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montraient des penchants à la perversité ou à des vices qui auraient pu scandaliser les autres. Le nombre de solliciteurs de cette caté-
gorie fut restreint. Le plus souvent, au contraire, les jeunes gens
qui venaient s'offrir étaient très bien disposés, et restèrent fermes dans la foi.
Nous avons déjà cité l'exemple d'Andehoua, le modèle des séminaristes hurons. Son nom est diversement rapporté dans les Relations. Nous trouvons aussi Andeouarachen où Andeouarahen. Un autre néophyte fervent aussi était ce Jeune sauvage qui s'était sauvé comme par miracle d'une bande iroquoise, et déjà bien connu, Teouatirhon. Ils furent baptisés tous deux en 1638, le premier sous le nom d’'Armand-Jean en l'honneur du cardinal de Richelieu. M. le gouverneur Montmagny fut son parrain. François de Ré et mademoiselle de Repentigny donnèrent au second le nom de Joseph, en souvenir des associés de la Compagnie de la Nouvelle-France.
Armand-Jean fut une des lumières du catholicisme parmi les siens. Il jouissait d’un bon esprit, d’un jugement solide et surtout d'une grande et forte piété. Mais laissons à l'écrivain de la Relation le soin de nous raconter le genre de vie de cet autre Louis de Gonzague:
“ Depuis son baptême, il se confesse et communie tous les huit jours avec une dévotion et une modestie qui nous fait reconnaître en lui la présence de la grâce. Surtout il à une aversion grande du péché, nommément de l'impureté. Il ne faut que se figurer les débordements d'un sauvage lubrique, pour admirer ce que je vais dire. Se sentant attaqué la nuit en songe de quelque pensée messéante, il se lève en sursaut, se met à genoux pour prier Dieu jusqu'au son de quatre heures pour le lever; alors il me vint trouver avec tant de confusion et d’'humilité, qu'il me fut aisé de connaitre que le prince des superbes avait quibté la place... Il désirait fort jeûner les vendredis et les samedis de l’année, pour la dévotion sensible que Dieu lui communique à la passion du Fils, et aux douleurs de la Mère ; mais nous le contentâmes sur ce que Notre Seigneur aurait égard à sa bonne volonté dans son travail.
“Voici un trait de sa grande résignation. Il avait une jambe gelée; son compagnon voulait aller à la chasse et ne sachant rien de son incommodité, le presse de lui tenir compagnie ; lui, de peur de lui déplaire, se lève de grand matin, et se dispose comme s'il eut dû partir quant et lui ; durant la messe il prie Dieu à ce qu'il inspire son
instructeur ce qui serait de sa volonté, étant tout prêt de partir, si
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on le jugeait À propos ; Dieu y pourvut, car de bonne rencontre, je l’arrêtai, ayant vu la mauvaise disposition de su jambe. (1) L'autre séminariste, Joseph Teouatirhon, était d'une humeur affable et complaisante. Il se prépara à recevoir le sacrement de baptême avec. une ferveur digne des chrétiens de la primitive Eglise, Depuis cette date mémorable de sa vie, les Pères remarque rent en lui une docilité, une modestie et une décence qui dénotaient une grande pureté d'âme ‘et une profonde soumission à la volonté de Dieu, et aux règlements du séminaire. Andehoua et Teouatirhon composaient tout le personnel en 1638. Les autres étaient partis au printemps vers leur pays, pour des raisons tellement graves que le gouverneur avait demandé lui-même ce départ dans l'intérêt de la communauté, L'hiver précédent s'était passé, comme nous l'avons dit, au milieu des plus terribles anxiétés. Les Hurons avaient comploté le massacre général des Français résidant au milieu d'eux, et la nouvelle en avait été annoncée à Québec par des sauvages errants. M. de Montmagny voulant savoir à quoi s’en tenir, chargea dès le petit printemps, les deux séminaristes de se rendre dans leur pays, afin d'assurer les Hurons que les Français étaient toujours dans les mêmes bonnes dispositions à leur égard. Un Père jésuite, accompagné d’un Français et de quelques Algonquins, se mit en route pour le pays d’Armand-Jean et de Joseph. Un jour que la flottille doublait une pointe où les eaux tourbillonnaient avec rage, le canot d’Armand fut renversé, et le jeune séminariste disparut dans la rivière torrentueuse. Après avoir fait de vains efforts pour se tenir à la surface, Armand crut qu'il allait périr, et se laissa entrainer au fond de la rivière. Du fond de son âme il s’adressa à Dieu dans une prière fervente et lui offrit généreusement le sacrifice de sa vie. Il se sentit aussitot comme soulevé de dessus la roche où il était assis, et entrainé à la surface des flots où ses doigts saisirent des broussailles à l’aide desquelles il put se soutenir et puis gagner le rivage sain et sauf. Chemin faisant nos voyageurs firent la rencontre de quelques Hurons, parents d'Armand. Ils apprirent d'eux que les Français étaient en parfaite sécurité. Quelques jours après, le 9 juillet, ils arrivèrent au terme de leur voyage, qui, depuis leur départ de la rivière des Prairies avait duré 29 jours.
