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SERMON DE SA GRANDEUR M“ BAUNEAULT ÉVÊQUE DE TURUNA

Magnificat anima mea Dominum, quia fecit mihi magna qui potens est.

« O mon âme, glorifie le Seigneur Dieu,

car il a fait en moi de grandes choses, »

(Lue, E, 46, 49),

« Messeigneurs, mes frères,

« Élever des hommes et grandir un peuple, c'est assurément l'une des plus hautes et des plus nobles fonctions sociales. Au témoignage de l'Évangile (St Jean, XVI,21), si laborieux qu'ait été son travail de gestation, une mère se réjouit toujours de ce que par elle un homme est né au monde, A combien plus forte raison, l'A/ma Mater des Nicolétains n'a-t-elle pas lieu aujourd'hui de se féliciter de sa féconde maternité depuis un siècle!

«1803 — /n memoriam— 1903! Quelles dates et quelles paroles pour nous tous! Centenaire, oui centenaire, notre chère maison de Nicolet ! Centenaire, et cela dans un pays si jeune et naguère si peu riche! Centenaire, cetle maison catholique et française, et cela dans ce Canada que la France, il y a 140 ans, abandonnait seul et sans ressiurces au pouvoir anglais et protestant !

‘Centenaire, et cela après avoir traversé les jours d'une

histoire si pleine de soucis et d'épreuves, mais toujours de plus en plus riche en solides espoirs! Centenaire, ayec à son crédit tant de travaux et lant de succès! Céntenaire et mère vénérable,— Mater Alma!—d'un si grand nombre d'évèques et de prêtres, de magistrats et de députés, de chrétiens et de citoyens qui ont été quelque chose de la force et de la prospérité de notre race!

FÊTES D! CéNTENAIRE 59

«O âme nicolétaine, glorifie le Seigneur Dieu! En vérité, il a fait en toi ‘de grandes choses. Magnificat anima Dominum.... quia fecit magna.

« Par toi il a fait de grandes choses, car il a fait des hommes. Par toi il a fait de grandes choses, car il a grandi notre peuple et notre race.

«Fils privilégié entre tous de la commune Alma Mater, son enfant d'adoption, l'évêque de Tubunu voudrait, Messeigneurs et mes frères, en cette solennelle circonstance, dire, avec force autant qu'avec amour, la gloire de notre cher séminaire. Hélas! les minutes sont comptées et il me faut absolument être bref.

«Je demande à Dieu la grâce d'être aussi convaincant que je suis convaincu. Puisse sa sainte Mère, Marie, sur les lèvres de qui je suis allé chercher les paroles que j'ose appliquer, avec toute la réserve nécessaire, à mon Alma Mater bien-aimée, voir de là-haut la pureté de mes intentions et bénir ma parole!

« Messeigneurs, mes frères,

« C'est l'honneur de l'Église de fonder des œuvres qui durent et d'assurer aux hommes les faveurs terrestres elles-mêmes les plus signalées. Au nombre de ces bienfaits dont l'Église enric::t le monde, il convient de placer en première ligne : join qu'elle a toujours eu de l'enfance et de la jeunesse.

«L "Église du Canada, fille de Rome et de la France, n'a pas failli à cette tâche. Tout en s'occuy. t des intérêts spirituels de ses enfants, elle n'a pas Pc leurs intérêts d'ici-bas. Et s'il est une race qui doit tout

ce qu'elle a et.tout ce qu'elle est à l'Église catholique, c'est bien la nôtre. Les annales de notre histoire l'établissent admirablement. |

«Il y a cent ans, aux débuts de l'École latine de Nicolet, la première charte de nos libertés, sous le drapeau d'Angleterre, la Constitution de 1791, ne datait que de 12 ans. Nous étions bien faibles comme individus e! comme société. Ce n'est pas tout, en effet, d'avoir un sang généreux dans les veines, un cœur de brave sous la poitrine et une tête solide sur les épaules. Cette tête, il faut l'orner de Connaissances variées; ce cœur, il faut lui apprendre à palpiter et à frémir pour les : aintes et nobles causes: ce sang, il faut lui donner la chaleur et la vie.

