‹ Le Séminaire de NicoletChapitre 8 sur 33 · LE BANQUET · texte numérisé non relu

LE BANQUET

Après la messe, le banquet, le banquet en plein air.

Sa Grandeur M^'" Gravel est appelé à y présider.

Des tentes immenses avaient été dressées au nord-est de la vieille cour, où les écoliers ont coutume de prendre leurs ébats.

D'un côté, les champs cultivés s'étendent au loin, de l'autre, la grande cour des élèves, les jeux, puis le bois qui confine à « Versailles ».

Sous les tentes, où se tamise si agréablement la lumière, des tables innombrables chargées de fleurs, de

fruits, de mets de toute sorte; des pavillons de toutes couleurs jouant dans les voûtes, une distribution générale, un arrangement tel du menu sur les tables, qu'il semble que pas un détail n'ait échappé à l'attention, la foule, tout cela oflVe le coup d'œil le plus varié, le plus animé, le plus gai qu'il soit possible d'imaginer. Nous sommes environ un millier de convives, (i^ La fanfare du Séminaire nous donne, d'airs canadiens harmonisés par M. le D"" Desjardins, de Montréal — un ancien élève — le plus réjouissant concert. Homme de délicieuse compagnie ce D"^ Desjardins, et musicien de goût !

Ajoutons, pour être complet, un service comme à la militaire par des écoliers qui volent au moindre signe, et un appétit qui rappelle, nul doute, en certains quartiers— le mien est du nombre! — les fameux repas du Séminaire, les jours de fête, quand on était servant de table.... (2)

En dehors des sièges réservés aux dignitaires ecclésiastiques ou civils, aux officiers de l'organisation, la distribution des places est faite par années correspondant à celles du cours d'études, ce qui permet aux anciens camarades de manger ensemble.

(1) Des calculs plus sûrs donnent 1060 personnes sous les trois tentes, réparties comme suit: 40 invités spéciaux, 700 anciens élèves, et 320 élèves, séminaristes, régents et prêtres formant la communauté de 1903.

(2) Il y avait aussi du vin, parfois, ces jours-là, à la procure. Une fois, cependant, l'échanson qui était nouveau, se trompe et, au lieu d'une ronde de claret, c'est une lampée de cognac qu'il sert aux chanteurs.... Mais qu'est-ce que cela? Un musicien qui bat la mesure, c'est comme un militaire qui garde le pas, jamais ça ne bronche !

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Cette disposition est heureuse. Aussi, quel entrain ! Quelle douceur ou mieux quel bonheur de partager ensemble de telles agapes! Quùm bonnni. . . . !

C'est vraiment la journée où l'àme communie à ce qu'apportent de plus doux les souvenirs de prime jeunesse.

Après le banquet, quelques classes ont la bonne pensée de se tenir ensemble, ou pour former un petit conventum, ou pour se faire photographier. On me dit : Vous êtes attendu ; mais je fais si bien qu'en atteignant la vieille pyramide à jour du jardin où je dois aller, sauf deux ou trois lidèles, les autres sont en retard comme moi, ou n'ont pu tenir en place.

Il parait que bon nombre d'élèves, amis ou camarades de classe, ayant eu la chance de se réunir, dès la matinée, et ne voulant pas risquer de se perdre de vue, passèrent ensemble le temps libre dans les chambres.

Ils avaient voulu goûter encore de plus près, plus intimement, l'illusion des anciens jours.

Que ceux qui ont éprouvé dans leur vie ce qu'a de charmes l'amitié, nous disent s'il en peut naître ailleurs qu'ici de plus profonde, de plus fidèle ou de plus vraie. 0 les impressions du jeune âge ! 0 primavera . . . . !

J'ai l'honneur de faire une partie du bois de « Versailles » en compagnie de M*''"' Mathieu, recteur de l'Université Laval, l'un des dignitaires invités à la fête.

Qui mieux que M*''' Mathieu pouvait comprendre et goûter tout ce qu'avait de beau et d'émouvant cette inoubliable journée?

FÊTES DU CENTKXAIRK ()9

En parcourant les voies nombreuses du hois, M*-'"" Mathieu songe au Petit-C^ip : «Avec le fleuve, dit-il, on se croirait vraiment là ! »

Chaque côté des sentes vermeilles qui se croisent, ici et là, des statues, des inscriptions. A un certain endroit, une étendue d'eau, peu profonde, au bord de laquelle les voies se réunissent. On traverse au moyen d'un pont appelé « Pont-Saint-Ange ». Il ne manquerait plus (pie la forteresse du même nom, de l'autre côté, pour les écoliers récalcitrants, si ces jeunes citoyens qui habitent une «république idéale», n'étaient d'ailleurs de stricts observateurs des lois. Au lieu d'une prison d'Etat, c'est le bois toujours qui se continue avec ses frais ombrages, sous les érables, les chênes et les hêtres reverdis.

Temps absolument radieux.

Il semble que c'est d'hier que nous avons quitté ce «Nicolet qu'embellit la nature», ainsi qu'on le chante. C'est le même printemps qui s'ouvre aujourd'hui qu'autrefois. (]es premières feuilles ont les mêmes rayons tendres ; elles bruissént légèrement ; les oiseaux s'y bercent encore, et le soleil, toujours jeune, a des sourires d'or dans les branches et sur le sable lin des allées.

Oh ! que je vous reconnais bien, lieux témoins de mes jeunes années, douces émanations chargées de souvenirs comme de parfums, sentiers familiers du vieux parc, où si souvent j'ai goûté votre ombre limie, fière académie, où j'entends encore tant d'échos, tout vibrants de patriotisme ! Il me semble entendre l'un de mes

camarades de classe, au verl)e profond et sonore, si fidèle ami du bien-dire, qu'il est devenu, depuis, sans s'en apercevoir, l'un des piètres les plus éloquents du clergé nicolétain : J'ai nommé l'abbé Jutras, curé de Saint-Patrice de Tingwick.

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