DISCOURS DE SA GRANDEUR M*^'' BRUCHÉSI
ARCHKVKQIK DK MONTHKAL
« Messeignenrs, Messieurs,
«Me rendre au désir de M*^' le sui)érieur du Séminaire de Nicolet, est pour moi un devoir en cette circonstance ; mais les éloquents prélats (jue nous venons d'entendre, m'ont rendu la tâche difficile. Que pourrai-je dire, en effet, qu'ils n'aient dit déjà ; et comment le dire aussi bien qu'eux? Ils ont exprimé, ce me semble, les sentiments, les émotions, la joie dont nous sommes tous animés: c'est bien le moment de dire que tous les cœurs battent à l'unisson. Je parlerai tout de même', me
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rappelant la belle i)ensée de Lacordaire : (ju'il va des choses que Ton redit toujours sans les répéter jamais.
« Eh bien, oui, je redirai (|ue nous assistons à une lete aimable et réconl'ortante à la fois, et que (ont ce que nous voyons et entendons depuis ce matin, me paraît un enchantement. Et cette joyeuse fête, quelle grande leçon elle donne, Messieurs^ à la jeunesse qui en est témoin, et quels inn)érissables souvenirs elle laissera dans leur mémoire !
« Il y a quelques heures, nous faisions l'inauguration de la belle chapelle, cadeau de jubilé des anciens élèves à leur Aima Mater. Toutes les âmes étaient ouvertes à la reconnaissance, et comme vous avez su vous faire leur interprète, Monseigneur de Tubuna, en voulant que le premier discours prononcé dans ce lieu sacré, fût le commentaire du plus beau cantique d'action de grâces que des lèvres humaines aient jamais chanté: a Magnificat anima me i Dominiim. y^ (( Fecit mihi magna qni potens est! » Or, depuis ce moment, c'est le même cantique ému que nous entendons: évêques, prêtres, citoyens, professeurs, élèves d'autrefois et d'aujourd'hui, tous font écho à vos éloquentes paroles pour remercier Dieu des faveurs insignes qu'il a déversées sur cette institution depuis son berceau jusqu'à ce jour.
«Des liens étroits unissent Nicolet et Montréal. Tout à l'heure, M*^"' l'archevêque de Québec célébrait les œuvres et les vertus de son illustre prédécesseur sur le siège de sa métropole, ce grand évêque Plessis qui lut le fondateur et le père de ce séminaire. Ortes il ne pouvait dire rien de trop à sa gloire. M^'" Plessis restera une des grandes figures de notre histoire, et l'on n'oubliera jamais ce qu'il a fait pour l'éducation de la jeunesse et la formation du clergé, pas plus qu'on oubliera qu'à une époque décisive de notre existence nationale, il s'est
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constitué jusqu'au pied du trône d'Angleterre l'intrépide défenseur de nos droits et de nos libertés.
« Mais s'il a ilhistré le siège épiscopal de Québec, nous avons bien le droit de rappeler que Montréal lui a donné le jour; de sorte que le Séminaire de Nicolet se trouve rattaché par ses origines mêmes à notre diocèse. « Mais ce n'est pas tout. Les annales de cette maison ont conservé le souvenir de ce jeune clerc qui s'y dévoua et l'édifia pendant trois années, de 1818 à 1821, et dont M'''"' Plessis avait dit en le recommandant : « C'est un « charmant garçon qui n'a d'autre défaut que d'être un « peu scrupuleux. » En quoi consistait précisément ce scrupule? je ne saurais le dire; mais je serais bien surpris qu'il fût cette maladie spirituelle si pénible, résultat d'une conscience mal éclairée et tourmentée. J'aime à croire que ce devait être plutôt cette maladie de toute âme noble et ardente qui n'ayant qu'un but, se dépenser pour Dieu, craint toujours de n'en pas faire assez pour lui. Et vous serez, Messeigneurs et Messieurs, de mon avis, j'en suis certain, lorque je vous aurai dit que le jeune professeur dont je parle était l'homme qui devait plus tard jeter tant de gloire sur le diocèse de Montréal, créer tant d'œuvres, fonder tant d'institutions bienfaisantes, l'illustre évêque Ignace Bourget.
