‹ Le SemeurChapitre 6 sur 13 · AP · texte numérisé non relu

AP

Vous avez raison d'applaudir; j'ai quelque chose d'infiniment plus

beau à proposer à votre admiration. L'incomparable rêve, mes amis, M ) Lea Source-, :."■ partie.

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celui qui n'a été fait qu'une fois, et qui dut réjouir les cieux autant que la terre, je voudrais avoir le langage des anges pour vous le dire.

Pénétrons dans une humble demeure d'une petite ville de la Galilée. L'atmosphère de paix, de piété, de recueillement qui y règne, fait penser à un temple. C'est bien un temple en vérité. Un jeune homme à genoux y prie, mais sa prière ressemble plutôt à une extase. Devant lui la plus douce et la plus tendre des femmes et un modeste ouvrier son époux admirent et rendent grâces. Le jeune homme a vingt ans. Sa naissance a été celle de l'enfant le plus pauvre. On sait de lui bien peu de choses. A douze ans on l'a vu au milieu des savants et des docteurs de sa nation. Il les a émerveillés par la sagesse de ses réponses, et c'est tout. Depuis lors le silence s'est fait sur sa personne et sur sa vie. Mais lui, songe aux grandes choses qu'il a mission d'accomplir et se dit : «Quelques années encore et je sortirai de cette solitude où me retient la volonté divine. J'irai aux hommes qui m'attendent sans me connaître et je leur parlerai un langage qu'ils n'ont pas encore entendu. Je leur donnerai la vérité dont leur esprit a tant besoin. Je leur dirai des choses que j'ai puisées dans le sein de mon Père. D'où ils viennent, où ils vont, ce qu'ils doivent faire ici-bas; quelles vertus pratiquer, comment prier, ils sauront tout cela par moi. Je leur apprendrai que le bonheur n'est pas dans la richesse et la jouissance, mais dans la pauvreté, dans les larmes et la pureté du cœur; qu'il faut aimer son prochain comme soi-même et pardonner à ses ennemis; être doux, humble, patient, miséricordieux. Je serai leur Maître, mais aussi leur modèle et ce quejeleur prêcherai je le ferai le premier. Je serai l'ami et le consolateur de tous, surtout des indigents et des petits. J'irai au-devant des pécheurs, et je prononcerai sur eux des paroles de miséricorde et de pardon. Je m'inclinerai avec tendresse vers les petits enfants pour les bénir; je me pencherai sur toutes les souffrances pour les consoler. Je dirai: Venez à moi vous qui travaillez et portez des fardeaux, et je vous soulagerai. Les malades viendront en foule et je les guérirai; je ferai entendre ceux dont les oreilles se sont fermées; je toucherai les yeux des aveugles et ils verront; je commanderai aux paralvtiques et ils marcheront; je donnerai du pain aux foules affamées; j'écouterai la prière des humbles, je ressusciterai les morts. Et après tout cela, viendront les ingratitudes et les persécutions. J'accepte tout, je veux tout, j'aime tout. Ces mêmes hommes tant aimés et comblés de bienfaits me renieront, me trahiront, me mettront au rang des scélérats; ils me traîneront dans leur prétoire. On me crachera au visage, on me flagellera, on mettra sur mes épaules la croix à laquelle je devrai être attaché.

Eh bien, je l'embrasserai, cette croix si lourde, je la porterai avec amour, je l'arroserai de mon sang, je m'y laisserai clouer et j'y mourrai. Je mourrai en demandant pardon pour mes bourreaux et le ciel sera ouvert et l'humanité sera sauvée. Père, en toutes choses que votre volonté soit faite.... »

Mes amis, vous avez suivi le rêve divin de l'Évangile et dans votre cœur vous avez adoré Jésus-Christ. (Longs applaudissements.)

Or, Jésus-Christ est votre Maître ; vous devez donc, comme ses disciples, marcher sur ses traces. Votre vie doit se modeler sur la sienne; votre rêve de vingt ans doit être le rêve chrétien et c'est bien, ce me semble, celui que fait en ce moment l'Association catholique de la Jeunesse canadienne-française.

Mes amis, Dieu a été bon pour vous et vous l'avez compris. La naissance dans la vraie foi, au sein d'une famille chrétienne, les sollicitudes dont vous avez été l'objet, les directions que vous avez reçues, les bons exemples dont vous avez été de bonne heure et si souvent les heureux témoins, l'instruction dans un collège où le dévouement des maîtres est de tradition comme la piété des élèves; les études qui ont développé vos facultés, formé votre jugement et enrichi votre intelligence, la garde constante faite par la plus sainte des affections autour de votre vertu, voilà certes des faveurs qui ne sont pas le partage de tous et des grâces qui font de vous des jeunes gens privilégiés. Or privilège comme noblesse oblige. Vous êtes de ceux à qui il sera demandé beaucoup, parce que vous avez heaucoup reçu.