L'arrivée du Père fut une source de consolation pour les pauvres
(1) Relation de 1638, p, 24
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missionnaires qui avaient passé l'hiver au milieu des plus cruelles persécutions. Armand se retira chez ses parents et ne cessa pas de témoigner par ses paroles et ses exemples de sa foi vigilante et de ses vertus. L'amour de la religion l'avait rendu courageux comme un lion. Ses gens l’écoutaient et admiraient ses discours. “En vérité, s'écrie le Père Le Jeune, nous sommes dans l’'étonnement et dans les bénédictions de Dieu, voyant ce que nous n'’osions attendre d’une plante néé au milieu de la barbarie et si nouvellement entrée dans l'Eglise de Dieu.”
Les prédications du jeune Armand et les heureux résultats qui en suivirent, engagèrent les missionnaires à retenir avec eux Joseph Teouatirhon en qui on reposait aussi une grande confiance. Le Séminaire allait être privé d'élèves, mais les Pères comptaient pouvoir mettre à exécution cette année même le projet d'ouvrir les portes de leur maison aux petits sauvages d’autres nations. Il y entra en effet dès 1638, des Montagnais, des Algonquins, en même temps que des Hurons. Les uns y vinrent avec l'intention d'y demeurer toujours ; d'autres n'avaient pour but que de s’instruire dans la foi et de s'en retourner ensuite. La plupart étaient âgés de douze à quinze ans. Le Père Le Jeune fait leur éloge en plusieurs endroits de ses écrits Nous nous en tiendrons aux extraits suivants. (1)
“ Ces jeunes enfants nous ont appris deux belles vérités : l’une que si les animaux sont capables de discipline, beaucoup plus les jeunes enfants sauvages ; l’autre, que la seule éducation manque à ces pauvres enfants, ayant l'esprit aussi bon que nos Européens.
“ Un petit anon sauvage n'est pas né dans une plus grande liberté qu'un petit Canadien ; cependant quand ces enfants se voient dans un séminaire, ils se rangent doucement aux petits exercices qu'on exige d'eux ; ils font leurs prières à deux genoux soir et matin; cinq d’entre eux étant baptisés assistaient tous les jours à la messe, quand ils étaient au séminaire... Ils servent au prêtre à. l'autel avec autant de grâce et de modestie, que s'ils avaient été élevés dans une académie bien réglée. Ils se trouvent aux heures qu'on Îles
instruit, s’'entr'aiment les uns les autres... Je confesse que ces en-
fants sont éveillés, et qu'ils font paraître beaucoup d'esprit, mais je n'eusse pas cru qu'ils eussent tant raisonné, notamment en matière de notre créance.”
(1) Relation de 1639, p. 40.
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À partir de 1639, le nombre des séminaristes alla toujours en diminuant jusqu'à ce qu'il fut réduit à zéro. Le petit séminaire se trouva temporairement fermé pendant près de trois ans, non seulement à cause du manque de sujets, mais surtout “ parce que l'on ne voyait pas de fruits notables parmi eux, commençant l'instruction d'un peuple par les enfants.” Les Pères essayèrent encore de faire revivre cette œuvre ingrate, Cette fois ils adoptèrent un système plus pratique, en apparence. Chaque année ils adoptaient un certain nombre de jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans ; ils les instruisaient pendant quelques mois, en leur faisant partager les travaux des missionnaires parmi les Français et les Algonquins. Puis, une fois raffermis dans la foi, ils étaient renvoyés chez eux.
