MIL NEUF CENT TROIS
En ce jour où le Séminaire, D'allégresse tout radieux.
Fête sou premier centenaire.
Quel prestige enchante nos yeux !
Quel miracle nous environne !
Sous le siècle qui le couronne Et qui nous le montre embelli, Sous le siècle qui le décore.
Le vieux collège est jeune encore Et son peuple n'a pas vieilli.
L'asile aimé de ma jeunesse Dans ses grands traits n'a pas changé ; Pour que chacun s'y reconnaisse.
On n'a presque rien dérangé.
116 SÉMINAIUK DK MCOLKT
Je suis chez nous, je me retrouve, Je ne sais ([uel l)()nlieur j'éprouve.
Mes grands paients sont devant moi :
Proulx et Ik'Iieinare et Douville.
Tout mou cctur frémit et jubile.
Je ris et je pleure d'émoi.
Oui, c'est assez que je revoie Ce cher Nicolet familier.
Pour que de tendresse et de joie Je pleure comme un écolier. - Parmi ceux dont je suis le frère.
Auprès de mon Auguste Mère, Je deviens l'enfant d'auti'etois ; Et c'est ce naïf enfant même Qui s'épanche dans ce poème Et qui palpite dans ma voix.
C'est toi, c'est toi, noble patrie.
D'où ce lyrisme est émané.
Où cette flamme fut nourrie.
Où mon cœur de poète est né.
Ma lyre module à tes brises
Les strophes qu'elles m'ont apprises
Sous tes hêtres virgiliens ;
Et pour qu'elle se fasse entendre
Il me suffit de la suspendre
A leurs rameaux éoliens.
Salut, légendaires ombrages.
Où Laflèche expliquait les cieux, Où Ferland méditait les pages De l'histoire de nos aïeux !
O bois, dans ton grave silence.
Les voix de la jeune éloquence Nomment Gérin, je les entends !
Les immortels d'une autre époque.
Bois des muses, je les évoque Dans le miroir de tes étangs.
FÊTES DU CENTENAIHE 117
Salut, magnifique demeure.
Si belle en ton antique orgueil, Et si gracieuse à cette heure.
Si magnifique en ton accueil 1 Nicolet ! je t'aime et t'admire Et c'est ton charme qui m'attire, A ce triomphal rendez-vous.
Sous l'ombre de ta croix latine, O cher clocher, mon front s'incline Et je sens fléchir mes genoux.
Salut à toi, brillant symbole De la sphère qui s'élargit.
Toi chapelle dont la coupole Pour l'apothéose surgit!
Dans le ciel d'or de ton abside C'est Plessis qui trône et préside.
Et quand le cygne du Cédron Chante avec l'orgue dans le psaume, L'autel brille, l'autel embaume.
Comme aux jours des Thomas Caron.
Et toi. Maison, nef illustrée, ,
Salut à tes vieux murs savants !
Des prélats qui t'ont consacrée
Tu gardes les reflets vivants.
Au milieu de cette assistance.
Nous avons senti la présence
Des morts, des saints que nous pleurons.
Hommes du jour, vénérés prêtres.
L'immortalité des ancêtres
Resplendit sur vos doctes fronts.
O fidèles gardiens de l'arche.
Gardiens des cahiers de la loi.
Vous dont les fronts de patriarche.
Blanchissent dans la vieille foi.
Vous, ornement des sacerdoces.
Vous qui nous conviez aux noces
11 (S SÉMINAIHK I)K NK.OLKT
De vos j)lus intimes iiniours.
Hommes d'étiule et de piière, Par la famille tout entière.
Soyez toujours aimés, toujours!
Pour (le si larges sacrifiées.
Pour tant de nobles dèvoûments.
Pour les pardons et les justices Des paternels et des cléments.
Pour tant de zèle et de tendresse.
Je vous rends grâce, et je m'empresse A vous louer, à vous bénir.
Au nom du siècle qui se lève.
Au nom même de l'avenir.
Un jour, le roi des vers, Horace, S'endormit sur le mont Vultur, Kt dans un songe qu'il retrace.
Vit tout un vol d'oiseaux d'azur.
Sur sa couche il les vit descendre Et son oreille crut entendre Le bruit d'ailes des bleus ramiers.
Quand leurs voltigeantes colonnes Vinrent le couvrir de couronnes.
De myrtes verts, de verts lauriers.
De loin nous avons vu la gloire
Des portiques nicolétains.
Et — tels ces oiseaux de mémoire
Qui fréquentent les monts latins —
Frères qu'un souvenir rassemble.
Nous voici tous, otTrant ensemble
Toutes les palmes de l'honneur,
A l'auguste savant qui veille.
Comme au grand défunt qui sommeille
Sur les collines du Seigneur.
Demain peut-être sera morte La voix timide de celui
FKTES DU CENTENAIKE 119
Qui sur les marches de la porte Chante au beau soleil d'aujourd'hui.
Mais avant que la nuit divine Voile la route où je chemine, Pèlerin d'un culte immortel.
Je viens redire ma louange Sous la grande aile de l'Archange, Sous le rayon de Raphaël.
(>hcr Séminaire, cher Collège, La croix et le livre à la main.