En vous réunissant, vous avez vu que vous étiez frères, parce que vous étiez de la part du même Père l'objet des mêmes sollicitudes et des mêmes tendresses. Vous avez conclu (pie la reconnaissance vous dictait de nobles devoirs, et vous avez résolu de les remplir en consacrant à la plus sainte des causes vos talents, vos énergies, votre activité, votre vie tout entière.

Vous êtes de tout jeunes hommes aujourd'hui; vous serez la classe dirigeante bientôt ; le commerce, la finance, les professions libérales, le journalisme, le parlement sont les champs d'action qui vous attendent.

en conséquence quelle influence n'êtes-vous pas appelés à exercer! VOUS avez pensé à tout cela, et vous vous êtes dit : Mais pour une pareille mission la préparation est nécessaire: préparons-nous. Il faut des hommes de earactère et de courage, dévoués serviteurs de l'Église, catholiques partout, ouvertement, toujours; prêts h lutter contre les idées fausses et les tendances dangereuses. Nous voulons être de ces hommes-là. Et pour vous préparer, vous avez choisi trois

moyens auxquels je veux donner mon approbation la plus entière : la pieté, l'étude et l'action. Ah! si vous suivez fidèlement ce programme, mes amis, que de vaillantes luttes vous serez plus tard en état d'entreprendre, que de belles choses vous ferez et comme nous serons en droit de compter sur vous !

La piété ! Le grand apôtre n'avait-il pas écrit, en la recommandant à un évêque, qu'elle est utile à tout, et qu'elle a la promesse de la vie présente et de la vie future? Elle vous unira à Dieu, elle mettra Dieu avec vous, et alors vous serez éclairés par sa lumière, embrasés par sa charité, gardés et soutenus par sa grâce. Il marchera et combattra avec vous et s'il est vrai que nous ne pouvons rien faire sans lui, il n'en n'est pas moins certain que rien ne nous est impossible s'il nous fortifie.

Vous connaissez le chef-d'œuvre de Raphaël, la Transfiguration. Pendant que le Christ est sur la montagne, tout resplendissant de gloire, un pauvre père accourt vers les apôtres restés dans la plaine, et implore d'eux la guérison de l'enfant qu'il porte dans ses bras. Hélas ! impossible, répondent les Apôtres en montrant la montagne sainte; le Maître est là-haut : c'est lui seul qui guérit. Il y a là, mes amis, une grande leçon donnée à l'individu comme à la famille et à la société. Là où est le Christ c'est la vie, et là où il n'est pas c'est la mort. (Appl.) C'est à lui que nous devons aller et avec lui tout devient facile. Or la piété vous tiendra près de ce Maître incomparable; et vous posséderez ainsi le secret de la force et de la victoire.

L'étude — vous vous y engagez — aura ensuite une noble place dans votre vie. Je vous en félicite et je vous dis: tenez parole.

Vous venez de quitter le collège ou vous le quitterez bientôt. On pourrait donc vous appliquer ce que le P. Gratry écrivait en tête de son beau livre, Les Sources : C'est maintenant que votre éducation commence. Vous avez travaillé sans doute; mais évidemment vous n'avez pu qu'effleurer les sciences ; il vous reste à les approfondir. Socrate à la fin de sa vie disait qu'il ne savait qu'une chose, c'est qu'il ne savait rien; si Newton affirmait, après ses merveilleuses découvertes, qu'il voyait toujours s'étendre devant lui l'océan inexploré de la vérité, que direz vous vous-mêmes? Que de choses il vous reste à apprendre en philosophie, en littérature, en histoire? Les questions sociales, les questions ouvrières, les questions de votre temps— car vous voulez être de votre temps, n'est-ce pas? — vous aurez à leur donner votre entière, j'oserais dire votre religieuse attention. C'est tout un discours qu'il

faudrait faire sur ce sujet, mais je dois me borner. Donc vous étudierez avec ardeur, dans vos groupes, ou seuls dans votre chambre. Vous prendrez conseil d'hommes sages et expérimentés; vous irez aux bons livres et vous fuirez les mauvais. Vous ne serez pas pressés de vous produire; souvenez-vous de Nazareth, et n'entrez dans la lutte, ne faites de la politique, ne vous occupez de journalisme que lorsque l'heure de la vie publique aura sonné pour vous : là, soyez en sûrs, est le secret d'une préparation intellectuelle vraiment féconde.

