FRERE
pourpre des princes de l'Église, nous retrouvons la bienveillance paternelle des anciens directeurs et supérieurs ; sous la couronne de leurs cheveux blancs, ces prélats si vénérables, ces prêtres si distingués, nous manifestent; comme à de jeunes frères, une affection sincère, conservée vivace, auprès de l'autel du Dieu de la charité. Chez tous, en un mot, quels qu'aient été les honneurs conférés à leurs mérites, ou les mécomptes dus aux caprices de la fortune, nous retrouvons ceux que nous avaient peints nos prévisions. Oui, ce sont bien là nos frères, disons-nous. Comme ils sont bien tels que nous avons rèvé de devenir un jour, si nous sommes fidèles aux traditions de Nicolet! Comme ils ont bien mis en œuvre la sage et paternelle direction de ceux dont les noms volent aujourd’hui de bouche en bouche: les Raimbault, les Léprohon, les Ferland et les Caron!
«Ces illustres figures et bien d’autres, chères à vos souvenirs, sont aujourd'hui disparues. Mais nous savons que vous estimez, autant que nous les vénérons, ceux qui leur succèdent, avec le même zèle de tous les instants, dans l'œuvre de notre formation. Nous osons l’espérer, nous ne rendrons pas inutiles leur abnégation et leur
dévouement. Nos forces trahiront peut-être notre bon
vouloir, mais jamais le crime de la noire ingratitude ne nous fera oublier ceux à qui nous devons tant de bien dans l’ordre intellectuel et moral; jamais on n'aura la douleur de nous voir renier les bons principes qu'ils sèment à pleines mains dans nos âmes.
« Bientôt, à votre suite, nous commencerons notre course active. Les heures fuient, les plus belles de notre vie, nous ne l’ignorons pas. Vainement nous sommes tentés de demander au temps de suspendre son vol, pour nous laisser jouir de notre bonheur paisible, à l'ombre de nos arbres séculaires, sous la protection bienfaisante
de notre clocher. Vainement, 6 Nicolet, nous demandons au ciel de faire durer toujours cette époque de notre vie, où tout nous sourit, où notre atmosphère est sans cesse sereine, cù les joies de la vie familiale sont toujours nouvelles. Troy tôt il nous faudra quitter notre heureuse retraite pour aller toucher du doigt la réalité, fouler nousmêmes ces sentiers de la vie que nous font entrevoir nos rêves d'avenir. Trouverons-nous dans les diverses voies qui seront notre partage, les fleurs que nos espérances y sèment à plaisir? C'est un secret que notre passé nous ren& moins redoutable. Oui, en nous voyant ici réunis, aujourd'hui, nous formons déjà mille projets généreux, surtout celui de marcher dans le droit chemin, si honorablement frayé par nos devanciers. Ce sont des illusions, peut-être, mais vous les aimez, car elles attestent notre désir d'imiter les modèles que la Providence nous a donnés. C'est le plus cher de nos rêves: à le réaliser, tendront désormais tous nos efforts. Et d'abord, touchés de votre piété filiale à l'égard de notre commune Alma Mater, ravis de votre esprit de eonfraternité, nous goûterons mieux la vie de famille dans cet asile-béni que vous venez revoir avec vénération.
« Puis, nous voulons semer sans relâche dans le champ de nos intelligences, afin que la moisson soit abondante lorsqu'arrivera l'âge mür, celui où nous serons donnés tout entiers aux œuvres que vous soutenez ‘si dignement. Penchés sur nos livres, aux heures où l'étude nous semblera trop pénible, une voix discrète nous rappellera vos noms, votre passage au milieu de nous, et la grande passion du devoir qui a rempli votre vie entière. Alors, nous sentirons combien il fait bon se soumettre au labeur, quand l'œuvre à accomplir est si belle: conserver pour nous et pour nos compatriotes les biens que nous tenons de notre origine française et
pr
vrararinnrmnfionnrnrinimaenianensnmmnnaninenn
catholique. Votre passage sera une lumière à l'entrée de notre avenir: elle nous indiquera sans cesse que notre poste d'honneur n'est jamais autre que celui où nous appelleront la défense de la foi, le soutien de la justice, le règne de la charité. Puissions-nous, à votre exemple, ne jamais errer dans notre zèle et ne jamais diviser les efforts de notre énergie, lorsqu'il s'agira d'être unis comme des frères, pour les concentrer tous au soutien de ces causes sacrées ?
«Honneur donc à vous, mes amis, soyez bénis des beaux exemples que vous nous avez donnés! Vous vivrez non seulement dans notre mémoire, mais dans nos œuvres, si Dieu favorise et bénit nos ambitions. Et si, plus tard, l'on salue en nous des hommes de bien, notre fierté sera de n'avoir point forligné.
«Honneur à vous, qui avez su garder les traditions de Nicolet, dans toute leur beauté, et qui avez eu l'heureuse inspiration de venir renouveler un jour les belles heures de votre vie écolière, savourer ensemble les mille réminiscences qu'éveillent en vous nos vastes corridors, nos salles, notre cour ombragée, notre bocage charmant, que plusieurs d'entre vous ont parcourus tant de fois, lançant aux échos les essais d'une éloquence encore timide ! Que toute la poésie de votre première vie doit, en ce moment, inonder vos cœurs! Le spectacle touchant que vous nous offrez, redevenus écoliers comme nous, avec nos saillies et notre heureuse gaieté, ce spectacle ne sortira jamais de nos mémoires et nous rappellera combien est belle, à celui qui sait le comprendre, la vie qui s'écoule pour nous en cette enceinte. Goûtez, au milieu des vôtres, le bonheur de vous revoir; recevez de vos frères cadets les remerciements qu'ils doivent à votre précieuse visite, et les vœux qu'ils vous offrent de grand cœur pour que vos carrières soient encore
longtemps fructueuses! Savourez encore un moment, trop court à nos désirs, la vie qui vous a préparés à rendre si bien, chacun dans votre sphère, les services que l'Église et la patrie attendaient de vous!»
Ce discours, si plein de beaux sentiments, allaitrecevoir de nombreuses et éloquentes réponses.
Sa Grandeur M# Gravel prend la parole.
À plusieurs reprises, les applaudissements de l'assistance couvrent la voix émue de l'éloquent évêque.
Au moment où M“ de Nicolet annonce que le saintpère a témoigné le désir d'être, lui aussi, de la fête, et présente un calice d'or tout orné de pierreries que Léon XIII a bien voulu envoyer au séminaire, l'émotion est à son comble.
De toutes parts, enfin, éclatent encore les applaudissements, à la nouvelle que M. Dourville, le Supérieur, a été élevé à la dignité de prélat domestique de la maison du pape.