ADRESSE DES ANCIENS ÉLÈVES AU SUPÉRIEUR
« Monsieur le Supérieur,
«Les anciens élèves de Nicolet viennent de nouveau saluer avec grande joie leur très chère Aima Mater, arrivée maintenant à l'âge vénérable de cent ans.
«Nous lui offrons, en votre personne, nos hommages les plus respectueux, notre amour, notre attachement, notre reconnaissance infinie, au souvenir des soins si doux, si intelligents qu'elle nous a prodigués dans notre jeunesse.
«Nous sommes heureux, charmés de la revoir resplendissante de santé, aussi forte, aussi belle, aussi fraîche, aussi aimable, aussi gracieuse qu'autrefois. I^es injures du temps n'ont pas eu de prise sur elle ; au contraire, elle grandit encore, et sa jeune famille, nos jeunes frères si nombreux, si gais, si joyeux, si pleins de vie, nous disent assez combien elle est favorisée de l'abondance des grâces divines.
«Llle a toujours eu la sagesse de retenir auprès d'elle, pour l'administration de sa maison, une élite bien choisie de ses meilleurs enfants, les mieux façonnés à la ressemblance des pères et des aînés de sa famille.
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«On (lisail de noire temps (jue resliniahle et savant M. Fèrland était une copie vivante du très illustre Iondateur de ce Séminaire, Monseigneur Plessis, d'une humeur toujours charmante, que le temps iïit mauvais ou (|u'il lût heau ; que le hon M. Thonuis (laron était la continuation de M. Léprohon, directeur modèle et si aimé des élèves de Nicolet.
«Il ne serait pas difficile de trouver, dans le personnel d'aujourd'hui, des ressemblances non moins frappantes de ces sages, si distingués et si resj)cctés mentors des époques précédentes.
« C'est là le secret de l'attachement inaltérable des anciens élèves (et des non vaux sans doute) pour cette maison bénie; c'est aussi la raison du charme qu'ils éprouvent à penser à elle, à parler d'elle, à la revoir, à la revoir surtout en toute occasion ; on y est toujours si bien accueilli.
« Ces sentiments de respect et d'amour, les charmes des souvenirs ne pourront que s'accroître, maintenant qu'on peut lire l'histoire intime de son premier siècle, histoire si remplie de faits intéressants, des noms vénérés des fondateurs, de bienfaiteurs, de professeurs et d'élèves distingués ; si abondante en réminiscences touchantes qui auraient pu se perdre sans ces précieux volumes.
«Pendant (jue nous étions heureux sous ce toit paternel et hospitalier, nous pensions trop peu à qui nous devions ce bonheur ; nous ne soupçonnions pas que nos supérieurs, directeurs et administrateurs, étaient, dans ce même temps, embarrassés de questions de finances menaçant la prospérité et l'existence même de ce cher Séminaire. Que de sacrifices et de peines il leur a fallu subir pour en triompher!
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« Quelles admirables preuves celte histoire nous donnet-elle du dévouement, du zèle généreux et éclairé du clergé de cette province pour la bonne éducation de la jeunesse canadienne! L'assistance du clergé était toujours, en effet, la ressource linale ; dan ; les temps de pénurie, les évèques et les curés vidaient volontiers leurs caisses, grandes ou petites, pour les besoins du cher Séminaire.
« Merci, M. le Supérieur, de nous avoir révélé les noms de ces bienfaiteurs cachés ou trop peu connus; il était juste qu'ils fussent proclamés à la fin du premier siècle ; il est juste aussi qu'ils soient associés dans nos vœux de reconnaissance à tant d'autres si bien gravés dans nos cœurs depuis longtem})s.
«Malgré k\s grandes épreuves du premier demi-siècle, grâce à Dieu, les succès de votre institution n'ont pas cessé d'être brillants, la bonne renommée de Xicolet, comme foyer d'enseignement, a conservé tout l'éclat de ses débuts ; et le progrès si manifeste aujourd'hui, nous promet un second siècle d'une prospérité plus grande encore, maintenant que l'établissement est si parfaitement consolidé sur ses bases.
« La première gloire du Séminaire de Xicolet est apparue très brillante dans son fondateur, AP'" Plessis, de patriotique et sainte mémoire, la plus belle figure de l'épiscopat canadien-français, réunissant dans sa personne la science et les vertus d'un grand évêque, la sagesse, la fermeté, la clairvoyance et l'influence d'un grand homme d'Etat; elle a paru de même dans M. Jean Raimbault, supérieur de son choix, son habile et patient collaborateur à l'exécution de ses desseins ; dans
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ses deux successeurs ininiédiats, Nos Seigneurs Panet et Signa3\ continuateurs de son œuvre de Nicolet, avec la même générosité et le même dévouement; dans M. Léprohon, diiecleur providenliei si longtemps vénéré comme l'ange contlucleur des élèves. (À^s noms inspiraient au public une conliance parfaite dans les succès de la nouvelle institution.
