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A L'UNIVERSITÉ LAVAL

Séance solennelle de clôture

Une foule immense avait envahi la vaste salle des promotions de l'Université. An centre étaient groupés les congres? sistes fraternisant entre eux. Des camarades dévoués distribuaient des programmes et vendaient aux assistants les Statuts

de l'A. C. J.

l'n peu avant 8 heures, M.Bourassa traverse la salle; son

salué d'applaudissements. A 8 heures î4,Mgr Bru-

chési, président d'honneur, fait son entrée suivi d'une foule d<

prêtres et de religieux de tout ordre. Le président de l'A. C. J. apparaît alors sur l'estrade accompagné du député de Labelle et du secrétaire de l'Association. Us sont reçus par de longs applaudissements.

Le secrétaire donne d'abord lecture du télégramme adressé au Saint-Père par le Congrès, puis de la formule envoyée à Son Excellence Mgr le Délégué Apostolique pour protester contre l'usurpation des États pontificaux et contre les récents outrages faits au Pape. De vifs applaudissements accueillent cette protestation. En conséquence le secrétaire propose qu'il soit ajouté à cette formule de protestation qu'elle a été ratifiée par l'immense assemblée réunie à l'Université Laval, "ce qui montre qu'elle exprime le sentiment unanime de tous les catholiques du pays". L'auditoire tout entier redouble ses applaudissements.

Le secrétaire lit ensuite les vœux suivants adoptés par la Commission d'étude. Nous enregistrons les applaudissements qui ont souligné d'une façon significative plusieurs de ces voeux.

Les vœux du congrès

1. — Les membres de l'Association catholique de la Jeunesse canadienne-française croient que la race canadienne française a une mission spéciale à remplir sur ce continent et qu'elle doit, pour cette fin, garder son caractère distinct de celui des autres races. ( Appl.)

2. — Ils croient que la race canadienne-lrançaise possède des aptitudes pour accomplir sa mission, et que la pays où la Providence l'a placée renferme les ressources nécessaires à la formation d'une grande nation et que c'est aux Canadiens français d'exploiter ce pays qui est le leur. (Appl.)

3. — Ils croient que c'est dans le sol du pays que leur patriotisme doit avoir ses racines et que le Canada français doit l'emporter dans leur amour sur toute autre région. (Appl. )

•i. — Ils estiment que c'est le devoir de tous les Canadiens de favoriser ce qui peut accroître légitimement l'autonomie du Canada et de lutter avec énergie contre tout ce qui pourrait amener son absorption par une autre nation quelle qu'elle soit. (Vifs applaudissements.)

5. — Ils croient qu'il est du devoir des jeunes Canadiens français de ne point tellement s'attacher à un parti politique qu'ils soient portés à lui sacrifier L'intérêt de la religion et de la patrie. (Vifs applaudisseine :

6. — Convaincus que c'est sur le terrain social plutôt que sur le terrain politique qu'il y a espoir d'aider au groupement des forces nationales ; convaincus que la vie politique ne doit être que l'efHorescence «le la vie sociale; les membres de l'Association affirment leur intention de concentrer tous leurs efforts à se préparer à une action sociale mise au service des intérêts de leur patrie.

7. — Ils tiennent pour certain que la pratique intégrale du catholicisme, c'est-à-dire un catholicisme vécu par l'individu et par la société, est le remède à tous les maux et la source de tous les progrès de la société. ( Vifs applaudissements.)

8. — lis croient que le progrès de la race canadienne-française est d'une façon spéciale attachée à sa fidélité à la foi catholique, qui est un s éléments essentiels et Spécifiques.

ils professent en conséquence la soumission la plus absolue à l'autorité de l'Église et l'attachement le plus inviolable aux directions du Saint-Siège. lAppl.)

Ils se placent sous la tutelle du Souverain Pontife et de XX. SS. les évéques, à qui ils reconnaissent la haute direction de leurs efforts et dont ils sollicitent le bienveillant patronage.

10. — Désireux de s'inspirer dans leurs travaux des doctrines infaillibles de l'Église, ilsétudieront avec soin les documents pontificaux: Rerum aovarum, Graves de commuai, Affari vos, et le Motuproprio de Pie X sur l'action populaire chrétienne.

