ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE
«Ce qui amène l'archevêque de Saint-Boniface, venu de quatorze cents milles à cette fête de famille, c'est la reconnaissance envers Nicolet, qui a donné au Nord-. Ouest canadien son premier évêque. Nicolétains, vous pouvez être fiers du passé comme du présent de votre EE
() Discours reconstruit aussi fidèlement que possible, à l’aide de quelques notes laissées au Séminaire.
Alma Mater! Avec vous, je me réjouis de ses gloires, et je remplis moi-même un devoir de piété filiale en venant louer devant ses fils l'un de leurs plus illustres aînés, le premier élève du Collège-Séminaire de Nicolet, M“ J.-Norbert Provencher. Le temps est court. Afin de ne pas fatiguer votre attention, je devrai me borner à citer quelques notes prises à la hâte, hier soir, pour vous faire voir ce qu'ont pensé de cet homme ses Contemporains. J'ai parcouru, durant mon voyage, les belles pages qui retracent les vertus et l'œuvre prodigieuse de ce saint missionnaire, et j'ai senti mon admiration redoubler encore pour cette figure d’apôtre.
« Pour en juger, nous n'avons qu'à relire les éloges qu'en ont faits ceux qui l'ont connu à l'œuvre, au début du siècle.
«M Plessis s'y entendait en hommes. Or, voici ce qu'il écrivait de M# Provencher: « Voilà votre séminaire, « M. le Supérieur, qui donne deux braves missionnaires « à la Rivière-Rouge, à 800 lieues de Québec, savoir : «MM. Provencher et Dumoulin. Quand il n'aurait pro- «curé que ce service à Ja religion, ce serait assez pour «nous dédommager, vous et moi, de la sollicitude qu'il « nous donne depuis douze ans, et pour imposer silence à «ceux qui répètent sans cesse que cet établissement fait «à la religion moins de bien que de mal. » (1818).
«€ En 1820, il écrivait au même M. Raimbault: « Plus « je l'étudie, plus je trouve d'uniformité, de bon sens, de «gravité et de sagesse dans son caractère.... Ce n'est {pas un homme du monde, mais un homme de Dieu, qui € partout saura faire respecter et aimer la religion. »
«Telles étaient les qualités d'esprit et de cœur du jeune prêtre, au jugement de Mr Plessis.
«Encore au même, après le sacre de M# Provencher, l'évêque de Québec écrivait: «M4 de Juliopolis
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«(M4 Provencher) a quitté Montréal. Ce brave homme «sera béni de Dieu, je l'espère. Sa vertu me fait envie. «Sa science est adéquate aux besoins de sa mission. Il a «l'amour de l'étude et la maturité du jugement. Je «m'estimerais heureux d'être digne de mon poste, comme «il l'est du sien, »
«Ainsi parlait M# Plessis, le second fondateur de l'Église du Canada.
« Et, maintenant, écoutez ce que Sir George Simpson, gouverneur de la Baie-d'Hudson, écrivait à M# Taché, après la mort de M# Provencher:—« Pendant une longue «période, plus longue qu'il n'est donné aux amitiés «humaines de durer, j'ai eu le bonheur d'entretenir avec «ce digne évèque des rapports caractérisés par l'estime «et le respect personnels, lesquels, pendant plus de trente «ans, n'ont jamais été interrompus, soit dans nos rap- « ports officiels, soit dans nos relations privées.
«Dans sa carrière publique, il s'est montré l'ami de «l'ordre et du bon gouvernement, le promoteur de tout «ce qui paraissait devoir contribuer au bien-être général, «et un pilier pour les autorités établies. Toujours prêt «à porter sa part des fardeaux publics, tant dans les «délibérations du Conseil que dans le maintien des lois. «Quant à sa valeur personnelle, le sentiment si répandu «du chagrin causé par sa perte, fournit une preuve tou- «chante de sa bienveillance et de sa libéralité,
«Sa vie pieuse et sans tache lui avait acquis l'estime «universelle. Pour moi-même personnellement, il fut un «ami honoré et estimé, et dont la société m'a toujours «été fort agréable. »—Enfin voici ce qu'écrivait à la mort de M Provencher, l'éloquent missionnaire de la Rivière- Rouge, M Laflèche : «M£ Provencher était un de ces «hommes rares qui gagnent à être connus.... Depuis «neuf ans que j'ai le bonheur de vivre sous sa direction,
«il s'est toujours montré un père généreux, tendre et «Ccompatissant.» Voilà, messieurs, comment on a jugé le premier évêque du Nord-Ouest. N'ai-je pas raison de dire que M“ Provencher, enfant de Nicolet, premier élève du Collège de Nicolet, est un de ses fils les plus illustres? Aussi, son œuvre mérite-t-elle d'être rappelée en ce jour.