« De lait, cpiand les premiers élèves eurent pris j)osition dans le clergé et les professions libérales, d'autres gloires apparurent et le succès était prouvé. Le Collège-Séminaire de Nicolet fut tout de suite mis au rang des grandes institutions d'enseignement classique de notre province.
« Dans cette maison on ne saurait prononcer trop souvent les noms illustres ([ui lui ont conquis cette belle réputation et l'ont soutenue dans la suite par leurs œuvres; noms justement honorés dans l'église du Canada et si vénérés surtout dans la famille nicolétaine :
«Monseigneur Provencher, élève du premier cours, évàngélisateur des indigènes, fondateur de l'église du Nord-Ouest, et premier évèque de la Rivière-Rouge, diocèse du Manitoba ;
«Monseigneur Cooke, élève du même cours, curé, grand vicaire et premier évèque du diocèse des Trois- Rivières ;
«Monseigneur Prince, évè(|ue, coadjuteur de l'évèque de Montréal, premier évèque en titre du diocèse de Saint-Hyacinthe ;
«Monseigneur RaiJlargeon, curé, évèque coadjuteur, puis archevècjue de Québec ;
«Monseigneur Lattèche, missionnaire évàngélisateur des peuplades sauvages du Nord-Ouest, puis professeur de sciences, préfet des études et supérieur à Nicolet, évèque coadjuteur et successeur de M^' Oooke sur le siège éi)isc()pal des l'rois-Rivières ;
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« Monseigneur Moreau, assistant-secrétaire de révèciue de Montréal, premier secrétaire de l'évèque de Saint- Hyacinthe, plusieurs fois administrateur de ce diocèse en l'absence des évêques, puis évèque en titre de Saint- Hyacinthe.
« Otte liste représente, pour chacun, de glorieux états de service, dans des charges élevées, toujours confiées à des hommes du plus haut mérite.
« Nous ne nommons que les évèques, mais que d'autres élèves de cette maison, distingués dans les carrières ecclésiastiques, dans l'enseignement et la prédication, auraient porté dignement la mitre et la crosse, si le nombre des diocèses n'avait pas été nécessairement limité, dans notre province française.
«Nous entrons dans un second siècle et déjà nous avons un jeune évèque, choisi dans ce séminaire même, appelé par le Souverain Pontife Léon XIII, })ape de toutes les lumières, à passer directement de sa chaire de professeur au trône épiscopal. C^ette élection, M. le Supérieur, honore autant votre maison que le digne prélat lui-même.
« Ces faits démontrent que le Séminaire de Nicolet a bien atteint le but principal de sa fondation en fournissant à l'Kglise une large part de hauts dignitaires et de collaborateurs à toutes ses œuvres.
« Du côté des laïques, nous pouvons dire également que le drapeau de Nicolet a toujours été tenu i'erme, à une hauteur bien visible et remarcjuable. Parmi les anciens élèves distingués dans les palais de la justice, par leur savoir et leur élo(}uence, une proportion honorable et bien digne de nos hommages a pris place sur les bancs des juges. De là, l'un d'eux fut élevé à la dignité suréminente de Lieutenant-Gouverneur de Québec, la plus haute distinction constitutionnelle qu'un citoyen
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(le notic |)r()\iiu'e puisse comoilcr, rcprésenlanl l'autorité royale parmi nous.
« Un siège à la C.our Su])iènie du Canada, haut tribunal dappel, établi i)our toutes les [)rovinces faisant partie de notre Confédération, a été occupé })ar l'un des nôtres, avec une compétence remarquable.
«Enfin, nous trouvons un peu partout des Xicolétains en vue, au rang des sommités, dans les chambres parlementaires, dans la médecine, dans le notariat, dans toutes les carrières civiles, dans les arts et les métiers, en i)r()i)()rti()n de leur nond)re, même à l'étranger.
«Dans l'armée formidable de la réi)ubli(|ue des Lettres, nous avons de valeureux soldats et tle brillants oHiciers, dans loi; s les bataillons, tous prêts à tirer l'épée contre les ennemis agresseurs de nos droits civils et religieux, et contre les contempteurs insolents de notre nationalité. Les immortels de la grande Académie française nous ont fait l'insigne honneur de couronner l'un de nos poètes,
«En parlant des gloires de Nicolet, nous n'avons pas la pensée d'éclipser d'autres institutions enseignantes, sachant fort bien que chacune, dans l'occasion, })()urra, comme nous, enrichir son histoire de noms très honorés dans l'Eglise et dans la vie civile. Nous constatons simplement avec satisfaction (jue la nôtre est au nondjre des meilleures et des plus favorisées.
