B. LES MINES DE YVIELICZKA ET DE EOCHNIA
Situation des mines. — Leur étendue. — Leur histoire. — Descente dans les mines. — Méthode particulière. — Description des mines. — Exagérations des voyageurs. — Grandeur des travaux. — Fêtes données à Wieliczka. — Chapelle Saint-Antoine. — Lac souterrain. — Accidents. — Incendies. — Le gisement de sel. — Grünsalz. — Spizza-salz. — Szybicksalz. — Étages de travaux. — Bois fossile. — Odeur de truffe. — Débris de coquilles. — Anhydrite. — Mode d’exploitation. — • Travail au pic. — Formes .des blocs de sel. — Travail dans les couches inférieures. — Charpentes et bûchers. — Épuisement de l'eau. — .Mines de Bochnia. — Inclinaison des couches de sel. — Mauvaise exploitation. — Gisement de sel au sud des Carpathes. — Leur formation. — Abondance des sources et des bancs de sel.
Au bord des plaines de la Pologne et au pied des montagnes qui la séparent de la Hongrie, se trouvent les deux petites villes de Wieliczka et de Bochnia. La population de la première est de (3000 habitants ; celle de la seconde dépasse 8000 âmes. Elles sont célèbres, la première surtout, parles gisements de sel gemme qui y sont exploités depuis plusieurs siècles. Les mines de Wieliczka sont les plus riches de l’Austro-Hongrie et peut-être du monde entier : elles sont renommées, non seulement à cause de la masse considérable qu’elles offrent à l’exploitation, mais encore par les travaux qui y ont été accumulés depuis leur découverte. Bien que de graves accidents s'v soient produils dans ces dernières années, elles conti-
nuent à fournir près de la moitié du sel que l'on retire, en Autriche, de la terre, de la mer et des sources
La ville présente de loin un aspect assez joli : du hau
' Production des mines de ’Wieliczka en 1879. « totale de l’Autriche
• 131 500 tonne . 282 240 »
Fig. 47. Wielczka et ses environs.
des montagnes qui la dominent, la vue s'étend sur un vaste horizon (fig. 47) ; à peu de distance dans l’ouest, on aperçoit la ville de Cracovie : à l’est se trouve Bochnia. La vallée dans laquelle est bâtie Wieliczka est à 250 mètres environ au-dessus du niveau de la mer. Le sel y a été découvert, dit-on, par un berger nommé Wieliczk. L’exploitation régulière des mines commencée dans le treizième siècle n’a jamais été interrompue : aussi les galeries souterraines qui les constituent présentent-elles actuellement un développement de près de deux cents lieues, en les supposant placées les unes au bout des autres. Elles forment une série d’étages superposés et s’étendent sur une longueur de 3000 mètres, une largeur de 2000 et une profondeur de 512, de sorte que les derniers étages sont situés à 60 mètres environ au-dessous du niveau des mers.
Au quatorzième siècle, les mines de Wieliczka reçurent du roi de Pologne, Casimir le Grand, une véritable législation ; sagement administrées, elles deviennent très productives. Cent ans plus tard, la Pologne envahie par les Suédois et les Busses implora le secours de l'empereur Léopold d’Autriche : des troupes furent envoyées par lui; mais, en récompense, il exigea le payement d’un tribut et s’empara à titre de garantie des mines de Wieliczka. L’Autriche les conserva jusqu’au siège de Vienne par les Turcs ; elle les restitua alors au roi de Pologne Sobieski, dont le secours lui avait été si précieux en cette circonstance. En 1772, lors du démembrement de la Pologne, la Galicie devint la proie livrée cà l’Autriche, qui rentra en possession des mines de sel des Carpathes.
Sous les rois de Pologne, elles faisaient partie des domaines de la couronne et fournissaient aux rois la plus belle part de leurs revenus : sur elles étaient hypothéqués les douaires des reines et les dotations des couvents. La noblesse polonaise, è chaque élection royale, ne manquait pas de stipuler que le sel de Wieliczka serait fourni à
chacun de ses membres, sauf à payer les frais d’exploitation. i
Gaze puits établissent la communication entre la surface du sol et les galeries des mines. Le visiteur qui veut y descendre est revêtu d’une sorte de grande chemise de toile grise destinée à préserver ses vêtements du contact du sel et de l’eau salée. Le puits d'extraction par lequel on descend le plus ordinairement a 64 mètres de profondeur (environ la hauteur des tours de Notre-Dame de Paris). La partie supérieure en est boisée parce qu’elle traverse un terrain de sables mouvants : mais la portion inférieure qui est taillée dans la masse de sel ou dans l’argile n’a besoin d’aucun étai. Un énorme câble enroulé sur un treuil est suspendu au milieu du puits.
On peut descendre de deux façons : par le puits d’extraction ou par un escalier de 500 marches environ. Bien que le second procédé paraisse au premier abord beaucoup plus naturel, les mineurs emploient toujours le premier. Us se laissent monter ou descendre parle câble, comme un bloc de sel, ce qui se fait en un instant, plutôt que de se donner l’ennui de parcourir toute la longueur de l’escalier. Tout d’ailleurs est disposé de manière qu’on n’ait rien à craindre. Cependant la méthode de descente employée à Wieliczka peut paraître effrayante aux personnes qui n’ont pas l’habitude des exercices gymnastiques. On attache à un nœud du câble une certaine quantité de cordes, suivant le nombre des personnes qui doivent descendre. Chaque corde pliée en deux, comme une balançoire, porte dans le bas une sangle qui doit servir de siège et une autre qui forme un petit dossier : il en résulte une sorte de fauteuil aérien. On tire la corde au bord du puits, le visiteur s’assied et, lorsqu’il est bien installé, on laisse la corde reprendre la verticale.
11 reste ainsi suspendu, les jambes pendantes, au-dessus du gouffre jusqu a ce que tout le monde soit placé. Il en résulte une grappe d’hommes qui ressemble un peu à un