Suis l'aile d'or qui te protège Et qui t'indique le chemin.
Malgré les Vents et les orages.
Dans le cercle immense des âges.
Soutiens ta calme ascension.
Vers ces lumières éternelles.
Ce chœur d'étoiles fraternelles :
Les Arts et la Religion !
Poésie récitée par l'auteur, ^L Adolphe Poisson, fonctionnaire civil, d'Arthabaskaville, docteur es lettres, membre de la Société Rovale du Canada.
Lorsque nos jours s'en vont avec tant de vitesse. Quel doux bienfait du ciel que de se souvenir ! Grâce à lui nous vojons sans regret ni tristesse S'allonger le passé quand décroît l'avenir.
Aussi moi qui n'ai vu qu'une trop courte année S'écouler sous ce toit de calme et de bonheur. J'accours pour célébrer cette grande journée. Car de VAlma Mater c'est la fête du cœur.
120 SÉMINAIRK I)K NICOLET
Ici, tout séduit l'ct-il et tout charme l'oreille. Adieu les durs travaux, adieu les noirs soucis ! Pour lêter le présent le passé se réveille Et nonune avec orgueil le beau uonide Plessis.
La grande ombre aujoin'd'hui plane sur cette enceinte. Car ce toit séculaire est toujours sa maison. Puisqu'il en est le père et que cette œuvre sainte Kst, grâce à ses efforts, en pleine floraison.
Pour les premiers besoins de l'école naissante, S'il prodigue son or, son temps, sa volonté. C'est que son <Eil a vu la maison languissante Porter déjà le sceau de l'immorlalité.
Qui sait ce qu'il fallut de sublime courage. De confiance en Dieu, d'espoir en l'avenir Pour vaincre les périls et conjurer l'orage. Pour fonder cet asile et pour le maintenir !
L'œuvre sut résister aux obstacles sans nombre Et se développer sous un ciel orageux.
Car Plessis désirait qu'elle grandit dans l'^imbre A l'abri des regards d'un pouvoir ombrageux.
Et pour patron prenant Raphaël, cet archange
Qui toujours veillera sur son pas chancelant.
On vit bientôt briller cette noble phalange :
Brassard, Haimbaud, Léprohon, puis Laflèche et Ferland.
Enfin le père Thos, figure (pi'on vénère. Prêtre à l'esprit si large, au cœur si bienveillant. Dans ses colères même il était débonnaire. Et quand il gourmandait c'était en souriant.
Tous ces éducateurs, obstinés à leur tâche. Succombent à la peine et passent leur espoir A d'autres qui comme eux, travailleurs sans relâche. Se donnent tout entiers au plus noble devoir.
Aussi nous leur devons ce qu'aujourd'hui nous sommes. Car le présent témoigne en faveur du passé. Ht l'avenir encor saura faire des hommes, . Le chemin de l'honneur se trouvant tout tracé.
Enfants de Nicolet, présentons nos hommages
Au vaillant successeur de ces humbles héros.
Qui dans son cœur portant leur force et leur courage,
A droit au même honneur comme au même repos.
Il est digne de ceux qu'il fait si bien revivre Dans cette œuvie (D où son cœur ne sut oublier rien. Mais parmi tous ces noms inscrits dans son beau livre Il en manque un pourtant, et ce nom c'est le sien.
() I iiis lie Nicolet, vous dont la cime altiére. De l'œuvre séculaire ombragea le berceau ; Arbres géants pour qui notre vie éphémère Vaut à peine les jours du plus faible arbrisseau ;
O vous qui sur\'i\ez à toutes les tempêtes.
Qui défiez le ciel et qui narguez le temps,
Nous les témoins muets de tant de belles fêtes,
Quand nous ne serons plus, vivrez-vous dans cent ans?
Oh ! oui, vous serez là, mais ce sont d'autres hommes Que vous protégerez de vos ranieau.x vivants. Tandis que notre cendre, insectes que nous sommes. Depuis longtemps sera jetée aux quatre vents.
Kt lorsque dans cent ans, d'autres encore à naître. Comme aujourd'hui viendront évoquer le passé, O pins qui survivrez, puissiez-vous reconnaître. Dans les vivants d'alors tout un monde éclipsé !
(1) L'Histoire du Séminaire de Nicolet par M. l'abbé Douville, aujourd'hui Mgr Douville, supérieur.
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Il restait encore cinq orateurs à entendre pour remplir le prograninie: M. l'abbé O'Donnell, curé de Saint-Pbilippe de Boston, M. l'abbé C.-K. Bruneault, curé de Holyoke,M. Eugène Clrépeau, C.. R, avocat, d'Artbabaskaville, M. Jacques Bureau, avocat et député aux Communes du Canada, de Trois-Rivières, et l'auteur de ces pages.
Il eut été agréable à nos lecteurs, sans doute, de lire tous ces discours. C'était aussi le désir exprès du Séminaire qu'ils fussent reproduits, ici.
N'ayant pu nous les procurer tous, nous imprimons
néanmoins les deux qui suivent, destinés à terminer la
dernière séance.
DISCOURS OK M. l'aBBK PHILIPFE-J. o'dOXXELL