11. — Convaincus que la formation morale est la racine indispensable du vrai dévouement, ils s'engagent à la pratique franche et ouverte de leurs devoirs religieux. Dans leur conduite privéeet publique,

'appliqueront à sauvegarder L'honneuret le prestige de l'Association. En particulier, ils croient de leur devoir de se liguer pour prévenir

l'intempérance e1 tout cequi pourrait porter atteinte à leur réputation d'honnêt< moralité. I Appl. )

I -. Convaincus que l'acquisition de la science est la condition indispensable de l'action sociale sérieuse, à laquelle ils ambitionnent de M préparer, ils veulent former une véritable ligue d'étude et acquérir la notion exacte «les intérêts qu'il* auront à défendre.

13 \ a premier rang de leurs études, ils placent celle de la question religieuse, base de toutes les autres, i Appl. I

1-i. — Immédiatement après elle, ils inscrivent en tête de leur programme la question nationale étudiée au point de vue canadien-français à la lumière des enseignements de notre histoire. (Appl.)

15. — Ils veulent s'appliquer à l'étude des questions sociales qui intéressent davantage notre société et approuvent le programme publié par l'Association et renfermant les questions suivantes: éducation, agriculture, colonisation et la question ouvrière.

16. — Ils se mettront au courant des écoles du Manitoba et s'intéresseront au redressement complet des griefs dont souffrent les catholiques de cette province, suivant en tout la direction donnée à ce sujet par l'encyclique de Léon XIII. (Longs et chaleureux applaudissements.)

17. —Pour faciliter l'acquisition de ces connaissances, ils adoptent et recommandent de toutes leurs forces la méthode des cercles d'études. C'est pourquoi ils émettent le vœu que chaque groupe organise le plus tôt possible un de ces cercles, et que MM. les directeurs des collèges encouragent la formation de cercles d'études dans leurs institutions.

18. — Le Congrès recommande aux groupes d'établir entre leurs membres les liens d'une franche amitié et d'une chrétienne camaraderie, et demande qu'au milieu des travaux des cercles une part soit faite toujours à la gaieté.

Le Congrès recommande au Comité de l'Association d'organiser aussi promptement que possible le Bulletin que l'Association doit publier conformément à ses statuts, et de faire une active propagande pour sa diffusion et le recrutement des abonnés. (Appl.)

Allocution du Président

Notre camarade Versailles prend ensuite la parole. Il résume l'œuvre du présent Congrès.

Nous voulions nous connaître, nous compter; nous voulions regarder au but dont nous avons fait nous-mêmes le terme de notre travail et de nos ambitions. Nous voulions surtout marquer et connaître bien les routes et les étapes qui nous mèneront jusqu'au bout du chemin.

Le Congrès a réalisé ce triple vœu.

Depuis deux jours, nous nous sommes coudoyés, nous avons prié avec le même cœur, et d'inconnus, ou à quelque chose près, que nous étions les uns pour les autres, nous sommes devenus une phalange

serrée et compacte de trois cents jeunes gens qui se donnent aujourd'hui le nom de camarades.

Nous avons ensuite travaille, étudié en commun. Et le but de notre vie, d'une vie qui veut être efficacement militante et catholique pour le bien de la patrie et de l'Église, s'est dresse devant nous sous l'asptct d'une ascension aux pentes abruptes peut-être, mais couronnées de ces lumières éclatantes qui défendent les hésitations de la volonté et qui donnent de la fascination aux plus rudes des devoirs.

Il expose encore une fois ce que veut l'Association: la préparation à l'action catholique sociale...

Mous voulons une plus large infusion de la vie catholique dans la société canadienne-française, et le Congrès nous a fait prendre la conviction (pie le jeune homme manquerait au plus sacré deses devoirs qui pourrait se laisser persuader de l'inutilité de son travail et de son appui à ce que, désormais, nous appellerons la Cause. (Appl. )

Le Congrès a mis en lumière la nécessité des moyens employés par l'A. C. J., la piété, l'étude et L'action.

Nous avons appris à estimer plus que tout le reste l'honneur d'une

vie loyalement croyante A une action qui veut être puissante, nous

l'avons affirmé, il faut la préparation intellectuelle. Chacun des camarades emporte du Congrès la persuasion qu'il faut se mettre résolument à l'étude desquestions religieuses, nationales et sociales, et que l'action individuelle comme l'action collective sera efficace, pour une large part, dans la m< sure où l'étude nous aura fait des convictions et des intelligences.

