LES ÉTUDES À FAIRE
Une dernière rcmarf|ue sur le choix des études à faire. Il faut les choisir assez intéressantes pour attirer les membres et rendre possible le sacrifice d'une autre distraction. D'ordinaire elles seront intéressantes si elles sont pratiques. Des études
pratiques, c'est-à-dire des études pouvant s*appliquer immédiatement aux faits.
Les études que recommandent l'Association sont pratiques, car elles répondent à des réalités auxquelles nous nous heurtons chaque jour. Ces sujets, sans doute, exigent, quand on les étudie, que l'on fasse de la théorie bien entendue.
Renseignés soigneusement sur les idées générales, les membres de nos cercles apprendront vite à employer les connaissances acquises et à préciser leurs idées au contact de la réalité.
Veillons aussi à ne rien présenter qui ne soit trop aride, surtout dans les déliuts. Il faut une sage gradation des sujets qui habitue aux études sérieuses et qui ne prenne personne au dépourv^u. Le cercle choisira lui-même le programme d'étude qui répond le mieux à sa situation propre et à ses besoins particuliers.
Comme conclusion à ce modeste travail sur un sujet qui appellerait bien d'autres considérations, je propose l'adoption de la résolution suivante.
Le congrès émet le vœu : 1° que chaque groupe de l'Association organise le plus tôt possible un cercle d'études ; 2° que Messieurs les directeurs des collèges soient respectueusement priés d'encourager la formation de cercles d'études dans leurs institutions.
Ernest Roby
[Congrès du 26 juin 1904.)
Association des Jeunes de France ET LE PAPE
Naguère deux associations françaises envoyèrent des délégués à Rome : " Les jeunes gens du Sillon" et "l'Association catholique de la Jeunesse française."
Les premiers furent d'abord reçus en audience par le Pape le 14- septembre dernier. Marc Sangnier, président, lut une adresse à laquelle le Saint-Père répondit en ces termes :
" Chaque fois (jue les auteurs des Livres inspirés viennent à parler des jeunes gens, leurs j)aroles sont remplies d'affection et d'enthousiasme. Sans Nous arrêter, à tant d'autres passages des Saintes Ecritures que Nous pourrions indiquer, surtout dans les livres des Machaljces, Nous en avons un exemjile frappant dans les paroles (pie le disciple de l'amour adressait jadis à une société de jeunes gens: " Je vous écris, jeunes gens, parce que vous êtes forts, que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu l'esprit mauvais." ( L Jean ii, 14. ) Et l'Évangile nous raconte rpie Jésus-Christ, après un entretien avec un jeune homme, le regardant, l'aima. (Marc x, 21. )
" Eh l)ien, chers jeunes gens, ces mêmes sentiments du divin Kédem})teur, remplissent aujourd'hui notre cœur après avoir écouté l'adresse si pleine d'affection que vous Nous avez présentée ; et jniisfpie vous avez su concevoir des pensées aussi nobles et que vous vous montrez capables d'actions aussi généreuses, laissez-Nous vous dire que Nous vous aimons, et que désormais chacun de vous pourra Nous considérer non ])as seulement comme un père mais comme xm ami.
" Nous nous réjouissons du bien cjue vous faites et de celui que vous ferez encore, avec la grâce de Dieu, en étendant vos rangs et en exerçant parmi vos compagnons d'âge, d'étude, de
os
profession, qui ne sont pas encore des vôtres, un apostolat vraiment fécond.
" Nous nous abstiendrons de vous recommander d'une façon spéciale de pratiquer la vertu et la piété, et de craindre le Seigneur, car Nous savons que ces avis ne vous sont pas nécessaires, persuadés, comme vous l'êtes, que la base de toute bonne œuvre est la sainte crainte de Dieu. Mais plutôt, avec les paroles mêmes de saint Jean, le plus jeune des apôtres. Nous vous renouvelons l'expression de Notre joie parce que " vous êtes forts " : quia fortes estis. — Oui, il faut de la force et du courage pour conserver la foi quand tant d'autres la perdent, pour rester fils dévoués de l'Eglise quand beaucoup d'autres la combattent, pour garder le trésor précieux de la parole de Dieu quand tant d'autres l'ont banni de leurs âmes.
" Il faut de la forée et du courage pour se vaincre soi-même, pour dompter ses propres passions, pour rester fidèle à la vérité et à la vertu et pour dominer l'esprit du mal qui trompe le monde par le mensonge. — Tout en Nous réjouissant donc de votre force. Nous vous exhortons, dans vos œuvres et dans vos luttes, à placer votre confiance non pas en vos propres efforts, mais en la toute-puissance de Dieu.
" Ne craignez pas, si vous êtes encore peu nombreux. Kestez fidèles à votre bannière, et la promesse de l'Évangile s'accomplira en vous et vous régnerez: " Nolite timere, pusillus grex, quia complacuit Patri vestro dare vobis regnum. — Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu à votre père de vous donner son royaume."