«Ça été là, Messeigneurs et Messieurs, qui représentez ici plus spécialement notre Université Laval et nos diflérentes maisons d'éducation, c'a été là pour le Séminaire de Québec et le Collé de Montréal, nos aînés, comme ce le fut plus tard pour les séminaires et collèges qui vinrent après les nôtres, c'a été là, Messeigneurs et Messieurs, le grand et beau rôle du clergé instructeur et éducateur dans notre.cher Canada français. (C'a été là aussi, nous avons le bonheur de pouvoir le proclamer avec autant d'assurance que de légitime orgueil, le grand et beau rôle du Séminaire de Nicolet. II a formé des chrétiens et des citoyens, il a formé des hommes.

«Il a formé des hommes, parce que ses supérieurs et ses directeurs, pour ne parler que de ceux qui ne sont plus, qu'ils se soient appelés des Raimbault, des Léprohon, des Laflèche ou des Ferland; des Gélinas, des Désaulniers ou des Walsh: des Caron, des Maurault, des Blais ou Isaac Gélinas, ont voulu et ont su, avant tout, travailler à nourrir l'esprit, à purifier le cœur et à vivifier le sang des jeunes gens confiés à leur sollicitude.

«Ïl a formé des hommes, parce que les plus distingués de ses fondateurs, de ses amis et de ses maitres, les Plessis, les Panet, les Signay et tant d'autres, avaient l'admirable esprit de joindre toujours l'exemple du bien qu'ils faisaient aux avis et aux préceptes qu'ils donnaient de chercher la vérité et d'aimer la vertu.

«Il a formé des hommes, parce que ses directeurs d'hier, comme ceux d'aujourd'hui, n'ont jamais hésité à pratiquer le renoncement à toute ambition légitime et à toute promotion méritée pour faire de l'œuvre du Séminaire, l'œuvre de leur vie tout entière. Ceux qui l'ont quitté, je le sais, sont partis les larmes dans les yeux, même pour répondr: : l'appel du meilleur des pères, qui espérait de leur bonne volonté assistance et consolation. |

Il a formé des hommes enfin, 6 chère famille nicolétaine, il a formé des hommes, notre vieux séminaire, des hommes de caractère, des hommes unis à la vie et à la mort, Concordia et labore, des hommes dévoués à la religion et à la patrie, Religioni et bonis artibus, parce qu'il a trouvé dans les populations fortes et pures de notre race, les générations d'élèves que vous avez été, Messieurs; des générations d'élèves chez qui le patriotisme et la foi ne demandaient qu'à être développés ; des esprits avides de lumière, des cœurs amis du beau, un

.Sang généreux et fier.

«Chers amis et chers frères, nous avons lieu d'en louer le Seigneur et de nous en réjouir. Magnificat anima Dominum! Fecit nobis magna qui polens est. Maison de Nicolet, réjouis-toi, en toi et par toi Dieu a fait de grandes choses, et tes enfants sont ici accourus de partout, pour le chanter et te le redire avec ivresse et bonheur.

«Et c'est parce que le Séminaire de Nicolet a formé des hommes, Messeigneurs et mes frères, qu'il a

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contribué dans une large mesure à grandir notre peuple et notre race.

«Pour grandir un peuple que menace l'oppression, pour défendre ses institutions et ses droits en danger, pour le rendre invincible et prospère, trois choses, il me semble, sont nécessaires à ses enfants: une foi religieuse qui empêche de s’enliser dans les seules recherches des jouissances matérielles, un idéal national qui fasse aimer la patrie pour elle-même, une langue forte et sonore, qui sache revendiquer pour chacun, sous le soleil où il vit, la place qui lui appartient.