«Le successeur de M*^' Bourget, M**"^ Fabre, de si douce et si pieuse mémoire, continua avec le Séminaire de Nicolet les relations passées. Il y vint souvent assister à ses fêtes, et prêcher des retraites dont le souvenir ne s'est pas effacé de la mémoire de ceux qui les ont suivies.
« Pour moi, j'ai lâché de suivre de si beaux exemples, et afin de resserrer les liens qui existaient déjà entre le Séminaire de Nicolet et l'archevêché de Montréal, j'ai voulu, il y a quelques années, offrir au vénéré supérieur.
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M. l'abbé Douville, M»-'' Doiiville maintenant, le titre de chanoine honoraire de notre cathédrale.
« Mais je reviens, Messieurs, à notre fête jubilaire, (^e n'est pas la premi^J'e de ce genre à laquelle il nous est donné d'assister. Plusieurs maisons d'éducation de notre province en ont eu de semblables, et ce sera le tour d'un certain nombre d'autres bientôt. Or, partout, ce sont les mêmes réjouissances, les mêmes chants de gratitude et de piété filiale ; partout on se plaît à rendre des hommages semblables à la vertu et au zèle de maîtres aussi modestes qu'instruits et dévoués ; et voici la réflexion que ce fait remarquable m'inspire. Je suppose qu'au cœur de notre chère province canadienne française de Québec, il fût possible de réunir dans une enceinte assez vaste tous les directeurs, tous les professeurs, tous les élèves anciens et actuels de tous nos séminaires et de tous nos collèges. Quelle assemblée venue de chaque ville et de chaque village du Canada et des Etats-Unis! Evêques, curés, prêtres voués aux œuvres diverses du saint ministère, gouverneurs, ministres, députés, magistrats, avocats, notaires, médecins, hommes de finances, ils seraient tous là confondus dans un même sentiment de religieuse gratitude, payant la dette du cœur aux maisons qui les formèrent à la science et à la vertu. H n'y aurait pas une voix discordante dans ce concert de louanges et de remerciements attendris, et ce serait comme le concert de l'àme même de la patrie. Car, si vous alliez alors en dehors de cette enceinte qui trouveriez-vous, je vous le demande, pour composer la classe dirigeante de la société? Tous les guides spirituels et civils de la nation seraient là réunis, et une conclusion s'imposerait : c'est que le clergé s'est fait l'éducateur du pays, et que toujours et partout il est resté fidèle à cette grande mission.
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« N'est-ce pas, du reste, le beau témoignage que le vénérable M. Bellemare rendait ce matin même au nom des anciens élèves de Nicolet dans cette adresse où il semblait avoir mis tout son cœur? Il lait bon d'entendre nos vieillards, nos citoyens les plus exemplaires, tenir un pareil langage. Jeunes gens, que ce soit pour vous une précieuse leçon ! Mais qu'il me soit permis d'ajouter,— nous sommes ici en famille, n'est-ce pas? — que ce n'est pas la seule leçon donnée par celui que les anciens ont clioisi pour parler au nom de tous. Ceux qui le connaissent comme je le connais, savent que les pieuses conlerences de saint Vincent de Paul n'ont pas eu à Montréal de président plus actif, et que les pauvres n'ont pas trouvé cbez nous un ami plus dévoué et plus généreux que lui. Est-ce la mise en pratique des leçons reçues jadis dans ce séminaire? J'aime à le croire, et, dans tous les cas, je suis heureux d'avoir cette occasion de lui dire publiquement ma gratitude et de rendre hommage à ceux que la Providence lui donna pour directeurs et pour maîtres.