(Il a envoyé les premiers missionnaires à la Baied'Hudson, à Sainte-Anne, près d'Edmonton, au Lac Labiche et à Athabaska-Mackenzie, et c'est grâce à son influence que les Canadiens de la Colombie et de l'Orégon ontreçu du Canada des missionnaires devenus, plus tard, Nos Seigneurs Blanchet et Demers.
« Dans le diocèse de Saint-Boniface, M“ Provencher a fondé, outre Saint-Boniface, les missions du Lac Manitoba (Baie-la-Canardie, aujourd'hui Rivière-aux-Épinettes) et de la région de Qu'appelle, et plusieurs paroisses sur l'Assiniboine (Saint-François-Xavier, Baie-Saint-Paul et la Rivière-Rouge).
«En outre, il a fondé un collège classique pour l'enseignhement supérieur, des institutions de charité et d'éducation, sous la conduite des incomparables sœurs grises de Montréal, et il a ajouté à ces deux puissants moyens d'action pour le bien, l'établissement dans le pays d'une communauté de missionnaires, les Oblats de Marie Immaculée, qui ont certainement assuré le maintien de son œuvre sous la conduite de son illustre successeur, M# Taché.—Dans l'ancien champ où s'aperçoit le zèle de M# Provencher, il Y 4, maintenant, trois diocèses: Saint-Boniface, New-Westminster, Saint-Albert, et trois vicariats apostoliques: Saskatchewan, Athabaska et Mackenzie. Voilà son œuvre et les résultats de son œuvre. Et Dieu sait au prix de quels sacrifices, ces travaux gigantesques ont été entrepris.
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« I a fallu d'abord un courage héroïque à M“ Provencher pour entreprendre de fonder une mission à la Rivière-Rouge, en 1818, alors que le clergé et les fidèles du Canada regardaient l'entreprise comme téméraire.
« Quelle force d'âme dans ce prélat intrépide! Ce n'était pas un homme ordinaire, c'était une âme d'élite, une de ces âmes fortement trempées comme on en ren-
contre rarement.
« M#° Plessis cache pour ainsi dire le collège naissant une forêt de pins, comme un nid de colombes; mais ces colombes avaient parfois quelque chose de la nature de l'aigle, Comment, en effet, expliquer l'acte d'obéissance héroïque de M. l'abbé J.-Norbert Provencher, lorsqu'en 1818, il renonçait à la tranquillité du ministère dans l’une de nos florissantes paroisses, pour exposer sa vie aux dangers de l'inconnu, et se livrer aux travaux pénibles et peut-être ingrats de l'évangélisation ?
« Lorsque le jeune aiglon, voyant partir sa mère, en la s’avance au bord du nid, qui donc lui dit alors qu'il peut quitter la terre et sauter dans le ciel déployé devant lui? Qui donc lui parle bas, l'encourage et l'appelle ? 11 sait qu'il est aiglon, le vent passe, il le suit. —Le jeune Provencher entend la voix de l'Église, sa mère, sicut aquila provocans, qui l'invite à s'élancer vers les immensités sauvages et inconnues de l'Ouest canadien. Le vent de la grâce passe, il le suit!
«M Provencher a été évêque laboureur, moissonneur, éducateur. Au milieu de ses labeurs étonnants, il a souffert à la fois de l'isolement, de la faim, de la soif et du froid, et cela pendant trente-cinq ans. Pendant longtemps, il n'eut pour nourriture que de la viande sèche ;— nous ne parlons pas de pain: il en a manqué dans un pays destiné à devenir le grenier du monde.—Il était forcé de dire un soir à l'une de ses néophytes: «Va dire à ta
de Nicolet dans
suivant des yeux
«mère de m'envoyer quelque chose pour mon souper ; » et il reçevait quelques misérables poissons.
« L'année de sa mort, ( 1858), il écrivait à Mer Bourget : « Pensez à nous, cher seigneur, car r-". sommes tous «dans la misère! »
«Telles sont les souffrances au prix desquelles le Nord-Ouest canadien s'est ouvert à la foi. Nicolétains, soyez donc fiers de l'un de vos plus illustres nnés! En héritant de son sière épiscopal, malgré mon indignité, j'ai hérité de son affection reconnnissante pour son Alma Mater, sans préjudice pourtant de l'affection tendre et ardente que j'ai vouée à mon Alma Mater à moi, ce cher Collège de Montréal.
« Oui, j'appelle sur vous les bénédictions du ciel : Benedictio Dei super vos, benedicimus vobis in nomine Domini! Et si vous me permettiez, MM. les anciens élèves et les élèves actuels de Nicolet, je vous redirais pour terminer le vieux refrain populaire :
«O Nicolet,
«Il y a longtemps que je t'aime, « Jamais je ne t'oublicrai!....»