Quant au plaisir qui hélas! gaspille et dévore tant déjeunes et précieuses existences, je ne vous l'interdis pas, mais je vous rappelle ce qu'en disait Montalembert lorsqu'il avait votre âge :

« On dit ordinairement que c'est dans la jeunesse que l'on doit surtout se livrer aux plaisirs de la société. Je regarde cette opinion comme un paradoxe complet. Il me semble tout au contraire que c'est pendant la jeunesse que l'on doit se livrer avec le plus d'ardeur à l'étude ou à la profession que l'on embrasse. Ah! quand on a payé le tribut que l'on doit à sa patrie, quand on peut se présenter dans le monde couvert des lauriers de la tribune ou du champ de bataille, ou du moins jouissant d'une estime générale; quand on est sûr de commander partout l'admiration et le respect, on a bien le droit de s'amuser dans le monde et de s'y rendre avec assurance. Je conçois M. Pitt et M. Fox sortant de la Chambre des Communes où ils avaient foudroyé leurs adversaires par la plus sublime éloquence, pour aller goûter les plaisirs d'un diner jovial; je conçois M. Grattan s'amusant, après cinquante années de gloire, à jouer à cache-cache avec des jeunes filles. Mais quand on n'est qu'un mortel obscur et inconnu, quand on se voit confondu dans la foule des hommes, ou tout au plus des élégants qui se croient forcés tous les soirs d'errer dans trois ou quatres maisons où l'on s'étouffe en disant que l'on s'amuse, je n'y vois ni plaisir, ni honneur ; je n'y vois qu'une perte de temps coupable, qu'un ennui mortel.» I 1 I

A la piété, à l'étude, vous ajoutez l'action. Ce sera, n'est-il pas vrai, l'action généreuse qui ne connaît pas les lâches compromis et le respect humain ; mais aussi l'action sage, prudente, soumise à la direction de l'Eglise, l'action qui édifie et entraîne les autres dans la voie du bien? Ce que vous devez faire, ce que vous devez aimer se trouve dans cette page ad m ira li li' que je vais vous lire es entier:

« Nous aimerons Diea de tout notre cœur et notre prochain comme nous-mêmes. Dans un siècle où l'on méconnaît les vérités sublimes du

(1) Lettres déjà citées.

christianisme et où l'on se jouede ses mystères, nous sacrifierons toutes nos inclinations, nous surmonterons toutes les oppositions pour lui rester fidèles. Nous observerons exactement les lois divines, et le respect humain ne nous entraînera jamais à des complaisances coupables. Nous tâcherons de pratiquer une charité universelle, et les malheureux seront toujours l'objet de nos soins et de notre compassion. Sincèrement convaincus, nous bannirons de nos espritsles doutes que pourrait y élever une raison faible et orgueilleuse; mais aussi, courbés humblement devant le Dieu qui nous a créés et qui nous a rachetés, nous résisterons avec une fierté légitime à l'influence criminelle de ceux qui, sous le voile d'une religion d'indulgence et de paix, tenteront de faire triompher leur ambition et leurs préjugés funestes.

«La liberté sera notre seule passion; nous ne cesserons jamais de travailler pour l'établiret la consolider dans notre patrie. Nul sacrifice ne nous coûtera dès qu'il s'agira de la défendre. Pour elle, nous saurons triompher de tous les obstacles que pourront nous opposer nos liaisons de famille ou notre intérêt personnel. Elle sera le but de notre vie entière; nous nous livrerons avec une ardeur infatigable à toutes les études qui nous rendront plus éclairés et plus propres à le servir, et, s'il faut des martyrs, une pareille mort sera pour nous une récompense. En vivant pour notre patrie, nous aurons aussi vécu pour Dieu; et quand on a vécu pour Dieu et sa patrie, on peut mourir sans douleur comme sans honte.

«Nos mœurs seront exemptes de tout reproche; pratiquant ouvertement la religion et dévoués au culte de la liberté, nous ne souillerons pas cette sorte de sacerdoce par des désordres qui nous dégraderaient autant qu'ils nous rendraient malheureux. »

C'est encore Montalembert qui parlait ainsi. Voilà votre programme, mes amis, et voilà vos promesses. Tout commentaire serait superflu. Ces promesses vous les ferez demain, solennellement, en présence de Dieu et des hommes, dans votre acte de consécration au Sacré Cœur. Soyez-y toujours fidèles. C'estpour vous mon vœuleplus ardent, et l'Égliseet la patrie vous béniront. Courage, confiance, mes amis, jeunes chevaliers armés aujourd'hui pour les combats de demain, et demeurez toujours sans reproche comme sans peur. (Longs applaudissements.)