L'Association peut aussi sans présomption aborder l'action. Car outre les forces plus jeunes qu'elle tient en réserve et qu'elle vêtu déve- I >pper, elle a dans ses rangs des journalistes I plus de quinze), des avocats, des ingénieurs, des médecins, des industriels, des étudiants de toutes les facultés, des hommes d'à' as compter plusieurs mem-

i du clergé

On nous attend sans doute à l'œuvre; nous savons en qui nous confier.

Nous avons mis notl donl nous prononcerons

toujours le nom -;>ect humain, dans le Christ qui aime les

jeunes B. Nous avons encore pour nous soutenir, et au liesoin pour

nous relever, les sympathies puissantes et les encouragements inestimables qui nous sont venus de si haut et quelquefois de si loin.

Versailles fait un appel vibrant aux membres de l'Association.

Camarades, ayons foi dans la Cause

Ayons espoir en la Cause

Ayons l'amour de la Cause, un amour intransigeant, entier, actif. Nos devoirs, nos aspirations, tout cela est assez beau, il me semble, pour que nous l'aimions plus que tout le reste. Quand on a voué sa. jeunesse à une cause aussi noble et aussi sainte, il faudrait regarder comme criminel quiconque laisserait usurper dans son cœur la place d'honneur qu'il lui a donnée et qu'il lui doit. Nos compatriotes, nos chefs vont nous regarder à l'œuvre. Qu'ils reconnaissent en nous des jeunes hommes qu'ontenvahis tout entiers les irrésistibles dévouements de l'action catholique sociale et qui appartiennent à la Cause avant d'appartenir à eux-mêmes! (Appl. )

Le président adresse ensuite des remerciements: à MgrBruchési, dont le haut patronage nous aura été si utile et si réconfortant ; à Mgr Archambeault, vice-recteur de l'Université, en qui nous pouvons, des premiers, saluer publiquement le nouvel évêque de Joliette ; aux RR. PP. Jésuites, pour leur large hospitalité; à tous les amis qui forment le brillant auditoire de cette séance. Puis il cède la parole à M. Bourassa :

Je me défendrais de vouloir présenter à cet auditoire M. le député de Labelle : on ne présente pas ceux dont le nom seul tient lieu de toutes les présentations et vaut le meilleur éloge.

M. Bourassa se lève au milieu d'un tonnerre d'applaudissements.

Discours de n. Bourassa

Pendant plus d'une heure, AI. Bourassa a excité au plus haut point l'attention, et parfois même l'émotion de son auditoire. Les journaux ont déjà publié en partie sa vibrante improvisation. L'espace restreint de ce compte rendu nous oblige à n'en

faire qu'un bien pâle résumé. Au reste nous ne désespérons pas de voir un de ees jours le député de Labclle revenir, dans les pages mêmes du Semeur, sur les idées féeondes et les franches vérités qu'il a réunies dans son remarquable discours.

M. Bourassa commence par saluer ce mouvement nouveau d'une jeunesse qui veut être sincèrement catholiqueet se concerter pour la défense des intérêts religieux et nationaux. 11 feuillette le livret de l' Association, en indique l'esprit, signale son programme et ses moyens d'action.

Parlant des études de l'A.C.J., il aime àla voir ne pas s'arrêter aux théories même les plus belles, mais chercher dans les réalités concrètes leur fondement et leur confirmation, ainsi que la mesure dans laquelle elles doivent être en pratique appliquées aux faits. 1 ('ailleurs des théories et des principes, il n'en faut pas avoir plus que de raison. Il ne faut pas se surcharger d'une surabondance de principes oratoires, qu'on est ensuite obligé de contredire au cours de la vie et dont la violation habituelle suffit à fausser la conscience et peut amener par entraînement à faillir dans les choses essentielles.

Ayez peu «le principes, n'en ayez «m'en matière essentielle; niais à ceux-là tenez de toute la force de votre Ame. défendez les sur tous les terrains. Ne soyez pas de ees gens qui affichent et proclament les plus nombreux et les plus grandiloquents principes, pour les laisser à tous les tournants de la route.