«Or, cette foi religieuse, cet idéal national et cette langue forte et sonore, il faut le dire bien haut, Messeigneurs et mes frères, ce sont nos séminaires et nos collèges qui les ont conservés chez nous, Canadiens- Français. Qu'il me soit permis d'ajouter que notre chère maison de Nicolet, tout en rendant hommage au zèle des maisons-sœurs, n’a pas lieu d’envier la gloire d'aucune: la sienne Jui suffit.

«Le Séminaire, aujourd'hui centenaire, a assisté, pour ainsi dire, à la naissance politique et religieuse du pays sous la Domination anglaise. Ses directeurs et ses maîtres n'ont certes jamais prêché la déloyauté au drapeau qui se faisait de plus en plus large pour protéger nos libertés ; mais ils ont, aussi, vaillamment inculqué aux jeunes générations cette foi catholique qui enfante des prodiges, cet idéal de générosité qui s'est appelé jusqu'aujourd'hui l'idée française, et cette langue de nos mères, si claire et si fière, avec laquelle nos evêques et nos hommes d'Etat ont pu noblement plaider la cause de nos droits,

quand ils n'allaient pas jusqu'à emprunter la langue de

nos vainqueurs pour prouver victorieusement les droits de la nôtre.

«Nicolet, ai-je dit, a eu sa large part dans cette œuvie d'agrandissement de notre peuple. Je ne veux pas citer de noms, bien que plusieurs se présentent d'eux-mêmes sur mes lèvres. Je m'arrête simplement à noter que 760 prêtres, 9 évêques, 12 vicaires-généraux, et 5 prélats romains, ont puisé sur les bancs de notre séminaire, le goût de l'apostolat et la science de la direction des âmes. Je m'arrête simplement à signaler, en plus que 234 avocats, 375 médecins, 180 notaires et nombre d’autres dans les différentes ‘arrières, ont pris chez nous cette formation intellectuelle, ce respect des sains principes, cet amour de l'ordre et du devoir, qui devaient les conduire à faire partie de notre classe dirigeante, plusieurs même d'une facon très brillante, puisque nous comptons parmi les nôtres 40 députés, sénateurs ou conseillers législatifs, 16 juges et 1 lieutenant-gouverneur, sans parler de ceux qui se sont distingués sur la terre étrangère. N'est-ce pas qu'à l'exemple de la matrone des temps antiques, l'Alma Mater nicolétaine de s’enorgueillir de ses enfants”? N'est-ce pas qu'à elle aussi, comine à Cornélie, ses «joyaux » brillent du plus vif éclat? Aussi, quand l'un des aînés de la famille, l'âme vivante de la grande réunion du 24 mai 1866, vient au nom de tous ses frères, lui redire son amour et sa reconnaissance, —et vous savez avec quelle fraicheur et quel charme! — que trouve-t-il dans son cœur de plus propre à la réjouir et à la glorifier? «Mère, repètet-il, sous le coup de la plus vive émotion, mère, regarde— « leva in circuitu oculos tuos, et vide : omnes isli Congregati sunt, venerunt tibi»— regarde autour de toi-— — lève les veux et tu tes fils en vue quelque a tête de la société civile tous n'ont pas connu les succès des

a raison

€mirabitur et dilatabitur cor tuum »

découvriras un peu partout de part, au poste de l'honneur, à | ou religieuse.» Et si

grandes scènes de la vie, tous, on peut l'affirmer d’une façon générale, ont été des citoyens et des chrétiens. Ils. ont gardé leur foi, ils ont défendu leur idéal patriotique, il ont parlé leur langue. En deux mots, ils ont noblement contribué à grandir la race dont ils étaient issus, le peuple dont ils étaient les fils.

«O mon Alma Mater, sois fière et confiante au jour de ton centenaire ! Ton passé garantit ton avenir.