Le président remercie Mgr l'archevêque de Montréal, puis il offre la parole à M. Chicoyne, député de Wolfe, dont l'entrée,

au moment précis où le secrétaire allait donner lecture de sa lettre d'excuse, avait été saluée de vifs applaudissements.

Dans un langage simple et spirituel tout à la fois, le vaillant député salue dans l'Association une promesse pour l'avenir du pays. Son âge et son expérience de la vie publique lui permettent de donner des conseils. Il veut que l'Association serve, en développant dans la jeunesse le sens patriotique, à la solution des questions qui intéressent notre nationalité: la question scolaire, la colonisation, etc. Il recommande aux jeunes de lutter contre la partisannerie politique et contre l'alcoolisme et d'appuver leurs efforts sur la sincérité du sentiment religieux.

A 5 h. 45 m., le président lève la séance.

Première séance du Conseil fédéral

A 7 heures tous les délégués et un bon nombre d'autres congressistes sont réunis dans la salle de l'Union Catholique toute pavoisée du drapeau national. Après la prière faite par le R. P. Bellavance.qui a jusqu'ici dirigé l'Association, le président rappelle le but de cette séance : prendre connaissance de l'état actuel de l'Association.

Empêché d'assister à la réunion, le camarade Hurtubise, trésorier, avait prié quelqu'un de présenter à sa place le rapport de l'état de la caisse. Il appert que TA. C. J. a dû faire «les dépenses assez considérables pour sa première organisation. Ces trais ont été couverts par les cotisations des membres et par quelques dons généreux, qui laissent dans la caisse un léger surplus. L'annonce d'un surplus est salué comme il convient par toute l'assemblée.

Suivent les rapports des groupes de l'Association.

AI INSEAU, du collège de Joliette, représente un groupe de 46 membres

qui fonctionnera régulièrement à l'automne, une académie du collège devant être transformée en cercle d'études.

Huot, du collège Sainte-Marie de Monnoir, annonce les mêmes prévisions pour un groupe de 30 membres.

Baril, du collège Sainte-Marie de Montréal, représente 15 membres •qui s'organiseront au mois de septembre.

Grenier, du collège de Varennes, est délégué d'un cercle d'études bien organisé. Il compte 30 membres et étudie surtout des sujets tirés de l'histoire nationale.

Turcot promet un groupe sérieux dans la ville de SaintvHyacinthe: ils sont 15 membres recrutés avec soin.

. Courteau représente un groupe québecquois. On n'a commencé que récemment l'enrôlement des membres : ils sont une douzaine désireux de former un cercle d'études.

DÉsiLBrs est délégué du Cercle catholique des Trois-Rivières, vaste •organisation de 300 membres qui pourra établir un cercle solide et plein de vie. Il nous promet aussi pour septembre prochain, la formation d'un cercle au séminaire de la même ville.

Robitaille représente un petit groupe d'étudiants en médecine de l'Université Laval de Montréal, la plupart membres d'une conférence Saint-Vincent de Paul.

Leduc est délégué d'un groupe d'étudiants en droit de la même université.

Richard, du séminaire de Sherbrooke, représente 18 membres qui se formeront en cercle d'études au mois de septembre.

B\illargeon représente le cercle Léon XIII, cercle dramatique établi à Montréal en 1902 et qui compte 60 membres. Le cercle entend se livrer à l'étude et adopter la méthode des cercles d'études.

Angers présente le rapport du cercle Saint-Louis, fondé depuis près de trois ans par les camarades Hébert et Fernand Roby. Le cercle compte 15 membres. L'année dernière il a consacré 15 séances à l'étude de la question de l'éducation. Ce dernier rapport est fort applaudi.

Authier est délégué d'un groupe de journalistes qui vient de se former à Montréal.

Le secrétaire résume ces rapports : c'est donc 13 groupes en bonne voie d'organisation, pour le moins. Ce résultat est plein de promesses, l'A. C. J. comptant à peine quelques mois d'existence.

On procède enfin à l'élection de la commission d'étude qui prononcera l'adoption des résolutions ou vœux du Congrès.

Elle sera composée des camarades Bernard, Benoit, Armand Dugas, Léger, Alphonse Grenier, Richard, Maurice Beaulieu, J.-B. Bousquet, de Grandpré, Casimir Hébert, Alphonse Archambault.

La prière clôt la séance.

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