JUGE DE LA COUR DU BANC DU ROI
Messeigneurs, Messieurs,
« Le remarquable événement qui nous réunit, a évoqué dans l'esprit et le cœur des anciens élèves de Nicolet, des souvenirs que l'éloignement et l'absence n'ont pu nous faire oublier, des sentiments que le temps, qui détruit tout, n'a fait qu'aflermir et rendre plus vivaces et plus durables.
«Aussi, au premier appel neus sommes accourus ici, de tous les points de la Prôvince et d’ailleurs, charmés de ïc: ir encore la maison bénie où se sont écoulés les jour. es plus heureux de notre jeunesse, enchantés et ravis de profiter de cette circonstance solennelle pour déposer, une fois de plus, aux pieds de notre Alma Mater, de ce Séminaire vénérable et vénéré, l'hommage sincère de notre affection, de notre admiration, et pour lui exprimer en même temps notre reconnaissance pour les bienfaits nombreux et inestimables qu'il n'a cessé de nous prodiguer pendant notre trop court séjour dans ses murs maintenant séculaires. :
«Nous sommes heureux de pouvoir aussi remercier ses bienveillants et éminents directeurs, de nous avoir conviés à cette fête mémorable et de nous avoir fourni l’occasion de contempler et d'admirer à loisir, le monument superbe qui doit en perpétuer le souvenir. Nous les prions, en même temps, d'accepter les vœux ardents que nous formons, avec tous.les amis dévoués du Séminaire de Nicolet, pour que cette importante et noble
institution continue de grandir et de prospérer avec notre population et notre Province, et pour que la brillante carrière qu'elle a parcourue dans le siècle qui vient de nous dire adieu, soit encore plus brillante et plus utile dans le siècle nouveau qui vient de s'ouvrir pour elle avec autant d'éclat que de solennité.
«I nous reste encore un autre devoir agréable à remplir: c'est celui de remercier les élèves actuels du Séminaire de leur bienveillant necueil, ainsi que des éloges par trop flatteurs et des sentiments d'estime et d'affection contenus dans l'adresse qu'ils viennent de présenter aux anciens élèves de Nicolet.
« Cette marque d'attention si délicate et si précieuse pour nous, servira à rappeler, une fois de plus, un fait déjà souvent constaté: c'est que, dans le passé comme aujourd'hui, les élèves de Nicolet se sont toujours considérés comme des frères, com::e les enfants d'une même maison, et cette affection vivace et traditionnelle n'est certainement pas le moindre des éloges mérités que l'on puisse adresser au collège où elle s’est développée, et à ses nombreuses générations d'élèves qui n'ont jamais négligé aucune occasion de la maintenir et de la perpétuer.
«Il m'a semblé, en écoutant l'adresse éloquente des jeunes élèves, que j'entendais la voix de l'avenir parlant au passé. En effet, nous, les anciens, nous représentons le siècle qui vient d'emporter avec lui nos joies et nos jours d'épreuve, tandis que les élèves actuels représentent le siècle nonveau, c'est-à-dire l'avenir avec ses espérances, ses aspirations et ses horizons où les orages n'ont pas encore laissé la trace de leur passage.
« Si les élèves d'aujourd'hui ont le droit de s'enorgueillir des succès de ceux qui les ont procédés dans cette enceinte, nous, les anciens élèves, nous pouvons
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également espérer et affirmer que sous la direction habile et éclairée de leurs directeurs et de leurs professeurs, les élèves actuels et futurs du Séminaire, sauront conserver religieusement les souvenirs et les traditions du passé glorieux que nous leur léguons, et nous sommes convaincus qu'ils s'efforceront par leur conduite, d augmenter encore la réputation si bien établie déjà du Séminaire de Nicolet comme institution enseignante, et ne négligeront aucune occasion dans l'avenir de toujours tenir haut et ferme le drapeau béni de notre commune Alma Mater. :
« L'importante démonstration à laquelle nous sommes tous si heureux de prendre part, n'intéresse pas seulement la grande famille nicolétaine, c'est aussi la fête de tout un diocèse, de tout un district, je devrais même dire de toute notre province, car elle ést entièrement représentée ici, et, à ce point de vue, l'immense réunion d’aujourd'hui encourage et réjouit tous ceux qui comprennent l'importance et l'utilité de l'enseignement secondaire, c'est-à-dire tous les véritables amis de l'éducation et du progrès moral, intellectuel et matériel de notre population.
«Aussi, c'est avec plaisir que nous retrouvons ici Nos Seigneurs les évêques de Nicolet, de Fubuna, qui président avec autant de succès que de dévouement aux
destinées de ce diocèse, Sa Grandeur M# Bégin, qui nous
apporte les sympathies tr.ditionnelles du siège archiépiscopal de Québec, les évèques distingués de Montréal, de Trois-Rivières et de S'-Boniface, les plus hauts dignitaires du clergé de la Province, les représentants les plus éminents des anciennes institutions enseignantes du pays, ainsi qu'un grand nombre de citoyens marquants de cette ville et des villes les plus considérables de la Province. Leur présence rehausse l'éclat de cette journée
et donne un caractère solennel à ce mémorable anniversaire. C'est en premier lieu le témoignage éclatant et spontané de l'intérêt profond que les hommes les plus distingués du pays portent au Séminaire de Nicolet, et c'est aussi la démonstration vivante de l'importance réelle de cette maison, de son utilité et de sa popularité toujours croissante.
