CHAPITRE III
Teouatirhon.—Andehoua.—Aiïandacé.—Séminaire.—Règlement de vie.—Belles qualités de trois séminaristes—Leur goût pour l'asriculture.—Disette.—Appréhensions des Jésuites au sujet de l'existence de leur séminaire.—Encouragement de M. de Montmagny.—Epidémie chez les Hurons.—Dangers encourus par les missionnaires dans leur pays.—Belle conduite de T'arantouan.—Episode de la vie d'un Sérainariste. —Les adieux d’Andehoua à Teouatirhon.—KEloge d'Andehoua Son biptême.— Départ définitif d’Andehoua et de Teouatirhon pour leur pays.—Le séminaire à la veille de fermer.—Nouvelle tentative des Jésuites.—Mort d’Ardehoua et de Teouatirhon.—Le Séminaire cesse d’exister.—Séminaire des Sauvages aux Trois-Rivières.
—Son existence éphémère.
Teouatirhon, Andehoua et Aïandacé sont les seuls élèves inscrits au registre Cu Séminaire des Hurons au printemps de 1637. Le personnel est faible, mais nous le verrons bientôt s’accroître, nonobstant les faibles ressources dont les Jésuites peuvent disposer pour le sustenter, Jetons maintenant un coup d'œil surle séminaire, et voyons comment on y passait le temps.
Les Pères craignaient avec raison que ces petits enfants, élevés suivant tous leurs caprices, doués en outre d'une nature inconstante, ne se résignassent que difficilement à s’astreindre à une règle, comme cela se pratique dans toutes les maisons d'éducation bien disciplinées. Mais la docilité dont ils firent preuve à l'article du règlement, leur ponctualité à en suivre tous les points, leur firent croire une fois de plus que ées netures incultes étaient susceptibles de se plier à toutes les exigences, quand une fois l'autorité a pris sur elles l’ascendant voulu. L'esprit d'imitation comptait aussi pour beaucoup dans les actes d’obéissance dont ils donnèrent de si beaux exemples durant leur séjour au Séminaire, Voyant que les Jésuites suivaient euxmêmes un régime de vie régulier, et qu'ils remplissaient leurs exercices religieux à des heures fixes, sans jamais y manquer, ils prirent plaisir à les imiter, non-seulement pendant une journée ou une semaine, mais des mois entiers.
Ce règlement ne comptait aucun article d’une grande sévérité. Les heures de classe et d'étude étaient entremêlées de récréations
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pendant lesquelles il leur était permis de se livrer à des jeux et à des amusements propres à leur caractère national, comme la chasse, la pêche, la fabrication des ares et des flèches, ete. Aussi s’en donnaient ils à cœur-joie aux heures de récréation et durant les congés S'ils obtenaient la permission de s’absenter au loin, il était rare qu'ils s'attardassent. Un jour qu’ils étaient allés chasser sans permission, croyant que leur absence ne serait pas remarquée, ils s’écartèrent dans la forêt, et ne revinrent que longtemps après, ayant bien souffert de faim et de froid. Ils arrivèrent tout penauds à Notre-Dame-des- \nges, avouèrent leur faute, et reconnurent que Dieu avait voulu les punir pour avoir agi à la façon des autres sauvages.
Le règlement quotidien peut se résumer ainsi :
Après le lever, ils se mettaient en prières pour consacrer à Dieu leurs actions de la journée. Puis ils se rendaient à la chapelle pour la messe dont ils n’entendaient que la première partie jusqu'à lOflertoire, tant qu'ils n'étaient que catéchumènes.
Après la messe, le déjeuner, puis un des Pères leur apprenait à bre et à écrire. Une courte récréation précédait. ensuite la leçon de catéchisme à laquelle ils se montraient toujours bien attentifs,
Dans l'après-midi on leur enseignait encore un peu de lecture, et puis on leur donnait leur liberté jusqu'au soir.
Après le souper, ils faisaient l'examen de conscience et la, prière du soir, et enfin ils allaient prendre leur repos.
Voilà comment se passaient les journées au séminaire des Hurons, dans une profonde régularité de vie. Le Père Le Jeune est luimême émerveillé du résultat. “Etre né sauvage, dit-il, et vivre dans cette retenue, c’est un miracle ; être Huron, et n'être point larron, comme en effet ils ne le sont point, c’est un autre miracle ; avoir vécu dans une liberté qui les dispense d’obéir même à leurs parents, et ne rien entreprendre sans congé, c'est un troisième miracle!” (1)
Dans un autre endroit de la relation de 1637, le Père Le Jeune dit qu'on ne pouvait rien voir de si souple, c'est-à-dire de si docile
qu'un séminariste Huron. Puis il cite plusieurs exemples de leur
dévotion, de leur attention aux exercices de piété, de l'accord qui
régnait entre eux et de leur désir de bien faire, Pour ne citer qu'un trait de la manière dont ils comprenaient les préceptes de l'Eglise, un jour le Père Anne de Noïüe amena avec lui deux d’entre
(1) Relation de 1637, p. 60.
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