“Cette façon de séminaire, écrit le Père B. Vimont, est aisée, et peut se faire à petits frais et est excellente, choisissant nombre de jeunes gens de vingt ou vingt-cinq ans, de bonne volonté et bon esprit, et les cultivant un automne et un hiver parmi nos Français et nos chrétiens Algonquins, leur faisant voir et goûter la profession du christianisme parmi nous et parmi des gens de leur pays même, et puis les renvoyant sous la garde et la conduite de nos pères qui vont aux Hurons.”
Conformément à cette détermination des Jésuites, l'on constate par la Relation de 1643 que quatre jeunes Hurons avaient passé l'hiver précédent à Québec pour s’y instruire. [ls furent baptisés avant de retourner dans leur pays. M. l'abbé Lesueur de Saint- Sauveur fut parrain de Saoüaretchi; Martial Piraube, M. de Repentieny et M. de la Vallée donnèrent respectivement les noms de Pierre à Ateiachias, de Joseph à Atarohiat et de Réné à Ato kou-
chioüani, trois catéchumènes qu'ils accompagnèrent aux fonts baptismaux.
Mais revenons aux deux anciens séminaristes que nous avons perdus de vue, Andehoua et Teouatirhon, depuis que nous les avons laissés au sein de leurs familles. Armand-Jean passa quatre ans en contact avec l'infidélité et la barbarie sans faire la moindre souillure à sa robe d’innocence. La Providence le protégea visiblement en plusieurs occasions où sa vie fut exposée aux plus grands périls. C'était sans doute en récompense du bien qu'il faisait autour de lui, en coopérant à Pœuvre civilisatrice et religieuse des
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héroïques missionnaires pour plusieurs üesqueis l'heure du martyre
approchait.
Après la dispersion des Hurons, Armand suivit ses compatriotes à Québec, et il choisit pour se fixer l’île d'Orléans, qui en 1648 donna l'hospitalité à un groupe considérable de ces pauvres exilés. Iei, comme aux Hurons, l’ancien séminariste devenu homme, était un sujet d’édification générale. Pas un n'était plus assidu à assister aux offices de la Congrégation de la sainte Vierge fondée dans l’île. Etant tombé gravement malade, il demanda son admission à l'Hôtel- Dieu de Québec, et il vint y finir ses jours peu de temps après. Il était alors âgé de 36 ans. C'était en l’année 1654.
Armand avait toujours été fidele aux promesses de son baptême. “Tous les jours, écrit le Père Le Mercier, alors supérieur des missions, il entendait deux messes, quelque rigueur du froid qu'il fit au plus fort de l’hiver : il les entendait les mains jointes, les deux genoux tout nus en terre, dans un respect de dévotion qui n'avait rien de sauvage. Ses prières finies, il allait travailler en son champ, soit pour ttre la forêt voisine, soit pour brûler les arbres et rendre la terre labourable, qui est un travail très pénible, Le peu de repos qu'il prenait de temps en temps, il l'employait à dire son chapelet, souvent cinq et six en un jour.”
Félicité, sa veuve, conçut-un profond chagrin de cette mort inattendue, Mais elle trouva dans sa foi qui n'était pas moins grande que celle de son mari, des consolations suffisantes pour lui faire supporter cette terrible épreuve avec une résignation admirable, De crainte de prévhriquer, elle préféra rester où elle était, plutôt que de se rendre chez les [roquois où elle avait un frère naturalisé pour lequel elle avait toujours eu le plus tendre attachement, Répondant à un Père qui lui faisait des remontrances au sujet de ce départ que la nature l'invitait à entreprendre, elle dit : “ Estal vrai que pour aimer Jésus il faille demeurer ici ? La nature a beau dire, mon cœur à beau le désirer, mes yeux ne verront point ce frere que j'ai tant souhaité” Puis fondant en larmes, elle continua : “ Non, non, mon voyage ne se fera point, quoi que j'en dusse être au mou rir,” Elle perdit aussitôt connaissance et ne recouvra ses sens qu'au bout de vingt-quatre heures. Telle fut la foi de cette chrétienne foi robuste qui lui permit de faire un sacrifice presque au-dessus des forces de la nature. Qu'on cherche ailleurs que dans l'Eglis: catholique des exemples d’un pareil dévouement À sa religion ?