«(Constatant, en même temps, les progrès accomplis à Nicolet depuis qu'il l'avait quitté, M. Bellemare semblait regretter de n'être i)lus à l'âge de recommencer ses études et de revivre la douce vie de l'écolier. Les jeunes élèves d'aujourd'hui ont souri tout en battant des mains. Et moi je me rappelais ces vers du poète dont la prose classique de l'adresse rendait si parfaitement l'idée :
« Que vous ai-je donc fait, ô mes jeunes années, « Pour m'avoir fui si vite et vous être éloignées
«Me croyant satisfait?
« Hélas ! et pour m'apparaîtrc si Ijelles « Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes,
« Que vous ai-je donc fait ?
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« A ce j)rop()s, lu' scrait-co pas le inonicnt de poser cette (jueslion : l.e lenii)s du collège est-il vraiment le plus beau temps de la vie? Je connais d'avance la réponse des jeunes gens. Voici la mienne, et ce sera une distinction. Je dirai oui et non, au ris(jue [)eut-être de surprendre plus d'un de mes auditeurs. Si, par le plus beau temps de la vie on entend le temps le plus tranquille, le plus serein, le plus exempt d'imjuiétudes et de soucis, oh ! affirmez sans crainte cju'il n'en est pas de comparable à celui du collège et du séminaire. Mais si l'on parle de ce temps vraiment beau et fécond où l'homme produit ce que le divin Maître attend de lui, non, messieurs, ce temps-là n'est pas celui où l'on ne vit en quelque sorte que pour soi-même, recevant beaucoup sans presque rien donner, se préparant et se formant en vue de l'avenir. Le vrai beau temps pour l'arbre fruitier n'est pas celui où ses branches se couvrent d'un vert feuillage, mais celui où il donne des fruits abondants. Ainsi en est-il de l'homme. Prêtres qui vous déi)ensez aujourd'hui au service de vos l'rères ; qui étendez le règne de Dieu et prêchez sa loi, qui consolez les malheureux et les pauvres, et cela tout en souffrant et portant peut-être sur vos épaules une lourde croix ; citoyens, chrétiens exemplaires, pères de famille qui, à votre foyer et au sein de la société, faites œuvre d'apôtre en servant la religion et la patrie, croyez-moi, vous êtes au vrai beau temps de votre vie, puisque c'est aujourd'hui, dans votre dévouement et vos généreux sacrifices, que vous réalisez les desseins de la Providence à votre égard. Mais vous, jeunes gens qui êtes à l'âge heureux entre tous, profitez-en avec toute l'ardeur dont votre âme est capable; laissez-vous diriger docilement par les maîtres qui vous entourent de la sollicitude la plus tendre ; acquérez des habitudes de vertu et de piété que
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VOUS garderez toujours ; ornez votre esprit des connaissances les plus variées et les plus utiles.; suivez en toutes choses les conseils que vous donnent l'expérience et l'alVection ; soyez, en un mot, des écoliers modèles, et c'est ainsi que par les années les plus douces et les plus tranquilles, vous préparerez les années les plus belles et les plus fécondes de votre vie.