Après avoir chaleureusement félicité la jeunesse canadiennefrançaise de sa belle initiative, M. Bourassa ne croit mieux lui être Utile, ni mieux servir la cause nationale qu'en faisant une

étude morale de la situation de notrerace.ee qu'il appelle un

examen de conscience national. N'était-ce pas à la lois montrer

la nécessité de l'Ass< »ciati< m et lui indiquer ce qu'elle devrait taire ?

M. Bourassa a la réputation de n'être pas peureux devant un auditoire. Son examen de conscience national du 25 juin

n'est pas pour la lui faire perdre. Après les fêtes de la veille —

dans lesquelles, suivant l'usage, les panégyriques nationaux

tenaient une place notable — le député de Labelle n'a pu résister

à la tentation de mettre une sourdine à l'enthousiasme de notre

estime propre. Son étude a été cinglante, le mot est celui de tous

lesjournaux. Ne lui en voulons pas trop de sa rude franchise : après

nous être flattés en nous mirant sous nos beaux côtés, il était bon

de faire tourner le miroir pour nous regarder bien en face.

Le premier défaut que M. Bourassa nous signale, le grand

défaut de notre race, c'est le respect humain dans la vie publique.

Nous sommes prêts, je crois, dans l'ensemble, à confesser nos croya nces en matière individuelle; nous n'avons pas le courage de proclamer la nécessité de la religion dans la conduite des affaires publiques, son hégémonie sur la vie sociale.

Il compare nos sentiments sur ce point avec ceux des autres peuples :

Lisez lesjournaux, les revues, les livres européens qui traitent de la vie sociale et des hommes publics, et vous constaterez que la pensée religieuse— et il s'agit depaysen partie protestants ou libres penseurs — y tient plus de place que dans la vie publique de cette province, où nous sommes tous, ou à peu près, catholiques pratiquants. La pensée religieuse, l'empire de la religion sur la vie publique comme sur la vie individuelle, c'est l'affirmation que vous trouverez à la première page de la vie du protestant Gladstone par l'agnostique Morley, et l'éloge suprême que Salisbury déposait sur la tombe de son adversaire était celui-ci : " 11 fut un grand chrétien. »

À ceux qui prétendent qu'il est inopportun de soulever des questions religieuses, sous le prétexte que personne ne nous attaque et que d'ailleurs nous sommes tous catholiques, l'orateur réplique en accentuant son affirmation:

Soit, catholiques nous le sommes tous ou presque tous pour la gouverne de notre vie privée; mais je dis qu'au point de vue social, nous ne sommes ni catholiques ni chrétiens, et je ne suis pas même sûr que nous soyons de bons payens.

Voilà notre première tare. La seconde se confond facilement avec elle. C'est notre manque d'esprit public. Nous n'avons l'amour ni de notre nationalité, ni de l'humanité, ni de la chose publique.

La pierre de touche de l'amour, de tous les amours, c'est le sacrifice, le sacrifice librement consenti, non pas arraché par la nécessité.

Nous faisons beaucoup de discours de la Saint-Jean-Baptiste, nous glorifions nos aïeux et les sacrifices qu'ils ont consentis dans tous les domaines. Les imitons-nous? Sommes-nous prêts à les imiter?

Les querelles sociales n'ont pas atteint ici l'acuité qu'elles ont prise en Ivurope, mais c'est le fait surtout de conditions matérielles et physiques. Notre pays est grand ; il y a ici de l'air et de l'espace pour tous. Mais le jour où l'espace se sera restreint, croyez-vous qu'il y aura dans les âmes assez de dévouement et de charité pour parer aux conflits inévitables? Croyez-vous que lesclasses dirigeantes seront à la hauteur de leur situation ? Il y a entre les classes de notre société un déplorable manque de respect et d'affection. Tous réclament leurs droits, personne ne paraît se reconnaître de devoirs.

Ht dans la politique, croyez-vous qu'il y ait beaucoup de gens disposés à faire des sacrifices? Croyez-vous qu'il y en ait beaucoup qui fassent dépense d'ardeur et de travail, sauf pour promouvoir leurs intérêts personnels ou ceux d'une coterie?