« Nicolet a raison de se réjouir de ce concert d'éloges qui s'élève autour de lui et des nombreuses sympathies dont il est en ce moment l'objet. Il a raison d'être fier de son origine et de son passé. Cette période accidentée de son existence, vient d'être arrachée à l'oubli par un historien aussi érudit que modeste, dont le livre, aussi intéressant qu'instructif, transmettra à la postérité la inémoire vénérée des fondateurs de Nicolet: les Brassard, les Panet, les Signay, au milieu desquels brille d'un éclat sans cesse grandissant une des plus remarquables figures de notre histoire, l'illustre évêque Plessis, qui, pendant une des périodes les plus tourmentées de notre existence, a, par son énergie, son tact et son dévouement, rendu à l'Église et au pays des services qu'il nous serait impossible d'oublier, et dont nous pouvons maintenant mesurer et apprécier les conséquences importantes.
« Nicolet peut aussi se glorifier des services qu'il a rendus à la religion et à l'État, car il a fourni à l’épis- Copat, au clergé, au banc judiciaire et aux professions libérales, un grand nombre d'hommes éminents qui, pendant le cours du siècle qui vient de se terminer, ont démontré l'excellence de son enseignement, la sagesse de sa direction, et, ont rempli les différents rôles que la Providence leur a assignés en faisant honneur à leur état, à leur pays et à leur Alma Mater.
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«L'histoire de Nicolet servira encore à démontrer une vérité maintenant indéniable: c'est que le clergé de cette Province a toujours été, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, le meilleur ami, le conseiller le plus désintéressé et le plus dévoué du peuple confié à ses soins. Mais il a encore un titre plus grand à notre reconnaissance, car il a contribué, dans une large mesure, à la conservation de notre individualité comme nation, au maintien de nos droits:et de nos libertés, en répandant à profusion dans les rangs de notre population une éducation perfectionnée qui nous a permis de lutter avec succès pour la défense de notre glorieux héritage, et surtout de conserver intacts les deux caractères distinctifs de notre race: la religion de nos pères et la langue de nos aicux.
« En disant adieu àu siècle qui emporte avec lui tout ce passé glorieux, nous pouvons regarder avec confiance l'aurore du siècle nouveau, qui nous a si joyeusement accueillis ce matin par un soleil resplendissant, car nous n'avons aucune raison de craindre que l'œuvre que nous chérissons, subisse jamais de trop lourdes épreuves pendant le cours de la longue carrière dévolue à notre institution.
« Le Séminaire de Nicolet, en effet, n'a rien à redouter de l'avenir. Entouré des profondes sympathies de notre popuk.tion, dirigé par des supérieurs prudents et habiles, assuré de la protection vigilante de nos évèques et du clergé de ce diocèse, il continuera sa marche progressive et ascendante à travers les temps à venir, et accomplira ‘aillamment et glorieusement le rôle qui lui a été assigné par ses fondateurs, en répandant à pleines mains les bienfaits de l'éducation dans les rangs d'une population de plus en plus avide de s'instruire, et dont les intérêts sont depuis longtemps unis aux siens par des
liens indissolubles. Et lorsque l'annaliste de l'avenir aura réuni à son tour les matériaux épars de l'histoire du deuxième siècle d'existence du Séminaire de Nicolet, lorsque ses élèves anciens et nouveaux seront convoqués, eux aussi, pour célébrer ce deuxième centenaire, ils Pourront, après avoir mesuré la distance parcourue et les progrès réalisés, entonner, comme nous le ferons ce soir, un Te Deum retentissant pour remercier Dieu des succès remportés et des triomphes accomplis ; el ses directeurs, en contemplant avec émotion l'arbre géant planté autrefois. par M4 Plessis, pourront se dire, avec la même admiration et le même légitime orgueil que ceux d'aujourd'hui: Cet arbre a bravé les orages et les tempêtes pendant deux siècles, et, avec la protection divine, il vivra bien quelques siècles.de plus! »
M. l'abbé Lecocq, de Montréal, supérieur du Sémi-
naire de Saint-Sulpice, invité à dire quelques paroles, complimente la maison sur son jubilé dans des termes qui nous font vivement regreller de n'avoir pas son discours.
Il se félicite en particulier « de l'étroite union que la divine Providence a formée entre les deux séminaires ».
«M. l'abbé Lecocq, écrit La Patrie, a fait un de ces bijoux de discours dont il a le secret. «Le Canada, a « dit le distingué abbé, célèbre, aujourd'hui, l'une de ses « gloires les plus vraies et les plus pures. La commu- «nauté de St-Sulpice conserve beaucoup d’attachement «pour la vieille maison de Nicolet.
«Le Collège canadien de Rome, vieux de quinze ans « seulement, est fier d’avoir donné l'évêque qui s'est fait «entendre, ce matin, dans la chaire de la nouvelle « chapelle. »
Poésie récitée par l'auteur, M. Louis Fréchette, de Montréal, greflier du Conseil Législatif, docteur ès lettres, membre de la Société Royale du Canada, et lauréat de l'Académie française.