«Je m'arrête, messieurs, je sens que j'ai parlé trop longtemps, mais les circonstances m'ont entrainé. Plusieurs orateurs et plusieurs poètes doivent encore se taire entendre. Mais en finissant, je veux, en ce jour où l'on a célébré les mérites des fondateurs, des premiers maîtres, des illustres disparus de ce Séminaire de Nicolet, dire l'admiration (jue je professe pour ceux qui aujourd'hui continuent leur œuvre avec tant de zèle et de désintéressement. Educateurs de la jeunesse, ils ont droit à la reconnaissance de l'Eglise et du pays tout entier. C'est une carrière de durs labeurs et de sacrifices que la leur, mais aussi comme elle est belle aux yeux du patriotisme et de la loi ! Vous connaissez, messieurs, la modeste cellule où ils consentent à vivre, vous savez que pour les grandes choses qu'ils accomplissent, ils se contentent d'un salaire cjiii n'en est pas un et qui paie à peine l'habit qu'ils portent ; ils prêchent le détachement comme ils prêchent l'amour de la science; leur ambition va plus haut et plus loin que les biens de ce monde. Honneur à eux! .J'aime à proclamer ici, et je sais que je ne fais qu'exprimer les sentiments de mes vénérés collègues, qu'ils exercent un apostolat bienfaisant et méritoire entre tous, et qu'ils comptent parmi les plus précieux de nos auxiliaires. S'inspirant de nobles exemples, ils marchent fidèlement sur la trace <le leurs aînés; parmi cette généreuse phalange, comme
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elle/ les coureurs aiili(jues, le llauiheau sacré passe de main en main et ne s'éteint jamais. »
niscoLiis DK l'honohahi.k .i. hlanchet
.11 GK DK l.A coin I)i; HANC Ul HOI
Messeigneius, Messieurs,
« Le remanjuahlc événement qui nous réunit, a évoqué dans l'esprit et le cœur des anciens élèves de Nicolet, des souvenirs (jue l'éloignement et l'absence n'ont pu nous faire oublier, des sentiments que le temps, qui détruit tout, n'a fait (praifermir et rendre plus vivaces et plus durables.
« Aussi, au premier appel nous sommes accourus ici, de tous les points de la Province et d'ailleurs, charmés de revoir encore la maison bénie où se sont écoulés les jours les plus heureux de notre jeunesse, enchantés et ravis de profiter de cette circonstance solennelle pour déposer, une fois de plus, aux j)ieds de noXve Alnui Mater, de ce Séminaire vénérable et vénéré, l'homnuige sincère de notre affection, de notre admiration, et pour lui exprimer en même temps notre reconnaissance pour les bienfaits nombreux et inestimables qu'il n'a cessé de nous prodiguer pendant notre tro[) court séjour dans ses murs maintenant séculaires.
<( Nous sommes heureux de pouvoir aussi remercier ses bienveillants et éminents directeurs, de nous avoir conviés à cette fête mémoralile et de nous avoir fourni l'occasion de contempler et d'admirer à loisir, le monument superbe qui doit en perpétuer le souvenir. Nous les prions, en même temps, d'accepter les vœux ardents que nous formons, avec tous les amis dévoués du Séminaire de Nicolet, pour que cette importante et noble
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institution continue de grandir et de prospérer avec notre population et notre Province, et pour que la brillante carrière qu'elle a parcourue dans le siècle qui vient de nous dire adieu, soit encore plus brillante et plus utile dans le siècle nouveau qui vient de s'ouvrir pour elle avec autant d'éclat que de solennité.
« Il nous reste encore un autre devoir agréable à remplir: c'est celui de remercier les élèves actuels du Séminaire de leur bienveillant accueil, ainsi que des éloges par trop flatteurs et des sentiments d'estime et d'afïection contenus dans l'adresse qu'ils viennent de présenter aux anciens élèves de Nicolet.
« Cette marque d'attention si délicate et si précieuse pour nous, servira à rappeler, une fois de plus, un lait déjà souvent constaté : c'est que, dans le passé comme aujourd'hui, les élèves de Nicolet se sont toujours considérés comme des frères, comme les enfants d'une même maison, et cette affection vivace et traditionnelle n'est certainement pas le moindre des éloges mérités que l'on puisse adresser au collège où elle s'est développée, et à ses nombreuses générations d'élèves qui n'ont jamais négligé aucune occasion de la maintenir et de la perpétuer.
« Il m'a semblé, en écoutant l'adresse éloquente des jeunes élèves, que j'entendais la voix de l'avenir parlant au passé. En effet, nous, les anciens, nous représentons le siècle qui vient d'emporter avec lui nos joies et nos jours d'épreuve, tandis que les élèves actuels représentent le siècle nouveau, c'est-à-dire l'avenir avec ses espérances, ses aspirations et ses horizons où les orages n'ont pas encore laissé la trace de leur passage.
