I.E SEL EN AFRIQUE
ciennes. Autrefois, dans le moyen âge, un commerce considérable par caravanes se faisait entre l’Algérie et le pays des nègres. Elles arrivaient de laNigrilie à Ouargla, oasis algérienne, par différentes routes. M. Duveyrier, qui a longtemps voyagé au milieu des Touaregs, et de qui ces contrées sont admirablement connues, s’cst occupé de retrouver ces roules; il est parvenu aux résultats suivants, fort intéressants pour la question du sel.
L’une des routes de caravanes, se dirigeant vers le sudest, allait de Ouargla à Agades, en passant par 1 a Sebkha d' Amadghor, l’un des dépôts de sel les plus riches et les plus vastes du Sahara. Située à moitié chemin du Tell algérien et du pays Haoussa, sur le territoire des Touaregs Ahaggar, la Sebkha d’Amadghor est destinée à redevenir ce qu’elle était autrefois, l’emplacement de foires annuelles où s’échangeraient les produits du nord contre ceux du Soudan, et à servir en même temps de saline principale pour le peuple Haoussa.
Au milieu des bouleversements politiques qui ont agité le Sahara central, les Haoussa, peuple peu guerrier, se virent privés du beau sel qu’ils achetaient chez les Touaregs Ahaggar, et obligés d’accepter le sel bien inférieur de Bilma, que les Touaregs d’Aïr vont recueillir chez les Tebbous, hommes belliqueux et d’une autre race.
La reprise de l’exploitation des salines d’Amadghor serait donc saluée avec joie par les habitants des sept États Haoussa : cette idée ne serait pas repoussée par les Touaregs d’Aïr qui, plus laborieux que ceux d’Ahaggar, tireraient du transport du sel d’Amadghor les mêmes bénéfices que de celui de Bilma. Ils seraient en outre avec leurs frères d'Ahaggar en meilleurs termes qu’avec les Arabes des environs de Bilma, qui attaquent souvent et cherchent à enlever les chameaux employés au transport du sel.
Il faudrait pour cela rétablir, à Amadghor, les anciennes foires périodiques qui attiraient les caravanes de 1 a Nigritie.
Cette institution profiterait, ce qui est important, à toutes les tribus qui vivent sur la route d’Algérie au Soudan, et aucune d’elles 11e se verrait privée de ses droits ou de ses moyens d’existence. Il suffirait probablement d'acheter les bonnes dispositions des Touaregs Ahaggar par une petite rente payée à leur chef. Car dans tous les pays Touaregs, il est admis de temps immémorial que tout voyageur doit payer au chef une redevance établie, soit par voyage, soit par charge de chameau, et moyennant laquelle le chef s’engage à veiller sur les biens du voyageur et sur la sécurité des personnes qui l’accompagnent. Le sel, longtemps symbole d’alliance entre les personnes, deviendrait ainsi un trait d’union entre les peuples les plus différents, entre les nations européennes et les nègres de l’Afrique centrale.