‹ Le Séminaire de Nicolet [microforme]Chapitre 15 sur 52 · ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC

Messeigneurs et Messieurs,

«Le Séminaire de Nicolet nous oftre aujourd'hui un grandiose et délicieux spectacle. Tous ses anciens élèves — du moins tous ceux qui ont pu le faire, même au prix de grands sacrifices et des fatigues d'un long trajet sont accourus de toutes les parties du Canada et des États- Unis pour prendre part à cette belle solennité du centenaire, et ils l'ont fait de grand cœur. Grand nombre de hauts dignitaires ecclésiastiques et civils et d'amis de l'éducation, ont tenu à s'associer à cette fête et à démontrer au public combien ils apprécient l'importance des services rendus au pays depuis un siècle par cette vénérable institution. On m'a invité à officier pontificalement: j'ai accepté volontiers cet honneur, heureux de prier au mins pour la prospérité d'une œuvre à laquelle quelques-uns de mes prédécesseurs ont consacré leur

-temps, leurs ressources, la fleur de leur dévouement.

«Mon premier souvenir, en célébrant la sainte messe, ce matin, dans votre splendide chapelle--qui demeurera comme un monument impérissable de votre reconnaissante aflection pour votre Alma Mater— mon premier souvenir a été pour vous, messieurs les anciens élèves,

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qui avez puisé dans ce vénérable séminaire, la piété, la science, tout ce qui fait les grands chrétiens et les citoyens intègres et dévoués. Pouvais-je ne pas penser à vous, ne pas prier pour vous, lorsque je’ vous voyais pressés autour du sanctuaire, priant vous-mêmes avec une piété édifiante et savourant cette musique sacrée qui semblait venir du ciel?

« La joie déborde de vos âmes ; je la vois étinceler dans vos regards et sur vos fronts. Vous êtes heureux — et avec raison—de vous retrouver dans ces lieux enchanteurs où votre enfance et votre jeunesse se sont écoulées, où vous avez grandi.. Je comprends ce bonheur et m'en rends parfaitement compte.

«Dans ces lieux qui ont été si longtemps les témoins de vos travaux et de vos succès, de vos joies et de vos passagères tristesses, vous sentez revivre en vous toutes les émotions de votre vie première; j'ose presque dire que vous reconnaissez comme des parcelles de votre cœur à tous les angles de votre vieux Séminaire de Nicolet et sous tous les arbres de votre magnifique parc: c'est l'âme qui laisse quelque chose d'elle-même là où elle a séjourné durant des années. Les affections, les enthousiasmes d'autrefois, les sentiments, les innocentes espiègleries de la vie d'écolier, ces joies flottantes de l'âme, comme quelqu'un les a appelées, vous les retrouvez encore à leur place et elles ont un charme particulier comme tout ce qui se rattache au jeune âge. Quand on est un peu avancé dans la vie, quand les luttes, les perfidies, les haines du monde sont venues assombrir l'existence et qu'un nuage d’aigreur et de douloureuse tristesse s'est élevé autour de l'homme fait, c'est alors qu'il fait plaisir de revoir son nid d'enfance, de raviver les joyeux souvenirs de ses années d'études, de cette délicieuse période de la vie où l'être tout entier s'épanouit,

se dilate si gracieusement. Ces vieux murs font revivre en vous le souvenir de ces amis d'enfance qui ont, pour l'âme, la fraicheur de l'aube du jour et qu'on ne saurait jamais oublier; ils vous remettent en mémoire ces sages supérieurs, ces maîtres dévoués, ces pères si charitables, si bienveillants, si vivement affectionnés, malgré quelques rigueurs apparentes, ces hommes de Dieu dont le zèle et la patience n'étaient égalés que par leur parfait désintéressement. Vous éprouvez un vrai bonheur en retrouvant ‘ce monde ancien et nouveau: ancien par la mémoire ‘du cœur et la présence de ce que vous avez aimé autrefois; nouveau par l'épanouissement de toutes ces jeunes plantes, qui poussent encore sur le tronc vigoureux de votre séminaire, et qui promettent des fruits abondants pour l'avenir.

«Ces émotions, je les ai éprouvées moi-même, lorsqu'après cinq années d'absence à Rome, j'ai revu les vieux murs du Séminaire de Québec qui avait abrité ma jeunesse.

«A la sainte messe, ce matin, j'ai demandé à Notre- Seigneur de raviver également dans vos âmes le souvenir des leçons de vraie sagesse, de piété et de vertu que vous avez reçues dans cette sainte maison, ces leçons qu'on vous donnait avec une affectueuse prodigalité pour servir d'assises à votre carrière dans l'Église ou dans la société civile, et qui ont été, je n'en doute pas, la règle de votre vie.