«O âme nicolétaine, magnifie le Seigneur Dieu! En toi et par toi, il a fait des œuvres admirables. «Magnificat anima Dominum! Fecit magna qui potens est. »

« C'est pour louer le Seigneur et le magnilie r, en effet, mes très chers amis, que vous avez voulu faire grande et belle la fête du centenaire. Vous avez eu raison. Soyez fiers de votre Alma Mater comme elle est fière de vous tous!

«Cette chapelle, dont nous faisons en ce moment l'inauguration, restera le monument impérissable de votre bon goût chrétien et de votre patriotique et filiale générosité. L'ionique et le corinthien, en superposant leurs gracieuses colonnades et leurs superbes élancenients vers le ciel, ont su conserver admirablement la vieille chapelle agrandie et perfectionnée. Le présent s'est souvenu du passé pour mieux enseigner à l'avenir la beauté et la grandeur de nos traditions.

«Soyez-en félicités, MM. les membres des différents comités de l’organisation des fêtes du centenaire, qui, depuis trois ans, n'avez épargné ni les veilles ni les travaux! Soyez-en félicités, vous tous, architectes et artistes, qui avez su mener à bien cette œuvre dont vous avez fait un chef-d'œuvre, aussi parfait qu'on peut le rêver chez

nous! Soyez-en félicités, fils de Nicolet, répandus partout sur la terre canadienne et sur celle des Etats-Unis, vous dont les souscriptions généreuses ont rendu possible et parachevé cette importante construction-souvenir !

«Ces fêtes sont belles. Nous en rendons grâces à Dieu d'abord, à qui soit à jamais honneur et gloire.

«A vous aussi nous en devons rendre grâces, M. le Supérieur, qui avez été l'âme de ce mouvement magnifique. Ce poste d'honneur vous convenait, certes, à vous qui consacriez naguère en de si belles pages la vie et les gloires de notre vieux séminaire.

«À vous aussi nous en devons rendre grâces, Mer l'évêque de Nicolet, qui êtes ici pour tous le dépositaire de l'autorité et le représentant de Dieu. Ce matin, après avoir béni ce temple dédié à l'archange Raphaël, qui vient de vous ramener sain et sauf au milieu de vos enfants, vous avez célébré le premier sacrifice sur la table de cet autel. Tous ceux qui y monteront désormais, garderont le souvenir, devant Dieu, de votre constante sollicitude pour votre séminaire diocésain.

«À vous aussi nous en devons rendre grâces, Mf' l’archevêque de Québec. Votre présence à nos fêtes, nous

est un grand honneur et un grand bonheur. Le successeur des Plessis, des Panet, des Signay, des Baillargeon et des Taschereau, est bien chez lui à Nicolet. D'ail- Jeurs, vous êtes notre métropolitain, l'ami d'hier et d'aujourd'hui, et, à ces titres, nous avions lieu de compter sur vous,

«À vous aussi nous en devons rendre grâces, immortel Léon XIII! Cette maison de Nicolet, qui dira votre amour pour elle? Vous la bénissez au jour de son triomphe, vous bénissez son centenaire glorieux, et cette bénédiction, vous avez voulu la déposer sur les lèvres de notre bien-aimé pontife et père, afin que nous en

puissions goûter toute la douceur et la suavité. . Merci! Le calice qui bientôt doit recueillir les gouttes du sang précieux, c'est un don de votre munificence, mais encore plus l'offrande de votre cœur. Merci!

«A vous tous, enfin, nous rendons grâces, Messeigneurs, messieurs du clergé, de la magistrature, de la députation, du barreau, de la médecine, du commerce, de l’industrie, de l'agriculture et du travail, à vous tous, anciens condisciples ou amis, nous rendons grâces. Ces fêtes que votre affluence fait si. grandioses et si imposantes, continuent, en une superbe et unique leçon, les leçons du séminaire. Elles sont un enseignement pour les jeunes. Elles contribueront à « former des hommes et à grandir le peuple.»

«Encore une fois, à Dieu puissant, merci à vous, qui avez donné à la famille nicolétaine la joie de ce beau jour! Magnificat anima mea Dominum! Ainsi soit-il».

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