« Si les élèves d'aujourd'hui ont le droit de s'enorgueillir des succès de ceux qui les ont procédés dans cette enceinte, nous, les anciens élèves, nous pouvons
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également espi'icr el ariirmcr (jik' sous la direction habile et éclairée de leurs directeurs el de leurs prolesseurs, les élèves actuels et Futurs du Séminaire, sauront conserver religieusement les souvenirs et les traditions du passé glorieux (jue nous leur léguons, et nous sounnes convaincus qu'ils s'elîorceront par leur conduite, d'augmenter encore la réputation si bien établie déjà du Séminaire de Nicolet comme institution enseignante, et ne négligeront aucune occasion dans l'avenir de toujours tenir haut et terme le drapeau béni de notre commune Al nui Muter.
« L'importante démonstration à laquelle nous sommes tous si heureux de prendre })art, n'intéresse pas seulement la grande famille nicolétaine, c est aussi la léte de tout un diocèse, de tout un district, je devrais même dire de toute notre province, car elle est entièrement représentée ici, et, à ce point de vue, l'immense réunion d'aujourd'hui encourage et réjouit tous ceux qui comprennent l'importance et l'utilité de l'enseignement secondaire, c'est-à-dire tous les véritables amis de l'éducation et du progrès moral, iniellectuel et matériel de notre population.
«Aussi, c'est avec plaisir que nous retrouvons ici Nos Seigneurs les évèques de Nicolet, de Tubuna, qui président avec autant de succès que de dévouement aux destinées de ce diocèse. Sa (ïrandeur M**' Bégin, qui nous apporte les sympathies traditionnelles du siège archiépiscopal de Québec, les évèques distingués de Montréal, de Trois-Rivières et de S'-Boniface, les plus hauts dignitaires du clergé de la Province, les représentants les plus éminents des anciennes institutions enseignantes du pays, ainsi (|u'un grand nombre de citoyens marquants de cette ville et des villes les plus considérables de la Province. Leur présence rehausse l'éclat de cette journée
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et donne un caractère solennel à ce mémorable anniversaire. C'est en premier lien le témoignage éclatant et spontané de l'intérêt profond que les hommes les pins distingués du pays portent au Séminaire de Nicolet, et c'est aussi la démonstration vivante de l'importance réelle de cette maison, de son utilité et de sa popularité toujours croissante.
« Nicolet a raison de se réjouir de ce concert d'éloges (pii s'élève autour de lui et des nombreuses sympathies dont il est en ce moment l'objet. Il a raison d'être fier de son origine et de son passé. Cette période accidentée de son existence, vient d'être arrachée à l'oubli par un historien aussi érudit que modeste, dont le livre, aussi intéressant qu'instructif, transmettra à la postérité la mémoire vénérée des fondateurs de Nicolet : les Brassard, les Panet, les Signay, au milieu desquels brille d'un éclat sans cesse grandissant une des plus remarquables figures de notre histoire, l'illustre évêque Plessis, qui, pendant une des périodes les plus tourmentées de notre existence, a, par son énergie, son tact et son dévouement, rendu à l'Eglise et au pays des services qu'il nous serait impossible d'oublier, et dont nous pouvons maintenant mesurer et apprécier les conséquences importantes.
« Nicolet peut aussi se glorifier des services qu'il a rendus à la religion et à l'Etat, car il a fourni à l'épiscopat, au clergé, au banc judiciaire et aux professions libérales, un grand nombre d'hommes éminents qui, pendant le cours du siècle qui vient de se terminer, ont démontré l'excellence de son enseignement, la sagesse de sa direction, et, ont rempli les différents rôles que la Providence leur a assignés en faisant honneur à leur état, à leur pays et à leur Aima Mater.