"Ne vous laissez pas décourager si tous ceux qui professent les mêmes principes catholiques ne s'unissent pas toujours avec A^ous dans l'emploi des méthodes qui visent un but commun à tous et que tous désirent atteindre. Les soldats d'une puissante armée n'emploient pas tous les mêmes armes ni la même tactique ; tous, cependant, doivent être unis dans la même entreprise, maintenir un esprit de cordialité fraternelle et obéir promptement à l'autorité qui les dirige. Que la charité du Christ règne donc entre vous et les autres jeunes gens catho-
liques de la France. Ils sont vos frères ; ils ne sont pas contre vous, mais avec vous. Quand vos torces se rencontrent sur le même terrain, soutenez-vous les uns les autres, et ne permettez jamais r|u'unc sainte rivalité dégénère en une opposition inspirée par les passi(jns humaines ou par des vues personnelles et peu élevées. Il suffit que vous ayez tous une même foi, une même pensée, une même volonté et la victoire vous sera donnée. Recevez-en comme gage la bénédiction apostolique.
Une autre association déjeunes "L'Association catholique de la Jeunesse française" voulut rendre hommage au Saint- Père et fut reçue avec de grandes marques d'affection. M. Jean Lerolle, président, lut une protestation de fidélité à la foi catholique et de dévouement au Saint-Siège. Voici le texte même de la réponse du Souverain Pontife.
LivSez, camarades, avec attention, le Pape n'eût pas parlé autrement s'il se fût adressé à déjeunes Canadiens.
' ' Réconforté par les nobles sentiments exprimés dans l'adresse cjui vient de Nous être lue en votre nom. Nous remercions le Seigneur qui de temps à autre Nous procure de telles c^msolations et apporte à Notre faiblesse le courage nécessaire dans les coml)ats (|ue Nous avons à soutenir.
" Car votre protestation est vraiment consolante pour Nous. Elle Nous donne l'assurance c|u'au milieu des difficultés dontest tourmentée l'heure présente. Nous aurons à Nos côtés, dans la lutte j)our le bien, de très chers jeunes gens qui, iniis d'esprit et decœur à l'ombre de leur bannière oij se lit la belle devise, /j/été, étude, action, Nous conduiront à la victoire.
" Vos protestations ne se traduisent pas seulement ])ar des paroles mais jiar des faits: vous Nous en avezdonné une preuve élocjuente en venant à Rome, même au jn'ix de sacrifices. Vous êtes venus dans la \'ille liternelle pour célébrer le cinquantième anniversaire de la définition du dogme de l'Immaculée Conception, et jîour mettre sous la ])rotecti()n de la Reine des cieux votre foi, la pureté de votre vie, vos généreux projets d'action
pour la cause de l'Eglise et de la patrie. Vous êtes venu vénérer le tombeau des princes des A])ôtres et ceux de tant d'autres martyrs, afin d'y puiser l'héroïsme qu'exigent de si nobles combats. Vous êtes venus offrir au Vicaire de Jésus-Christ l'hommage de votre amour filial et de votre obéissance absolue, et en recevoir des directions opportunes dans l'incertitude des choses humaines et les bouleversements incessants dans les idées et dans les faits.
"Nous vous remercions donc, bien chers jeunes gens, du réconfort que vous Nous apportez par vos déclarations et, en particulier, par votre promesse de garder comme un trésor les enseignements que nous avons donnés dans notre première encvclique. Ils se l'ésumcnt dans le programme de cette associatif )n catholiciue: piété, étude, action.
"Oh oui! faites-vous un trésor de la piété, mais que votre piété soit entière, publique, et active ! 11 y a des choses qui ne peuvent pas être divisées et faites seulement en partie. La piété est de celles-là. Il en est d'elle comme de Dieu à qui s'adressent les sentiments d'amour et de respect qui la constituent. Dieu ne peut être partagé ni diminué : la piété ne se conçoit pas si elle n'est complète et entière. Ou tout ou rien !
"Que la vôtre soit aussi une piété publicpie! Que votre foi ait pour témoins non seulement les murs du foyer domestique ou des réunions privées, mais les églises, les places publiques, les grandes foules, les assemblées populaires ! Avec cette noble franchise que nous donne l'inviolable liberté de l'Évangile, rendez hommage à Dieu en quelque lieu et devant quelque personne que ce soit. N'ayez jamais la lâcheté de craindre les railleries de ceux qui voudraient fermer les lèvres ouvertes à sa louange, enchaîner les pieds en marf^he vers ses temples, retenir les mains prêtes à déposer sur ses autels leurs offrandes et leurs voeux.
"La vraie piété doit être éclairée: vous faites donc sagement de lui joiiidre l'étude. Le bien ne peut se trouver là oii manque la connaissance de ce qui est utile au salut des âmes, à la réforme des mœurs, à l'acquisition de la vertu. Lhi non est
scientia animœ, ibi non est bonum. (Prov.,19, 2.) Votre étude, vous n'en doutez pas, doit s'appliquer surtout à la doctrine révélée de Dieu qui renferme tant de trésors de sagesse surhumaine, des ])réceptes d'une si haute morale, des ensei<j:nements propres à former une vie vertueuse. Ils n'ont jamais découvert rien de semblable les plus acclamés des savants de ce monde qui, dans la confusion d'une nouvelle tour de Babel, enseifjnent non la vérité mais l'erreur, non la vertu mais le vice, non l'ordre mais l'imarchie, non la reli<^ion mais l'athéisme.