«Nous avons tous fait l'expérience de la vie de collège, des débuts dans le monde, de l'embarras du choix d'une carrière [)armi celles qui s'offraient à nos aspirations ; nous avons tous choisi, selon nos goûts et nos ai)titudes, les plus favorables à nos projets d'avenir.' Maintenant lequel d'entre nous voudrait dire ([ue la plus belle, la
plus heureuse période de sa vie n'est pas celle de ses années passées dans ce Séminaire de Nicolet?
« An collège, le jeune homme n'a pas les soucis et les incjuiétudes de l'existence; elle lui est assurée par les siens; puis il reçoit ici, outre l'instruction, tous les soins et les attentions donnés aux entants dans les familles les plus sages et les plus pieuses, même sous les rapports de l'hygiène et de la hienséance, partie essentielle de la bonne éducation.
«Au collège, tout le travail exigé de l'élève a pour but le développement et la culture de sa propre intelligence. Cette culture lui est donnée par de bienveillants et laborieux professeurs, dévoués à cette tâche comme pour l'amour de. Dieu. Quand l'élève a bien fait sa part. 'de travail, tout à son seul avantage, et qu'il a réussi à souhait, il est honoré de gracieuses récompenses, comme s'il avait rendu service à ses directeurs et professeurs. — Et quelle grande faveur attendent-ils de lui, ces directeurs et professeurs, si ce n'est la satisfaction d'avoir formé un homme instruit, probe et vertueux, un sujet capable de devenir un digne serviteur de l'Eglise dans le ministère sacré, ou un utile et honorable citoyen dans le monde? .
« L'étudiant qui recevrait de mauvaise grâce cette admirable sollicitude à son égard, ce travail fait en commun pour orner son esprit de sciences et son cœur de vertus, afin de l'introduire dans les bonnes voies de la vie, dédaignerait le don le plus précieux qu'on puisse désirer sur la terre ; celui-là serait un prodige d'ingratitude et le plus grand ennemi de lui-même.
«Exceptionnellement doux et agréal)le, le . sort des collégiens est envié par la grande multitude de la jeunesse du dehors, les considérant comme des privilégiés, comme des favoris de la Providence. Le collège, en
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etîel, est une (oinmiinaiité (renfanls choisis dans les bonnes l'aniilles des campagnes el des villes. On y conmu'nce avec eux un commerce d'estime et d'amitié IVaternelle, charmant et utile, durant aussi longtemps que l'on vit.
«Voilà des hienl'aits et des jouissances (|ue nous de\()ns tous au (Collège-Séminaire de Nicolet. Voilà le motif ([ui nous réunit aujourd'hui, auprès de cette excellente Alimi Mater, pour lui donner la preuve de notre très filiale afï'ection.
«Maintenant, M. le Supérieur, que dire du splendide édifice qui nous abrite pour la première fois, monument destiné à commémorer la fin d'un siècle et le commencement d'un second ! C'est grand, c'est magnifi(jue, artistement fait et du meilleur goût. On n'aurait pu concevoir rien de mieux approprié pour couronner les travaux d'un siècle d'une belle et grande institution comme la vôtre.
«Que l'illustre et saint évèque qui l'a fondée par amour du bien, (jue ses dignes successeurs et collaborateurs, également désireux de rendre impérissable cet établissement, que toutes les bonnes âmes dévouées à son service durant ce siècle, ont dû bénir, du haut du ciel, cette heureuse idée, si toutefois l'inspiration même n'en est pas venue de si haut !
«Réjouissons-nous de sa complète réalisation avec un degré de perfection vraiment admirable. Ce spectacle enchanteur pourrait bien faire regretter aux anciens de n'être plus à làge de recommencer leur cours d'étude.
«Adieu, jolies miniatures en bois autrefois en usage j)our l'enseignement de l'architecture religieuse; les
élèves auront désormais tous les jours sous les yeux, des niotlèles décoratils parlaitenient aj)i)liqués et bien propres à développer le sentiment du beau.
« Qu'il nous serait agréable, M. le Supérieur, de pouvoir dire qu'un tel monument est, au eomplet, le don gracieux der. anciens élèves à leur Aliud Mater, à cette date si mémorable de son existence ! C.ependant, la fortune n'ayant pas assez secondé leurs vœux et leurs désirs, ils vous présentent volontiers le produit de leurs modestes contributions (|ui, avec celles plus abondantes des anciens condisciples ecclésiastiques, s'élèvent au total respectable de $40,000. »