DISCOURS DE SA GRANDEUR M^"" GRAVEE
EVÊQIE DE NICOLET
« Messeigneiirs, Messieurs,
«Il y a cinquante-deux ans, étant petit élève de 12 ans au Collège de S'-Hyacinthe, j'ai entendu faire de notre Séminaire, par un personnage de haute distinction, une mention bienveillante, qui m'est restée dans la mémoire, et que vous me permettrez de rappeler. M'^'^ Taché, de glorieuse mémoire, récemment élu évèque d'Arath et coadjuteur de M^"" Provencher, venait d'arriver de ses
loiiilaiiies et pénibles missions. Il s'en allait en F'rance recevoir la consécration épiscopale des mains vénérables de M''''" de Mazenod, t'ondateur de la (Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, L'arrivée de ce fils distingué dont elle était si justement fière, mit l'Alina Mater en liesse. Elle lui fit une réception solennelle. Or, parmi les paroles éloquentes qui tombèrent de la bouche de cet évèque de vingt-sept ans, en réponse à l'allocution du Supérieur de la maison, j'ai retenu les suivantes: «Nicolet, dit-il, a été généreux envers S'-Hyacinthe. «Alors qu'il était encore à lutter contre les épreuves (jue « rencontrent d'ordinaire ces fondations, il lui envoya des «directeurs et des professeurs distingués, parmi lesquels « mon vénéré voisin de gauche, aussi remarquable par « ses vastes connaissances que par la sensibilité de son «grand cœur.» (Ce voisin de gauche était l'illustre messire Isaac Désaulniers, qu'une vive émotion dominait à ce moment). «Aujourd'hui c'est S'-Hyacinthe qui vient «au secours d'un fils de Nicolet, en donnant dans ma « personne un coadjuteur à M*^'" Provencher, brisé et «rompu par les pénibles labeurs de son apostolat.»
« Je suis heureux d'avoir une occasion aussi solennelle de répéter ces bienveillantes paroles, qui é'ablissent l'intimité des relations qui existaient dès lors entre ces deux grandes institutions.
« Mais cet heureux échange de bons rapports entre Nicolet et S*-Hyacinthe, ne s'est pas terminé avec l'événement rappelé par M*^"" Taché. L'année suivante, M*'"' Prince, un fils de Nicolet, devenait premier évèque de S'-Hyacinthe ; et il conduisait avec lui comme secrétaire, un autre fils de Nicolet, rempli de promesses, monsieur Louis-Zéphirin Moreau, et qui, en effet, devait, vingt-quatre ans plus tard, occuper le trône épiscopa}
de S'-Hyacinthe, sur lequel il a jeté tant de lustre, par la renommée de ses vertus et la sagesse de son gouvernement.
« Il appartenait à S'-Hyacinthe de payer de retour ces générosités nicolétaines. La Providence se chargea d'en faire naître l'occasion. Pendant que S'-Hyacinthe, en efïet, composait sa couronne d'évêques, la Providence conduisait Nicolet, à son insu, vers ses destinées complètes. Elle le fait sortir de la douce et bienfaisante furidiction des évêques de Québec, parmi lesquels il vénérait son illustre fondateur, M^*^ Plessis, et ses plus insignes bienfaiteurs, pour le placer sous la houlette des vénérables évèques de Trois-Rivières, M^"" Cooke et M^'' Laflêche, qui, eux-mêmes, fils de Nicolet, aimaient à le visiter, et à venir y raviver les souvenirs de leur vertueuse et laborieuse jeunesse.
«Mais, ce n'est qu'en 1885, que le cours des événements, agencés par la bonne Providence, devait recevoir son couronnement. C.ette année, en effet, vit la création du diocèse de Nicolet, et la nomination de son premier évèque, qui, le 25 août, prit possession de ce nouveau siège, au milieu d'une pompe inoubliable. Cette fois, c'était S'-Hyacinthe qui se portait vers Nicolet, et lui envoyait, en mon humble personne, son premier évèque, celui qui devait présider à ses destinées religieuses, et devenir le père en Dieu de la famille nicolétaine. Et je conduisais avec moi un jeune prêtre, M. L.-V. Thibaudier, que jVF' de S*-Hyacinthe avait daigné me céder, qui lut mon secrétaire, devint mon vicaire-général, et ne cessa jamais de me rendre les plus signalés services. Et, c'est en souvenir de ces rapports fraternels entre S'-Hyacinthe et Nicolet, qu'à peine en possession de mon siège, je présentai aux
applaudissements de tout le monde, des lettres de vicairegénéral à M. le chanoine Ouellette, supérieur du Séminaire de S'-Hyacinthe.
« Cependant la douce Providence ménageait encore à notre Séminaire, un honneur bien vivement apprécié. L'atTaiblissement de ma santé, qui me mit à certaines heures aux portes du tombeau, les soucis immérités que m'apportèrent les litigations après l'écroulement de ma cathédrale, la maladie grave de mon vicaire-général, laquelle arriva simultanément avec ce désastre, me déterminèrent à demander un coadjuteur. Je tournai alors les yeux vers le Séminaire. J'éprouvais un doux plaisir, à la pensée d'assurer ma succession à un prêtre de cette vénérable institution. Mon libre choix se porta sur M. L'abbé Hermann Brunault. Le saint-père l'agréa, et le nomma évêque de Tubuna et coadjuteur de Nicolet; et lui donna la mission — ce sont les termes mêmes de la bulle — la mission d'être pour moi une consolation et un secours opportun — solamen et adjnvamen. Dieu soit béni! Il en a été toujours ainsi. Et, si je suis en ce moment en jouissance d'un certain regain de santé, c'est en grande partie à ce digne et vénéré coadjuteur que j'en suis redevable.