"Et c'est précisément à ce manque d'études reliii^ieuses, à cette ignorance de la science de Dieu, que la société doit d'être envahie par cette corruption dont gémissait déjà le ])rophète: " IvC blasi^hème, le mensonge, l'homicide, le vol, l'adultère inondent le monde parce que la connaissance de Dieu n'y est plus. " (Osée, iv, i, 2. ) Pour avoir négligé ou méprisé cette étude, des hommes cependant instruits dans les choses profanes blasphèment ce Cju'ils ignorent et deviennent le fléau corrupteur de la société.
"Mais vous, chers jeunes gens, vous regardez comme vous étant adressées à vous-mêmes les exhortations du Saint- Es]Drit: "Applique-toi à l'étude, ô mon fils, pour réjouir mon cœur, pour quetujniisses répondre àcpii voudrait te méjjriser", pour que tu sois capable de défendre les vérités de la foi devant qui oserait les combattre: Stude sapientiœ, £li mi, et laetifica cor mciim ut possis cxprohranti rcspondcrc scrmonem. (Pkov., 27,11. 1
" Soutenus i>ar votre piété et votre science, jjratiquant le précepte divin : iiniculquc mandavit Deus de proximo suo, vous vous livrerez à un apostolat fructueux. En remi)lissant fidèlement vos devoirs envers Dieu, en vous enrichissant de toutes les vertus, en défendant la vérité avec courage, vous inviterez tous les hommes à suivre votre exemj)le, vous vous imposerez au resjx'ct et à l'admiration de vos adversaires euxmêmes. Et après avoir donné à vos frères ce pain s])irituel, vous achèverez d'accompHr le jjrécepte de la charité en ofTrant A tous ceux (pli sont dans le besoin leur pain matériel, par les
institutions économiques et les œuvres de bienfaisance. Alors vous pourrez courageusement repondre à qui vous méj^rise : exprobranti respondere sermonem.
" Ces fruits de bénédiction Nous sont assurés par la protestation loyale que vous faites de soumettre à l'autorité é])iscopale la direction de tous vos actes. L'expérience Nous a montré que cette direction est pour une œuvre de jeunesse la condition de sa vitalité chrétienne. Puissent-ils entendre cette vérité, tant d'aveugles qui se professent catholiques et cependant réclament une indépendance absolue envers toute autorité, et veulent une liberté qui ne serait plus celle des fils de Dieu mais des rebelles de Lucifer ! Si l'obéissance est nécessaire en tout ordre de choses, ceux-là pourraient-ils s'en affranchir qui se consacrent à des œuvres dont la dépendance est si intime avec la charité et la religion ? Fasse le Seigneur que votre exemple amène à résipiscence tous ces jeunes gens et que Nous puissions, avec eux comme avec vous. Nous réjouir du bien accompli, de la victoire remportée et des mérites obtenus !
" En attendant, Nous vous remercions de nouveau des consolations que vous Nous avez apportées et Nous exprimons le souhait que de chacun de vous puisse se répéter l'éloge que le Saint-Esprit faisait de Tobie. L'un des plus jeunes de la tribu de Nephtali, Tobie n'eut jamais dans ses actions rien de puéril. Quand tous couraient aux veaux d'or faits par Jéroboam, lui se rendait seul au temple et y adorait le Seigneur Dieu d'Israël. Emmené en esclavage, il visitait ses frères de captivité pour leur porter des paroles de salut. Autant que le lui permettaient ses forces, il donnait à manger à ceux qui avaient faim, il habillait ceux qui manquaient de vêtements, il ensevelissait les morts. Bien qu'esclave, il i)assa sa vie dans l'allégresse du cœur, grandissant toujours dans la crainte et l'amour de Dieu jusqu'à l'âge avancé où il mourut.
" Que la bénédiction apostolique réalise ce souhait ! Nous vous la donnons degrand cœur et en priant le Seigneur d'exaucer Notre vœu, pour vous, pour vos parents, pour vos œuvres, pour tous ceux qui vous aident à les diriger de leur appui matériel, ou de leurs conseils."
Il est une troisième association ; celle-ci, très jeune, ne peut enY03'er une délégation auprès de Sa Sainteté Pie X, mais Mgr Bruchési, ce père, cet ami des jeunes, qui assistera au cinquantenaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, a promis dans une circulaire à ses diocésains de parler de l'Association catholique de la Jeunesse canadiennefrançaise au Saint-Père et de le prier de la bénir :
" Vous savez tout le bien que je pense de cette association qui s'est formée il n'y a pas longtemps parmi nous. Je serai heureux d'en parler au Saint-Père et de le prier de la bénir. Je la recommande à votre plus vive sympathie. Ce sera l'encourager et faire une œuvre excellente de vous abonner au Bulletin qu'elle vient de fonder et qui a nom Le Semeur. L'abonnement n'est que de 50 cents par an. "
Le Semeur remercie sa Grandeur de tant de sollicitude et lui souhaite un bon voyage.