‹ Le semeur de cendres, 1898-1900Chapitre 1 sur 5 · A JOSÉ-MARIA DE HEREDIA · texte numérisé non relu

A JOSÉ-MARIA DE HEREDIA

0 jeunesse, fervent et clair foj-er d'amour, Tu fais au ciel l'aveu sonore de ta joie, Et ta flamme, luttant d'éclat avec le jour, Aux quatre vents, pareille à la Chimère, ondoie!

Mais tu n'as pas plus tôt brillé de tout ton feu, Que, prompte à dévorer le sang- qui t'alimente, Tu languis, déjà sombre, et tu meurs, et qu'au lieu Où tu brûlais tressaille une poudre fumante.

Qu'un autre, soucieux pour elle de repos, Ou l'estimant peut-être égale en gloire à celle Qu'un soin pieux tirait du bûcher des héros, L'enferme dans une urne arrogante et l'y scelle !

Moi, je suivrai l'exemple heureux d'un laboureur Qui va, portant de cendre une besace pleine : Il la lance aux sillons luisants, et son labeur Avant d'ensemencer fertilise la plaine .

Ainsi, mon âge ardent ayant marqué sa fin

Par un flocon d'azur, là-haut,qui s'évapore,

J'en crible la poussière acre et douce, et ma main

Dans les cœurs larg'e ouverts la répand, chaude encore.

Et si, tendresse, amour, douleur, révolte et foi, Si dans mes vers un peu de l'homme se résume, Un jour j'aurai l'orgueil d'entendre autour de moi Des fils puissants monter de ma pauvre amertume;

Et j'imiterai mieux alors mon paysan, Qui, fier d'une moisson dès avril escomptée, Chaque soir, visitant sa terre, au fort de l'an, Par le bruit de ses blés a l'oreille flattée.

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