lOC) SÉMINAIMK I)K MCOI.KT
«L'hisloirc de Xicolel scrviia encore à démontrer une vérilé niainlenant indéniable: c'est (jne le clergé de cette Province a toujonrs été, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, le meilleur ami, le conseiller le plus désintéressé et le plus dévoué du peuple confié à ses soins. Mais il a encore un titre plus grand à notre reconnaissance, car il a contribué, dans une large mesure, à la conservation de notre individualité comme nation, au maintien de nos droits et de nos libertés, en répandant à prolïision dans les rangs de notre population une éducation perl'ectionnée (pii nous a permis de lutler avec succès |)our la défense de notre glorieux héritage, et surtout de conserver intacts les deux caractères distinctifs de notre race : la religion de nos pères et la langue de nos aieux.
« En disant adieu au siècle cpii emporte avec lui tout ce passé glorieux, nous pouvons regarder avec confiance l'aurore du siècle nouveau, qui nous a si joyeusement accueillis ce matin par un soleil resplendissant, car nous n'avons aucune raison de craindre que l'œuvre que nous chérissons, subisse jamais de trop lourdes épreuves pendant le cours de la longue carrière dévolue à notre institution.
« Le Séminaire de Nicolet, en elfet, n'a rien à redouter de l'avenir. Entouré des profondes sympathies de notre population, dirigé par des supérieurs prudents et habiles, assuré de la protection vigilante de nos évèques et du clergé de ce diocèse, il continuera sa marche progressive et ascendante à travers les temps à venir, et accomplira vaillamment et glorieusement le rôle qui lui a été assigné i)ar ses fondateurs, en répandant à pleines mains les bienfaits de l'éducation dans les rangs d'une population de plus en plus avide de s'instruire, et dont les intérêts sont depuis longtemps unis aux siens par des
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liens indissolul)les. Et lorsque l'annaliste de l'aveniraura réuni à son tour les matériaux épars de l'histoire du deuxième siècle d'existence du Séminaire de Nicolet, lorsque ses élèves anciens et nouveaux seront convoqués, eux aussi, pour célébrer ce deuxième centenaire, ils pourront, après avoir mesuré la distance parcourue et les progrès réalisés, entonner, comme nous le Ferons ce soir, un Te Deiim retentissant pour remercier Dieu des succès remportés et des triomphes accomplis ; et ses directeurs, en contemplant avec émotion l'arbre géant planté autrefois par M**'' Plessis, pourront se dire, avec la même admiration et le même légitinie orgueil que ceux d'aujourd'hui : Cet arbre a bravé les orages et les tempêtes pendant deux siècles, et, avec la protection divine, il vivra bien quelques siècles de plus ! »
M. l'abbé Lecocq, de Montréal, supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice, invité à dire quelques paroles, complimente la maison sur son jubilé dans des termes qui nous font viven'ient regretter de n'avoir pas son discours.
Il se lelicite en particulier « de l'étroite union que la divine Providence a formée entre les deux séminaires».
«M. l'abbé Lecocq, écrit La Patrie, a fait un de ces bijoux de discours dont il a le secret. «Le (Canada, a « dit le distingué abbé, célèbre, aujourd'hui, l'une de ses « gloires les plus vraies et les plus pures. La commu- « nauté de St-Sulpice conserve beaucoup d'attachement « pour la vieille maison de Nicolet.
«Le Collège canadien de Rome, vieux de quinze ans (( seulement, est fier d'avoir donné l'évêque qui s'est fait « entendre, ce matin, dans la chaire de la nouvelle « chapelle. »
lOcS SKMINAIHK DK NICOLKT
Poésie récitée pm- rauleiir, M. Louis Fréchette, de Montréal, grellier du Conseil Légisiatil", docteur es lettres, membre de la Société Pvoyale du Canada, et lauréat de l'Académie IVançaise.
