LE BANQUET
Après la ‘messe, le banquet, le banquet en plein air.
Sa Grandeür M# Gravel est appelé à y présider.
Des tentes immenses avaient été dressées au nord-est de la. vieille.cour, où les écoliers ont coutume de prendre leurs ébats.
D'un côté, les champs cultivés s'étendent au loin, de l’autre, la grande cour des élèves, les jeux, puis le bois qui confine’à « Versailles ÿ. :
Sous les tentes, où se tamise si agréablement Ja lumière, des tables innombrables chargées de fleurs, de
fruits, de mets de toute sorte: des pavillons de toutes couleurs jouant dans les voûtes, une distribution générale, un arrangement tel du menu sur les tables, qu'il semble que pas un détail n'ait échappé à l'attention, la foule, tout cela offre le coup d'œil le plus varié, le plus animé, le plus gai qu'il soit possible d'imaginer. Nous sommes environ un millier de convives. () La fanfare du Séminaire nous donne, d'airs canadiens harmonisés par M, le D' Desjardins, de Montréal un ancien élève — le plus réjouissant concert. Homme de délicieuse compagnie ce D" Desjardins, et musicien de goût !
Ajoutons, pour être complet, un service comme à la militaire par des écoliers qui volent au moindre signe, et un appétit qui rappelle, nul doute, en certains quartiers-— le mien est du nombre! — les fameux repas du Séminaire, les jours de fête, quand on était servant de table... .(2)
En dehors des sièges réservés aux dignitaires ecclésiastiques ou civils, aux officiers de l'organisation, la distribution des places est faite par années correspondant à celles du cours d'études, ce qui permet aux anciens camarades de manger ensemble.
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(1) Des calculs plus sûrs donnent 1060 personnes sous les trois tentes, réparties comme suit: 40 invités spéciaux, 700 anciens élèves, # .. séminaristes, régents et prêtres formant la communauté
e , (2) Il y avait aussi du vin, parfois, ces jours-là, à la procure, Une fois, cependant, l'échanson qui était nouveau, se trompe et, au lieu d'une ronde de claret, c'est une lampée de cognac qu'il sert aux chanteurs. ... Mais qu'est-ce que cela? Un musicien qui bat la mesure, c'est comme un militaire qui garde le pas, jamais ça ne bronche !
Cette disposition est heureuse. Aussi, quel entrain! Quelle douceur ou mieux quel bonheur de partager ensemble de telles agapes! Quäm bonum....!
C'est vraiment la journée où l'âme communie à ce qu'apportent de plus doux lés souvenirs de prime jeunesse,
Après le banquet, quelques classes ont la bonne pensée de se tenir ensemble, ou pour former un petit conventum, ou pour se faire photographier. On me dit: Vous êtes attendu ; mais je fais si bien qu'en atteignant la vieille pyramide à jour du jardin où je dois aller, sauf deux ou trois fidèles, les autres sont en retard comme moi, ou n'ont pu tenir en place.
Il paraît que bon nombre d'élèves, amis ou camarades de classe, ayant eu la chance de se réunir, dès la matinée, et ne voulant pas risquer. de se perdre de vue, passèrent ensemble le temps libre dans les chambres.
Ils avaient voulu goûter encore de plus près, plus intimement, l'illusion des anciens jours.
Que ceux qui ont éprouvé dans leur vie ce qu'a de charmes l'amitié, nous disent s'il en peut naître ailleurs qu'ici de plus profonde, de plus fidèle ou de plus vraie. O les impressions du jeune âge! © prinivera.... !
J'ai l'honneur de faire une partie du bois de « Versailles» en compagnie de M# Mathieu, recteur dé l'Université Laval, l'un des dignitaires invités à la fête.
Qui mieux que if" Mathieu pouvait comprendre et goûter tout ce qu'avait de beau et d'émouvant cette inoubliable journée ?
En parcourant les voies nombreuses du bois, M Mathieu songe au Petit-Cap: «Avec le fleuve, dit-il, on se croirait vraiment là ! »
Chaque côté des sentes vermeilles qui se croisent, ici et là, des statues, des inscriptions. A un certaiu endroit, une étendue d'eau, peu profonde, au bord de laquelle les voies se réunissent. On traverse au moyen d'un pont appelé « Pont-Saint-Ange ». Il ne manquerait plus que la forteresse du mème nom, de l'autre côté, pour les écoliers récalcitrants, si ces jeunes citoyens qui habitent une «république idéale», n'étaient d'ailleurs de stricts observateurs des lois. Au lieu d’une prison d'État, c'est le bois toujours qui se continue avec ses frais ombrages, sous les érables, les chènes et les hètres reverdis.
Temps absolument radieux.
Il semble que c'est d'hier que nous avons quitté ce «Nicolet qu'embellit la nature», ainsi qu'on le chante. C'est le même printemps qui s'ouvre aujourd'hui qu'autrefois. Ces premières feuilles ont les mêmes rayons tendres ; elles bruissent légèrement : les oiseaux s'y bercent encore, et le soleil, toujours jeune, a des sourires d'or dans les branches et sur le sable fin des allées.
Oh! que je vous reconnais bien, lieux témoins de mes jeunes années, douces émanations chargées de souvenirs comme de parfums, sentiers familiers du vieux parc, où si souvent j'ai goûté votre ombre amie, fière académie, où j'entends encore tant d'échos, tout vibrants de patriotisme ! Il me semble entendre l'un de mes
camarades de classe, au verbe profond et sonore, si lidèle ami du bien-dire, qu'il est devenu, depuis, sans s'en apercevoir, l'un des prêtres les plus éloquents du clergé nicolétain: J'ai nommé l'abbé Jutras, curé de Saint-Patrice de Tingwick.