IL ne nous reste plus pour clore l'histoire intimé des séminaristes hurons qu'à raconter la mort de Teouatirhon, l’un des plus remarquables de la petite phalange. Nous avons été témoins de son retour au pays de ses pères, et nous n'avons pas oublié la prédiction d'Andehoua à son sujet: “Il se perdra, avait dit ce pieux jeune homme, aussitôt qu'il sera rendu en son pays.” Ce ne fut malheureusement que trop vrai, car l'ancien élève des Jésuites, si bien disposé au séminaire, ne tarda pas une fois sorti, à se laisser entraîner dans toute sorte de déréglements, Les missionnaires qui avaient l’œil sur sa conduite, ne manquaient pas de le réPprimander, quand il tombait dans quelques fautes graves. Il s'amendait pendant quelque temps, pour retomber ensuite. C’est ainsi que des conversions succédèrent à des intervalles de vie déréglée, et il semblait s'enfoncer dans le bourbier du vice, à mesure qu’il avançait en âge. Il se ferait infailliblement perdu, si Dieu, dans sa grande miséricorde, ne l'eût pas retiré du monde avant le temps. Frappé à mort à la suite d’un accident, les Pères s'empressèrent de lui offrir les sacrements de la religion catholique, et le préparèrent au terrible passage de l'éternité. Teouatirhon mourut en l'année 1640, muni de tous les secours de l'Eglise.
Le séminaire des sauvages a fermé ses portes pour toujours. Le Couvent de Notre-Dame des Anges n'existe plus que comme souvenir, car les Jésuites l'avaient quitté pour venir se fixer à la hauteville. Mais, poursuivant toujours leur idée première, d'attirer à Dieu, au moyen de séminaires les peuplades sauvages pour lesquelles 1ls entretenaient une prédilection marquée, les Jésuites en ouvrirent un second aux Trois-Rivières, en 1643. Six excellents néophytes y recevaient des leçons de catéchisme des la première année de sa fondation. Cette fois l'épreuve ne fut pas de longue durée, le séminaire des Trois-Rivières fut fermé au bout d’un an, malgré tout le bon vouloir des missionnaires. Ils portèrent désormais leurs talents et leurs ressources à une entreprise plus fructu: euse dans ses résultats, en engageant les sauvages à pratiquer la vie sédentaire près de Québec. C'est à Sillery qu'ils travailleront à l'as venir, avec un zèle et ane ferveur qui provoquera l'admiration de la première supérieure des Ursulines. “C'est une chose admirable, écrivait Marie Guyart de l'Incarnation, le 3 septembre 1640, que la ferveur et le zèle des RR, PP. de la Compagnie de Jésus. Le P. Vi-
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mont, supérieur de la mission, pour encourager les pauvres Sauvages les mène lui-même au travail, et travaille à la terre avec eux, ne trouvant rien de bas, en ce qui concerne la gloire de Dieu et le bien de ce pauvre peuple.” (1)
L'histoire du séminaire des Hurons est courte, mais pleine d’enseignements précieux. S'il est vrai de dire que le grain de senevé, Jeté en terre par les Jésuites avec la coopération de Champlain, arrosé des sueurs du Père Daniel, n’a pas produit cet arbre fort et robuste dont parle l'Evangile, nous pouvons cependant affirmer qu'il a produit des rejetons vigoureux et des fruits de bénédiction et de salut. Il est des plantes, même vivaces, qui dégénèrent à la longue et meurent au bout d'un certain nombre d’années, malgré les précautions les plus assidues et les soins les plus habiles du jardinier. On ne sait trop au juste si ce résultat est dû aux au manque de principes fertilisants dans le sol, ou si la plante porte en elle-même un germe de mortalité naturelle. Ainsi de beaucoup d'institutions humaines que leurs promoteurs ont entourées des plus délicates attentions, Ils les ont vues quelquefois prospérer et grandir, et puis aller en déclinant jusqu’à complète extinction. Tel fut le sort du Séminaire de Notre-Dame-des-Anges.