AU COLLÈGE l^E NICOLET
A I.'<!C(:ASI0N Dl CENTENAIRE DE SA FONDATION
A l'àgc OÙ l'homme sent battre son cœur plus vite Sous les souffles féconds du divin F"lorcal, Où tout autour de lui le caresse et l'invite A se laisser bercer dans un rêve idéal ;
Où tout n'est ciu'espérance, enivrement, aurore; Où sous les purs rayons de l'horizon vermeil, I^a vie ouvre son aile, et l'âme semble éclore (>omme une fleur céleste aux baisers du soleil ;
O Nicolet ! à l'âge où l'on rit, où l'on aime. Où l'on voit chaque jour passer devant ses yeux Quelque lambeau doré de l'éternel poème Qui chante aux cceurs naïfs l'avenir radieux ;
Un étranger, hélas ! sevré de toute ivresse. Jeune encore, et déjà désireux d'oublier, l""rèle épave échappée à la vague traîtresse. Vint baiser en pleurant ton seuil hospitalier.
Son front avait longtemps ruisselé sous l'orage ; Ses pieds avaient rougi les cailloux du chemin ; Un vent d'épreuve avait désarmé son courage: Quelqu'un qui l'aperçut vint lui tendre la main.
De profonds dévoùments, nature inassouvie,
Le bon ange eut pour lui des mots réconfortants ;
Et, devant ce vaincu précoce de la vie.
Ta porte, ô Nicolet ! s'ouvrit à deux battants.
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Dans l'arche à la merci des flots noirs du déluge, La colombe rentrait avec son rameau vert ; C'était le port serein, l'asile, le refuge. L'oasis émergeant des sables du désert.
Au lutteur épuisé la Paix offrait sa palme ; La douce quiétude avait enfin son tour ; Après les jours troublés, une atmosphère calme De généreux oubli, d'indulgence et d'amour !
O sainte Aima Mater, j'ai revu tes portiques
A tes enfants toujours si largement ouverts.
Ton site inoubliè, tes abords poétiques.
Et tes vieux pins croulant sous l'assaut des hivers ;
J'ai revu ton doux seuil, j'ai revu ta couronne
De parterres fleuris et d'odorants buissons.
Tes grands murs aux tons clairs et joj'eux qu'environne
Un réseau de bosquets pleins d'ombre et de chansons ;
J'ai revu ton clocher tout blanc que le ciel dore. Ton antique chapelle où nous priions tout bas. Et tes vastes préaux et ta salle sonore, Complices journaliers de nos bruyants ébats.
Et quand de tes sentiers j'ai suivi les méandres. Dont les échos semblaient reconnaître ma voix. Mille chuchotements familiers et tendres Ont redit à mon cœur ces choses d'autrefois.
Ils m'ont redit tes soins, ta bonté maternelle. Ton noble esprit vibrant en touchants unissons, La douce paix des jours écoulés sous ton aile. Tes exemples pieux et tes saintes leçons.
Et pourtant, évoqué par cette voix amie.
Nul de ces souvenirs l'un à l'autre lié
En moi n'a pu surprendre une fibre endormie :
Mon cœur reconnaissant n'avait rien oublié.
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Non ! et c'est là ma joie en ce beau jour de Fête, De sentir, abrité de nouveau sous ton toit, Que si de longs hivers ont neigé sur ma tête. Ils n'ont rien refroidi de mon amour pour toi.
O mon vieux Nicolet ! penciie ton front, regarde L'essaim de tes enfants sous tes yeux réuni; Toutes les lèvres n'ont qu'un seul cri : Dieu te garde ! Il n'est dans tous les cœurs qu'un seul vœu : Sois béni !
Oui, sois bénie, ô mère! Instruis, console et prie! Que vers ton noble but rien n'entrave tes pas ! Enfante des héros pour la double Patrie : La grande de là-haut et celle d'ici-bas !
Et moi, quand je verrai mon dernier sommeil luire. Que la mort m'étreindra dans soi; cercle étouffant. Mon grand regret sera de ne pouvoir te dire: Le vieillard a paj'é la dette de l'enfant !