Et dans l'administration de la chose publique en général, sommesnous tous disposés à faire des sacrifices? Je crois bien que l'on mange mieux, (pie l'on s'habille plus richement que jadis, je ne sache pas (pi 'on s'impose des taxes nouvelles pour le développement des institutions publiques, de nos écoles. Nous sommes plus riches qu'il v a cinquante ans ; nos fondât ions de charité et d'éducation sont moins nombreuses qu'alors. Nous faisons l'aumône, mais en geignant, en pestant contre les sœurs qui tendent la niai 11 pour leurs pauvres.

M. Bourassa recherche ensuite la cause de tout ce mal.

Ne serait-ce pas la politique? — Non, répond le député de Labelle. Il veut même la réhabiliter, et ce n'est pas lui qui conseillerait à la jeunesse de s'en désintéresser.

La politique, ce n'est pas seulement la querelle des partis: c'est l'administrât ion de la chose publique à tous les degrés. I >fl us un pays

démocratique c'est l'affaire de tout le monde. Voyez où l'indifférentisme des bons citoyens, leur abstention de la politique a conduit la France... Ne craignez pas de faire de la politique, mais faites-la pour votre pays, dans une pensée d'honnêteté et de liberté.

Ce ne sont pas même les partis qui sont responsables de notre situation morale, ce ne sont pas eux qu'il faut songer à détruire.

Théoriquement, les partis peuvent être absurdes. En fait ; ils sont nécessaires à la pratique du régime parlementaire.

M. Bourassa va encore plus loin. Il prétend même que les hommes politiques doivent parfois faire à leur parti certaines concessions d'opinion.

Un certain esprit de parti, une certaine discipline est nécessaire au maintien des organismes parlementaires.

En passant, il indique le remède uniquement efficace aux inconvénients de la politique et des partis ; citons ce passage, en tout conforme à la pensée exprimée par le Congrès touchant l'action sociale.

Ce qu'il faut, c'est assainir l'esprit politique par l'esprit social, par la création d'une conscience nationale... Ce qu'il faut, c'est détruire l'esprit de parti dans le peuple, le fanatisme de la servilité dans les partis; c'est créer une opinion saine qui juge les partis en toute indépendance. Le peupleest le jury suprême; iln'apas de raison de consentir les sacrifices partiels d'opinion qui s'imposent parfois aux députés.

Relevez le niveau de l'opinion, et les partis se relèveront d'euxmêmes. Développez chez l'électeur le sentiment de la responsabilité et du devoir social. Faites-lui comprendre que donner un mauvais vote, que trafiquer surtout de son vote, c'est commettre un crime contre la société, un crime contre ses frères. Enseignez-lui que la morale doit dominer son action comme citoven et son action comme homme.

Et lorsque l'opinion sera ainsi relevée, elle fera comprendre à aux qui aspirent aux honneurs que la voie s'en trouve dans le sentier de la probité...

Les bons gouvernements dépendent, en définitive, de la conscience publique.

Les sources du mal, l'orateur les trouve dans l'envahissement de l'américanisme, au sens large du mot, c'est-à-dire la soif de l'or dans un but de jouissance immédiate et de vanité. Car chez nous l'acquisition de l'or ne laisse pas subsister, comme chez l'Anglo-Saxbn, l'énergie, encore moins la charité. Depuis que nous avons appris à faire de l'argent, loin de nous habituera faire des épargnes, nous nous sommes empressés à jouir et à jouir à crédit.

La conséquence de cet état de choses, c'est pour les individus une vie de luxe et de mollesse, une vie affaiblissante. Combien de ^tns habituent leurs familles à un luxe excessif et laisseront des jeunes filles et des jeunes gens sans patrimoine, exposés à toutes les misères et à toutes les tentations?... Combien déjeunes gens a-t-on poussés ainsi vers la passion du gain rapide, la spéculation, les détournements de fonds ?

Dès lors, pensez-vous que ces gens pris par la vie luxueuse nient beaucoup le temps de songer à leur pays, aient beaucoup de goût de lui faire des sacrifices? Combien de nos hommes riches ont fait des fondations d'intérêt public?

Dans les classes politiques le mal est encore plus grand.

Le pot-de-vin est le résultat du luxe exagéré et de la perte de l'esprit d'économie. Comme on veut de l'argent pour jouir vite et beaucoup, on se met en gage chez les grands financiers.

