LES SOURCES DE LA POÉSIE
l'ôn's do la Fui) ( 1 ). irépargiiaieiit rien, il faut le Veconiiaître, i>nur donner, àbnir enseignement et à leur discipline, Tagrément et même la grâce du foyer tant regretté oii Tenfant avait laissé sa mère, ses sœurs, ses vergers, ses horizons du ]iremier âge. »
Toujours la pensée du foyer }»aternel, des êtres chéris <jui (Ml font l'attrait et Tornement. du pays où, dès sa tendre (Mifance^ le sentiment de la nature s'est ('^veillé en lui. Ce regret des personnes et des choses auxquelles tient son C(eur est nue. première source de mélancolie.
Mais, à ces hnpressions de son premier âge, en succèdent d'autres. A la poésie é'manée du sein de sa pieuse et charniant(^ famille, de la première nature qui a frappé ses regards, viennent s'ajouter les émotions produites par la vie. presque toute intérieure, toute morale, du collège et la connaissance d'un pays plus beau encore que son pays uatal, i)lus pittoresque et varié dans ses aspects, plus grandiose dans ses horizons. <c Glace vivante qu'aucune poussière de ce monde n'avait encore ternie et qui réverbérait l'œuvre de Dieu ». son âme allait se pénétrer, do phis en plus, de ce sentiment du divin qu'on rencontre à un si haut degré dans ses poésieset qui forme la poésie «dle-même.
C'est avec une exactitude parfaite que sa mémoire lui représente, sur la face méridionale de la maison des Pères de la Foi, le large perron qui domine les jardins ; puis, dans les étages supérieurs, les vastes dortoirs transformés en belvédères, permettant de contempler au loin la -plendide succession de colUnes et <le montagnes (pii distingue cette j)artie du Bugey.
1 On a vu plus haut que les Pères de la ¥<>[ u étaient pas des -I<''suites. Ils ne le devinrent que plus tard individuellement.
« En traversant, jtar un largo vestibiilo, ce gros bâtiment, on arrivait à un magnifique perron, dominant de beaux jardins. Les jardins longeaient d'abord les bâtiments : les fenêtres de l'édifice ouvraient toutes sur ces allées d'arbres fruitiers et sur ces carrés de légumes et de Heurs. Le silence et les odeurs suaves montaient dans les chambres des ecclésiastiques. Au-dessus^ c'était un vaste doi-toir, oii deux rangs de rideaux séparaient nos lits. Le mien était à l'angle du dortoir : une fenêtre me sépjarait^ de l'autre côté, des lits de mes camarades. En écartant un coin du rideau, je plongeais librement mes regards dans les jardins, puis sur la vallée ou prairie qui leur faisait suite. Le liasard de cette place me parut un don de Dieu. Je l'en remerciai comme d'une faveur ; il m'était si doux de contempler en silence, la nuit, la lune mélancolique, flottant sur la cime des hauts peupliers ; le jour, les iiremières lueurs du matin. Je me crovais à Millv.
1 t. fc,
« Après le jardin jjotager, on aperçoit l'entrée d'un long bocage de charmilles, réservé pour la promenade solitaire des Pères et des professeurs. On en voyait toujours un ou deux, en redingote noire, un livre à la main, lire leur office s'ils étaient prêtres ou leurs livres classiques s'ils nous préparaient les leçons. On eût dit des ombres errantes dans les champs Elyséens. Cette vue inspirait le recueillement et l'étude; on y sentait aussi la piété...'
«' L'aile de l'édifice qui tournait à gauche, pour envelopper la cour du côté de la ville, était consacrée à d'immenses salles pour l'étude en commun, avant ou a[)rès les classes. L'église était à côté ; on y descendait ] «ar un escalier dérobé pourassisteraux cérémonies pieuses. Ellos étaient célébrées avec beaucoup de dignité et beau-