Le Semeur
L'Association catholique de la Jeunesse canadienne-française entre dans une phase nouvelle.
Aux tracas du début, aux enthousiastes élans de la première heure de vie, succède la période difficile où il faut faire produire à l'œuvre ce pour quoi elle est née.
Du printemps 1902 à ces deraiers mois, ses directeurs se préoccupèrent surtout de l'organisation générale et, eu particulier, de la rédaction de leur programme. Ils y firent adhérer bon nombre déjeunes hommes qui étudient en cette province.
Au mois de juin 1904-, ils invitèrent tous les membres de l'Association à se réunir en congrès à Montréal, à venir mieux connaître le drapeau sous les plis duquel on les voulait faire marcher, l'nanime et empressée fut la réponse. Éclatante a été la manifestation.
En nos jours, où ces sortes de réunions sont si fréquentes, on ne croit plus guère à leur efficacité. Aux yeux de certaines gens, les congrès font l'effet de ces cinquièmes roues aux(iuelles se refusaient si énergiquement les vieux carrosses, prétendant qu'ils en avaient bien assez de quatre pour verser. Si les congrès ne sont pas inutiles, ils peuvent devenir dangereux, en ce sens qu'ils sont souvent les causes de soubresauts d'enthousiasme suivis presque toujours, hélas ! d'indifférence et de sommeil.
— SS- II n'en saurait être ainsi de notre congrès de 1904. Incident heureux et parfaitement réussi de l'existence de l'Association, il n'aura point pour conséquence de tuer notre ardeur. Je vous le promets, moi cjui ai eu la bonne fortune de constater avec quel ferme et généreux vouloir les congressistes du mois de juin résolurent de maintenir le groupement de notre jeunesse en un bataillon unique.
Sans faiblesse et sans relâche, ils vont continuer à ouvrir le sillon d'où notre pays verra plus tard s'élever des tiges aux éj)is pleins et dorés.
Le motif créateur de l'Association et les moyens de la rendre ])rati(|uc ne sont pas conijjlexes.
Prci)arer les jeunes gens en vue des grands devoirs de leur vie, les unir afin que plus sûrement ils acquièrent une complète formation morale et intellectuelle, voilà le but. Ixs membres de l'Association sont des catholiques et des canadiens français. Elle recevra uni(|uement ceux qui se déclarent les fervents du catholicisme et(|ui, ])oiir le publiquement prati(pier, enré])andre les merveilleuses influences, sont prêts à ciuckpies sacrifices. Elle fait aj)pel aux seuls fils de notre race, aux cœurs profondément épris de son histoire, confiants en ses destinées, soucieux de lui assurer, sur cette terre canadienne, r.'iccom])lissement d'œuvres utiles et fortes.
Les membresde l'.Association se recrutent sur tous lesj)oints de cette province. Lnrs(|ue, dans une ville ou un village, ils sont en nombre sulîisant pour former lui ]îetit novau, ils se constituent en grou])e. A l'heure actuelle plusieurs groujjcssont déjà établis. Chacun de ces derniers peut avoir ses statuts particuliers et, cpiant à ce tiui regarde sa vie intérieure, il a la liberté
entière. Il va sans dire que le Comité central de l'Association les domine tous et qu'il a pour devoir principal de s'intéresser à leurs efforts, à leurs épreuves, à leurs succès.
Chaque groupe comprend un cercle d'études. Voici la partie de l'organisation la plus intéressante et celle qui promet les plus féconds résultats. Ceux qui font partie de ces cercles se donnent pour tâche d'étudier toutes les questions relatives à notre rouage religieux, politique et social.
De ces considérations apparaît clairement le travail à faire : consolider les groupes établis, faire fonctionner les cercles d'études, en créer de nouveaux à mesure que nous enrôlerons d'autres jeunes gens.
Pour que tout cela ne marche pas trop mal, il faudra en premier lieu secouer l'apathie des membres, les amener à porter un intérêt réel et persévérant aux travaux des cercles. Notre race n'étudie pas. Nous souftVons d'une grande passivité intellectuelle. Sans vouloir calomnier nos camarades, nous osons croire que les membres de l'Association ne sont pas tous exempts de ce mal. A ceux qui dirigent ces cercles incombe le devoir de choisir des sujets capables d'intéresser les esprits appelés à les approfondir. A ces derniers il importe de poursuivre ces études avec la hauteur d'intelligence, la largeur de vue dont ne se doivent jamais départir des croyants et des citoj-ens qui peinent pour leur pays et leur foi.
Nous disons plus haut que les membres de l'Association sont disséminés un peu partout en cette province. Les directeurs ont donc été contraint d'avoir un mcssag-er qui fut ca])able de circuler entre les groupes, de soutenir les courages, de susciter de nouveaux dévouements, d'être, auprès du public, l'interprète de tous. Le Semeur aura cette importante misson. Du môme coup, il répondra à l'un de nos devoirs, celui de propager nos
idées et communiquer à nos compatriotes ce que nous croyons la vraie vie du peuple canadien-français. Pour les membres de l'Association, la nécessité du moment est donc de soutenir cette petite revue. Qui d'entre nous ne peut contril)uer de quelque manière à son entretien ? Qui refusera de nourrir ce 5e/newr dont la «gloire sera de jeter dans les âmes neuves de ce pays la semence des initiatives fécondes et des virils desseins ?
Mais, l'Association étant un foyer de propagande, ce Bulletin de ses faits et gestes ne suffit pas. 11 faut encore que chaque membre paie de sa personne dans ce travail qui consiste à faire adhérer les autres à nos idées, à nos aspirations. Que l'on nous permette de rappeler que pour y atteindre, les actes vaudront mieux que les paroles. Que le public sache qui nous sommes, à regarder seulement notre manière d'êtreet d'agir, nos habitudes de catholiques toujours correctes, notre fidélité à faire le labeur quotidien sans mise en scène, mais sans veulerie.
Ce dernier devoir prouve que les membres de l'Association ont sagement fait de mettre en tête de leur programme la formation personnelle.
Au jugement de Berryer, trois conditions manquèrent à son ami Alfred de Musset pour c|u'il fut un grand poète : un saint amour, la foi, du caractère.
N'cst-il pas vrai de dire (pie ces armes sont indispensables non seulement aux maîtres de la poésie, mais encore à (piieon- (pieveut sur terre eflicacement lutter? Nos camarades le croient. Aussi vont-ils travailler sans défaillance à aimer de toute l'âme les ])rinci])es (|ui les rattachent à l'Ivglise catholique et les souvenirs qui les lient à la race dont ils sont les fils. Ils étudieront pour rendre |)lus fermes leurs croyances, non jîour faire descendre des brumes sur les vérités qui leur furent jadis enseignées. Ils s'applifiueront surtout à se façonner un caractère, c'est-à-
dire à faire d'eux des hommes qui n'ont point peur, des hommes capables de demeurer fidèles à ce qu'ils croient être le vrai et le juste.
A l'œuvre donc, mes amis. Que Jésus-Christ bénisse nos efforts et donne à chacun de nous la passion des choses élevées.
Prouvons à tous par des actes que nous voulons être et que nous travaillons à devenir la collectivité la moins oublieuse de sa foi et de ses traditions nationales, la plus instruite, la plus noble qui fut et qui soit en ce pays.
Antonio Perrault