M. Bourassa établit en quelques phrases le niveau actuel de notre situation morale. Il faut avoir le courage d'entendre cette rude appréciation.

Nous avons les vices des peuples riches sans leurs avantages. Xous (tarions de notre pauvreté, e1 nous en tirons parfois vanité, baie n'est, que je sache, cependant ni la pauvreté évangélique de François d'Assise, ni la pauvreté patriarcale des héros qui dédaignaient l'or. Nous gagnons de l'argent, mais nous le dé peu soi: s plus vite encore, et notre pauvreté n'est que la résultante de notre besoin de jouir et de notre manque

onomie. Nous n'avons des habitudes ni plus ascétiques ni plus frugales que jadis; nous fûmes autrefois plus chrétiens et plus simples.

On a dit autrefois que nous étions «un peuple de gentilshommes», nous sommes aujourd'hui un peuple de parvenus non arrivés.

Non content de cette vue générale, il passe en revue toutes les professions et soutient que partout il y a eu baisse depuis cinquante ans. C'est partout la même fascination de l'or, le même entraînement vers la jouissance, la même indifférence pour la cause publique.

L'orateur se défend de toute opposition à la recherche de la fortune, pourvu qu'elle vienne du travail et de l'économie.

Je veux que l'on apprenne aux Canadiens français qu'il est des manières de faire de l'argent et des manières de n'en pas faire; qu'ils sanctifient leur fortune en en faisant une part à l'Eglise, à la patrie et aux pauvres.

Il faut travailler à acquérir la richesse ; la richesse comporte

une grande influence sociale qu'il serait malhabile de méconnaître.

Il faut mettre au service de la race cette puissance du capital ;

c'est surtout le capital anglais qui a fait la puissance anglaise.

Faites votre race forte matériellement. Car pour les peuples comme pour les individus vaut l'adage: Mens sana in corpore sano.

M. Bourassa salue la jeunesse réunie pour l'entendre. Il veut

chez cette génération de demain un patriotisme éclairé, raisonné,

le sens de la responsabilité et du devoir social. Le travail de

leur éducation devra façonner des catholiques complets, qui ne

confinent pas leur religion à des pratiques individuelles et qui

aient de la religion une conception sociale.

Qu'ils apprennent à être catholiques dans leur vie publique comme dans leur vie privée. Or, être catholique dans la vie publique, c'est accomplir des devoirs sociaux, c'est donner à sa conscience la religion comme frein et régulateur.

L'éducation doit nous donner de tels catholiques; elle doit

former à la patrie des citoyens équipés pour les conditions de la

vie moderne. L'orateur insiste et revient sur l'urgence des besoins actuels.

Nous marchons à un état de choses terrible et qui nous aurait déjà menés aux catastrophes si le peuple n'était si profondément bon. C'est un sujet de scandale pour les petits et pour les protestants que, dans une province où tout le monde, ou à peu près, est catholique pratiquant, la conscience publique soit si souvent sourde à la voix non seulement de la religion, mais de l'honneur.

Que nos universités et nos collèges nous fassent des hommes!

Cette association qui vient de surgir devra aussi opérer l'œuvre de réaction et de régénération qui presse; à certaines conditions toutefois. Qu'elle soit ouvertement catholique. M. Bourassa n'est pas de ceux qui y voient une provocation pour les autres religions; au contraire.

Présenté dans sa vraie lumière, ce mouvement ne peut que plaire aux Anglais protestants. Prouvez que plus vous serez catholiques et meilleurs citoyens vous serez, et les Anglais vous admireront.

Qu'elle travaille au maintien de la tradition canadiennefrançaise et de toutee qui nous fait un groupe ethnique distinct ;

mais que ce soit en favorisant la création d'un patriotisme canadien. Les Canadiens ne doivent ni s'isoler des autres groupes ni se laisser absorber par eux.

Nous vivons côte à côte avec les autres rares, travaillons d'accord avec elles, sur la hase <le la perpétuité .les caractères distinctifs de

chaque race et «lu respect des croyances... Quelque soil notreavenir: nation Française indépendante, ou partie distincte d'une nation bilingue, noua avons le devoir de vivre en paix avec nos voisins et de faire le inieio. possible la besogne de chaque jour...

faisons nous plus grands, et quelle que soit notre destinée ultime, noua n'aurons pas travaillé en vain. Pour le ri s te, laissons Dieu agir!

