COMPOSITION DES EAUX DE MER RAPPORTÉE A 1000 GRAMMES D EAU
Causes qui influent sur la salure d’une mer. — Les pluies et les affluents. — L’évaporation. — Méditerranée et mer Rouge. — La mer Caspienne. — Son étendue. — Diminution de la salure. — Le Knra-Boghaz. — Concentration du sel de la Caspienne dans le gouffre noir. — Les bancs de sel des steppes. — La mer Morte. — La salure des eaux en divers points. — Ce sont des eaux inéres. — Comment elles se sont formées. — État d’équilibre actuel. — Le Grand Lac Salé de l'Utah. — Sa découverte. — Scs dimensions. — Son niveau. — Salure de l’eau. — Extraction du sel. — Le lac Elton. — Dépôts de sel. — Leur exploitation.
On voit par les résultats précédents que la salure d’un certain nombre dé mers intérieures est supérieure à celle de l’Océan, et que pour d’autres, au contraire, elle lui est inférieure. La Méditerranée, la mer Rouge, la mer Morte sont dans le premier cas ; la mer d’Azof, la mer Baltique et la mer Caspienne sont au contraire fort peu salées. Les causes de ces différences sont, en général, faciles à indiquer : car deux phénomènes inverses se produisent incessamment. La pluie qui tombe dans une mer intérieure et les fleuves plus ou moins importants qu’elle reçoit, apportent de l’eau douce et tendent à diminuer la proportion des matières salines contenues dans la masse d’eau de mer. En même temps, la surface de l’eau est le siège d’une évaporation dont l’intensité dépend de la température moyenne de l’atmosphère et de plus ou moins de force des vents : il est évident que l’eau de mer se concentre sous l’influence de l’évaporation. Suivant que l’une ou l’autre de ces causes prédomine, l’effet produit est une diminution on un accroissement de la salure des eaux : ajoutons que si une mer intérieure reçoit plus d’eau douce qu’elle n’en perd par évaporation, il devra s’établir entre elle et l’Océan un courant qui la débarrassera de l’excédent de la masse liquide et maintiendra son niveau constant. Si nous considérons, au contraire, une mer intérieure située dans une région chaude, comme la Méditerranée ou la mer Rouge, et sur
la surface de laquelle l’évaporation est très active, il y aura concentration du liquide et l’équilibre de niveau se rétablit par un courant marin venant de l’Océan : c’est pour cela que la Méditerranée est moins salée entre Gibraltar et Malte qu’entre ce dernier point et Alexandrie; ou bien encore que les eaux du golfe de Suez sont les plus salées de toutes les eaux marines. On peut même se demander pourquoi la mer Rouge n’est pas plus salée. Elle ne reçoit tout le long de ses côtes aucune rivière venant des contrées voisines : l’évaporation y est fort active, et enlève annuellement une épaisseur moyenne de 2m,50. Comme la profondeur de cette mer est en moyenne de 245 mètres, la salure devrait chaque année augmenter d’un centième. Il faut donc qu’il y ait, au détroit de Bab-el-Mandeb, un contre-courant inférieur d’eau fortement salée se dirigeant vers l’Océan Indien.
Restent certaines mers ou grands lacs n’ayant pas de communication avec l’Océan. Ils ont tantôt une salure exceptionnelle comme la mer Morte, tantôt au contraire une salure très faible, comme la Caspienne. La raison de ce fait pour cette dernière est fort curieuse; nous verrons que l’observation sur laquelle nous nous fondons permet d’expliquer, dans un grand nombre de cas, la formation des bancs de sel gemme. Examinons d’abord ce qui a été constaté par les voyageurs et les géographes dans différentes circonstances ; nous déduirons au chapitre suivant les conséquences de ces observations.