«Messeigneurs, c'est en ma qualité de chel" religieux de ce diocèse et de père en Dieu de la famille nicolétaine, que j'ai l'honneur en ce moment de vous souhaiter la bienvenue, et de vous remercier avec effusion de l'insigne condescendance que vous avez eue, en laissant vos travaux, si pressants à cette saison de l'année, pour assister à notre fête, et nous donner ce témoignage de sympathie, qui nous touche, nous réjouit et nous honore au delà de toute expression.
«Bienvenue aussi à vous, messieurs les anciens élèves^ Votre présence ici est un événement qui fixe l'attention
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du pays, et ajoute beaucoup à l'éclat de nos gloires nicolétaines. Elle proclame la valeur de l'œuvre accomplie par nos maisons d'éducation, où l'on sait iaire sortir doucement l'homme de l'enfant, par une instruction générale, et la culture simultanée du cœur et de l'esprit; ces nobles maisons d'éducation dont notre poète vient de dire :
« On nous enseigne ici la divine parole « En exemples constants». (Fréchetïe)
« Votre présence, ici, est un hommage rendu à ces vieux professeurs, qui ont mis les délices de leur vie à discerner dans un jeune écolier, les premiers linéaments de la supériorité future, à préciser l'achèvement de cette ébauche, à amener avec une indicible sollicitude, l'éclosion de cette noble fleur humaine, et à la mettre en condition de porter des fruits de choix.
« Votre présence, ici, est une solennelle adhésion à la pensée de notre commun Maître Jésus Notre-Seigneur, qui, en jetant les sociétés dans le moule de l'idée chrétienne, voulait réaliser l'union du clergé et du peuple.
« C'est enfin une leçon de choses donnée à nos élèves actuels. « Les années de la jeunesse, dit un écrivain, «sont des années sacrées, où les sentiments et les événe- «ments se précipitent dans Tàme, comme un métal en «fusion, qui se fixe et laisse une empreinte que les « années peuvent ensuite user et déformer, mais n'eflacent «jamais.» Quand ces élèves auront vu des fils de Nicolet, venus à cette fête, des hauteurs de tous les ordres de la société religieuse et de la société civile, il suffira pour les exciter au bien et au travail, de leur rappeler le glorieux événement de ce jour, et de leur dire: nlnspice et fac useciindiim exemplar qiiod tibi monstratiim est in monte! y>
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« (!les pensées, que présentement je n'ai pas le temps de dével()i)per, ont touclié la grande Ame de notre saintpère le i)ape, alors qu'agenouillé tout récemment à ses pieds, je lui exposais l'idée de cette fête, et le priais d'accorder une bénédiction spéciale à tous ceux qui y prendraient part; de daigner accorder une distinction au supérieur de la maison, et un calice à la chapelle commémorative de ce centenaire ; et avec cette ineffable bonté qu'il daigna toujours me manifester: «Je veux «être aussi de cette lête, me dit-il ; j'envoie une bénédic- «tion spéciale à la iamille collégiale réunie en ce jour; «il me plaît également de la réjouir en honorant le « digne supérieur, et en le faisant prélat de ma maison ; «et pour cette chapelle commémorative de la célébra- «tion, je donnerai l'ordre qu'on vous remette un calice, «que vous présenterez en mon nom, recommandant aux «excellents prêtres de ce séminaire, qui s'en serviront «dans les saints mystères, d'avoir un souvenir spécial «pour le vieux pontife, qui le leur envoie avec tant de «bonheur». (On donne, ici, la bénédiction, le bref et le calice, au sein d'un enthousiasme indescriptible).
« Encore un mot pour exprimer mon bonheur et mes souhaits, et je finis.
«Autrefois, le patriarche Jacob ayant devant lui les enfants de Joseph, se livrait à l'allégresse, et remerciait le Seigneur de l'avoir conservé dans les jours mauvais qu'il avait traversés, et de lui avoir accordé de contempler de ses yeux la postérité de son fils bien-aimé. Un sentiment analogue inonde mon àme. En présence de ces fils nombreux de mon séminaire, je remercie aussi le Seigneur de m'avoir fait triompher des soucis et de la maladie, et de m'avoir ménagé le bonheur de faire aujourd'hui connaissance avec la glorieuse famille nicolétaine.
«Mes souhaits! Pour les exprimer, j'emprunterai les paroles du prophète Isaïe annonçant les gloires futures de la maison d'Israël : Et erit siciit qiiercns qiix expandit ranios siios, et sanctiim erit quod steterit in ea :
— «Que ce séminaire soit comme un chêne vigoureux, «qui étend au loin ses rameaux puissants, et que les tils « qu'il aura formés, soient toujours aimés du ciel ! »