Dans une superbeet chaude péroraison, M. Bourassa demande axa jeunes de ne point vivre dans le rêve :

Il faut aller an ciel en marchant sur la terre.

Ceux qui ambitionnent de se dévouer pour leurs frères doivent se rappeler que le peuple perd vite de vue les êtres qui se réfugient sur les cimes trop hautes. Le moyen d'avoir une action efficace sur ses concitoyens est de vivre avec eux en leur fournissant l'exemple de la justice et du désintéressement, en leur offrant le spectacle d'un réel et pratique dévouement. Il est beau et bon de rêver de grandes œuvres ; il est indispensable de faire loyalement la besogne de tous les jours, le plein labeur quotidien. "C'est encore, conclut l'orateur, le meilleur et le plus efficace moyen de servir Dieu et la patrie ! "

L'auditoire, qui n'avait pas ménagé à l'orateur ses applaudissements tout le long de son courageux discours, lui fit presque une ovation quand il eut fini. On acclamait sa franchise et le fier patriotisme qui lui avait dicté d'aussi rudes et aussi salutaires leçons.

Au nom de l'Association de la Jeunesse, notre camarade Versailles remercia M. Bourassa de l'appui que sa chaude et éloquente parole venait de donner au mouvement de la jeunesse catholique. L'Association lui devra de connaître mieux la tache qui lui incombe et la façon pratique de la réaliser. Comme témoignage de reconnaissance, il offre a M. Bourassa le titre de membre d'honneur de l'A. C. J.

Il invite ensuite Mgr l'Archevêque à prendre la parole pour clore en quelque sorte les travaux du Congrès. Mgr Bruchési le fait avec empressement et après quelques mots appropriés sur le discours du député de Labelle, il exprime le contentement et l'espoir que lui inspire l'importante manifestation de foi et de patriotisme qu'a été le Congrès de la Jeunesse. Il en a suivi avec bonheur tous les travaux, et il déclare l'œuvre entreprise une grande et belle œuvre, à laquelle doivent s'intéresser et que doivent seconder tous ceux qui ont à cœur l'avenir de la foi

catholique et de notre nationalité dans ce pays. Il va même jusqu'à dire, et c'est son dernier mot, que nos camarades ont emporté dans leurs cœurs comme une promesse d'avenir et une aiguillon pour leur zèle : " Ces jeunes gens viennent peut-être, à leur insu, d'écrire l'une des plus belles pages de notre histoire."

Deuxième séance du Conseil fédéral

Lundi, 27 juin.

A 9 heures, les membres du Conseil et un certain nombre de nos camarades de l'Association étaient réunis dans la salle de l'Union Catholique.

L'objet de la séance est avant tout l'élection du comité de l'Association. On y procède dès le début de la réunion.

Sur la demande du président, le K. P. Bellavance propose le mode suivant d'élection.

Le Conseil nommera une commission de quatre membres chargée de dresser une liste de douze candidats parmi lesquels on choisira les membres du nouveau comité. Cette commission aura soin de choisir des candidats qui puissent habituellement se trouver ensemble au siège de l'Association.

L'élection se fera au scrutin secret. Le président sera d'abord choisi, il ne sera pas élu avant d'avoir obtenu les deuxtiers des suffrages. Les deux vice-présidents seront nommés ensuite et devront obtenir la moitié des votes. Les quatre autres membres du comité seront élus dans une troisième scrutin. Bus aussi devront réunir chacun la moitié des suffrages.

Le président et les deux vice-présidents pourront, s'ils le désirent, ajouter, après leur éleet ion, jusqu'à trois noms à la liste

Mes candidats.

mode d'élection est adopté à l'unanimité. Les camarades Roby et Dugas agissent comme secrétaires du scrutin. Le I\ Bellavance est chargé de présider l'élection.

On procède d'abord au choix de la commission qui doit dresser la liste des candidats. Versailles, Benoit, Bernard et

Leduc sont élus.

Après quelques minutes les quatre listes dressées par les membres de la commission sont prêtes. Combinées ensemble, elles donnent la liste de candidats qui suit et qu'on affiche dans la salle du scrutin :

Dl'GAS BENOIT

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