UNE PAGE DE LHISTOIRE NATIONALE
La fondation de Nicolet coïncide avec les jours les plus ditïiciles de notre existence nationale : l'époque des menées séduisantes de la bureaucratie politique, civile et religieuse qui régnait alors au Château de Québec, souveraine et méchante.
Il serait cependant injuste de tenir le peuple anglais
responsable des misères que nous avons endurées de la
part des fanatiques de ces temps éloignés. Leurs menées
odieuses ne donnaient pas la vraie mesure des sentiments
' de cette nation à notre égard.
Pour atteindre son but, la clique du Chàtedii avait successivement employé l'intimidation, les artifices de la ruse, et le miroitage des honneurs civils. Mais l'habitant était resté aussi inditlérent aux otïres des faveurs qu'aux menaces du Familij compact. Kt cependant, toutes ces vexations du favoritisme ne l'avaient pas empêché, à l'occasion, de combattre sans arrière-pensée sous les étendards anglais.
Après plus de trente ans de tentatives infructueuses, les onglifieurs changent subitement de tactique. Ils se
170 SKMINAIHK I)K NK.OI.KT
l'ont les amis, les })r()lectc'urs de Jean-Baptiste. VA dans lenr beau zèle, ils lui ollrent en pur don, pour l'avantage de ses ejilanls, tout un système d'instruction publique (jratiiite. L'Institution Royale est immédiatement fondée en Angleterre, pour subvenir aux besoins des loyaux sujets canadiens de Sa Majesté. A Québec, le Château lait grand zèle pour activer l'organisation de la macbine. Hrél, les choses allèrent si bien que, dès 1800, il y avait déjà dans presque tous les centres de la province, des écoles neutres gratuites, richement outillées et dirigées par des instituteurs suisses du calvinisme le plus pur.
La tactique était habile. L'oflre des écoles gratuites était séduisante; la f< bourse » approuvait et «Baptiste inclinait. » Le danger était réel. Mais « Josette » ne l'entendait pas du tout de la même oreille. Confier l'éducation de ses dix garçons et de ses huit fillettes à des écoles sans Dieu, lui semblait une proposition infernale. Il ne fallait pas lui parler de cela. A la fin, pour calmer les angoisses de la mère, et faire taire les avarices de sa « bourse », « Jean-Baptiste « alla consulter son curé, et .... la question des écoles neutres dans Québec était réglée i)our toujours.
Le clergé catholique rencontra cette nouvelle manœuvre de la bureaucratie en ouvrant lui-même des écoles gratuites par toutes les campagnes ; et chaque curé, au besoin, se fit instituteur des enfants de sa paroisse.
(^e fut sous l'inspiration de ce sentiment religieux et patriotique, que le vénérable curé Brassard (Oh ! le
IKTKS Dl C.KNTENAIHE 171
grand honiine !) ouvrit, en 1800, la petite école gratuite de Nicolet pour les enfants de sa paroisse, et ceux de la Baie-du-Febvre.
Telle est l'origine de notre système d'enseignement primaire. Les modifications qu'il a subies depuis, n'ont pas changé les principes sur lesquels il a été établi, il y a aujourd'hui cent ans.
Et, les fêtes du 10 courant, à Nicolet, ne seront pas seulement celles du centenaire du collège, mais elles seront encore les fêtes du jid)ilé de l'instruction publique dans notre pays.