«Mais il est un autre memento que j'ai fait de grand -cœur, durant le saint sacrifice, c'est celui des défunts qui, à divers titres, vous sont particulièrement chers. Ils sont nombreux ceux qui, depuis un siècle, ont travaillé à la fondation, à l'affermissement, au développement de votre beau séminaire et qui sont descendus dans la tombe: je ne voudrais pas tenter de vous en

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fournir l'interminable liste. Plus nombreux encore sont ceux qui, après avoir fait ici leur cours d’études seulement, et avoir fourni une carrière plus ou moins longue, sont allés jouir là-haut d'une vie meilleure.

« Quiconque a lu l'histoire récemment publiée du Collège-Séminaire de Nicolet -- histoire richement documentée et écrite non seulement avec intelligence et exactitude, mais avec le cœur d'un fils reconnaissant et d'un père dévoué — quiconque a lu ces deux beaux volumes, pourra se rendre compte des immenses sacrifices qui ont été faits pour fonder cette vénérable institution et en assurer l'existence, il n'est pas une pierre de ce séminaire qui ne proclame hautement les sacrifices de toutes sortes que se sont imposés pour le construire et le faire prospérer, ses fondateurs, ses supérieurs, ses directeurs, prolesseurs et bienfaiteurs à tous les dégrés. L'histoire de votre maison, c'est l’histoire du zèle inlassable pour l'éducation chrétienne de notre jeunesse ; c'est l'histoire d'un dévouement sans bornes à l'Église et à la patrie canadienne; c'est l’histoire de plus de quatre mille sept cents élèves qui sont venus s'abreuver ici à la source de la religion et de la science.

« Me sont revenus particulièrement en mémoire, ce matin, mes vénérés prédécesseurs du siècle dernier, Mer Plessis, M# Panet, M# Signay. Quels beaux noms dans les annales de votre institution! Et que de grandes choses ils disent au cœur de tous:les Nicolétains! Le premier, avec la supériorité d'esprit qui le distinguait, voyait à l'avance les services considérables que ce collège rendrait à la jeunesse de cette partie de notre pays, et il n'hésitait pas à entreprendre cette œuvre qui, au commencement du siècle dernier où les ressources pécuniaires étaient si limitées, semblait être d'une exécution bien

difficile, pour ne pas dire impossible ; ses deux successeurs se dévouèrent corps et âme pour affermir et développer cette institution. Tous trois ont été pour elle de vrais pères; ils lui ont donné la vie. ils ont soutenu ses premiers pas, ils ont veillé sur elle avec une tendresse et une sollicitude de tous les instants. L'histoire nous les montre s'occupant des moindres détails comme des choses les plus importantes de l'administration, veillant à l'achat et à l'expédition des matériaux de l'édifice, faisant de fréquentes et longues visites au collège, s'enquérant avec anxiété des progrès et de la conduite des élèves, s'intéressant à tout ce qui pouvait accroître la force, le prestige, le bien-être matériel et spirituel de cette jeune institution.

« Si les archevèques qui ont occupé après eux le siège de Québec, ont paru moins ardents, moins enthousiastes pour le Séminaire de Nicolet, ce n’est pas qu'ils eussent moins d'affection, moins de dévouement pour cette vénérable maison qui avait déjà rendu d'inappréciables services au pays, mais plutôt parce que, arrivée à l'âge mûr et capable de se suffire à elle-même, elle n'avait plus besoin de ces soins assidus, de ces atténtions délicates et maternelles dont on l'avait entourée à son berceau.-—J'avoue ingénument que je suis bien le dernier sur la liste des archevèques de Québec bienfaiteurs de Nicolet, le dernier par ordre de date et encore plus par ordre de mérite, mais je ne crois pas être le dernier sur la liste de ses vrais et nombreux amis, ni le dernier par le dévouement et l’affectueuse admiration que je professe pour ce noble et vigoureux rejeton du siège métropolitain de Québec.

« Dans cette pieuse évocation de vos défunts, j'? ait mention spéciale, non seulement des évêques qui ont été

formés dans leur jeunesse au Séminaire de Nicolet et qui

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«Messeigneurs, Messieurs,

ont fait si grand honneur à leur Alma Mater, mais encore des nombreux prêtres séculiers et réguliers, des hommes d'État, des juges, des membres des diverses professions libérales et autres qui ont été des élèves de cette même institution, qui se sont distingués dars leurs sphères respectives et qui ont profité des avantages considérables que leur offrait la petite école du regretté et si dévoué M. l'abbé Brassard, école devenue en peu de temps un grand, superbe et florissant collège classique.

«J'ai vu qu'il y avait aussi un devoir de reconnaissance à accomplir envers le bon Dieu qui a béni si visiblement votre maison. La divine Victime que j'offrais en sacrifice, ce matin, m'a mis en état de remplir ce devoir si doux auprès du Père des miséricurdes. Je lui ai demandé de continuer à répandre sur votre séminaire les plus précieuses bénédictions.— Du haut du ciel où nous serons tous, je l'espère, au second centenaire, nous prierons Dieu de faire, par sa grâce, que professeurs et élèves de cette époque, ne soient jamais inférieurs à leurs devanciers dans la pratique des vertus qui font les solides chrétiens et les citoyens exemplaires. »

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