LK SÉMINAIRE DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES
naire, s'ailachant au premier point, recommençant j)our faire changer le second, les mêmes visites, les mêmes lettres et les mêmes mémoires. En étudiant les archives de cette époque, on éprouve un regret très vif de la discrétion de M. Bilhère; ses lettres sont rares, courtes, sobres de faits, plus sobres encore do sentimenis. Il n'est guère possible que dans ces longues luttes, il n'ait eu quelques moments de découragement, quelques impressions de tristesse, qu'il n'ait reçu çà et là des paroles dures, des promesses banales, des sourires de dédain que connaissent tous les solliciteurs ; il ne le dit pas et ne s'en plaint pas ; il agit et supporte tout en silence ; un seul sentiment le domine, c'est l'espérance ; encore voudrait-on qu'il nous expliquât par quels moyens il compte réaliser ce qu'il espère ; il ne le dit point : « Nos affaires vont bien : >♦ « Je ne désespère pas de réussir : » « On s'occupe activement de notre affaire; » quelquefois il ajoute le nom d'un personnage qu'il a sollicité ou l'indication d'une visite qu'il a faite; c'est tout. Il fallait assurément qu'il lut doué d'un caractère fortement trempé et d'une expérience consommée, ce vieillard qui seul concevait ses plans, seul les exécutait, ne confiant au papier et à ses amis que le résultat de ses efforts, quand il l'avait atteint.
Au-dessus de tous les personnages importants que M. Bilhère essayait d'intéresser à son œuvre, il y avait à Paris, un homme qu'il n'était nul besoin de solliciter, qui de lui-même s'occupait des Missions. C'était le Souverain Ponlife Pic VU. Lors de sa visite à la Malmaison, il avait présenté à l'empereur un mémoire dans lequel il recommandait le Séminaire des Missions- Etrangères.
Le 30 ventôse, an XIII (21 mars 1805), Napoléon adressa au chef de l'Eglise une lettre qui répondait à chaque demande de ce mémoire. Dans l'article qui concernait les Missions-Etrangères, il était dit : « Sa Majesté dotera volontiers le Séminain^ des Missions-Etrangères et pourvoira abondamment à tout ce que la Propagande pourra décider. Pour un objet si important les plus grands sacrifices lui paraîtront légers ».
Deux jours plus tard, le 2 germinal an XIII (23 mars 1805): l'empereur rétablissait le Séminaire des Missions-Etrangères et la congrégation du Saint-Esprit par le décret suivant :'
' Arch. (lo^ M.-*^., vol. X, p. ;]10.
Au palais des Tuilferies, le 2 germinal an Xlll. (23 mars 1805).
Napoléon, empereur des Français, sur le rapport du ministre des cultes, décrète :
Article l'*^
Les établissements des missions, connus sous les dénominations des Missions-Etrangères et du Séminaire du Saint-Esprit, sont rétablis.
Akticlf 2.
M. de Billères, (sic) supérieur du Séminaire, dit des Missions-Etrangères, rue du Bac, est autorisé à accepter des tiers acquéreurs, la donation de Tédiflce, autrefois consacré à ce Séminaire, et les revenus et biens qui y étaient attachés. Il pourra, ainsi que ses successeurs, accepter toutes fondations et donations qui seront faites à cet établissement.
Article 3.
La maison de campagne, située près la forêt d'Orléans, et ses dépendances, provenant du Séminaire du Saint-Esprit, lui sont rendues, et sont mises à la disposition de M. Bertbout, supérieur actuel du dit Séminaire et de ses successeurs ; ils demeurent autorisés à recevoir les fondations et donations qui seraient faites pour Tœuvre des missions.
Articij: 4.
Les actes de fondations et de donations, acceptées par les supérieurs des Missions-Etrangères et du Séminaire du Saint-Esprit, seront soumis à la sanction de Sa Majesté Impériale.
Article 5.
Les ministres des finances et des cultes sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.
Signé : Napoléon.
Par rempereiir
Le secrétaire d'Etat . Signé : Hu<irKS B. Marft.
On dit que Thistoire se répète. Ceux qui connaissent l'origine du Séminaire des Missions-Etrangères ont dû, en lisant la dernière partie de cette étude, songer à celle parole.
Entre la fondation et le rétablissement du Séminaire, en effet, il y a plus d'une analogie; le dévouement de Mademoiselle d*Escars remplace celui de Madame d'Aiguillon; Mademoiselle Bochard de Saron prête son nom comme Messieurs de Garibal et d'Argenson avaient prêté le leur; le cardinal Antonelli qui visite le Séminaire ne raf pelle-t-il pas le cafdinal Chigi qui le bénit en 1663; TEglise etTEUit s'unissent au dix-neuvième siècle de même qu'au dix-septième; Pie VII approuve la résurrection comme Alexandre VII avait approuvé la naissance, et Napoléon donnant l'cxislence légale continue l'œuvre de Louis XJV.
Les Directeurs ont donc accompli la tâche qu'ils s'élaient imposée, ils ont soutenu les Missions et rétabli le Séminaire. Pendant toute cette période leur vie offre un spectacle d'une édifiante grandeur et d'un fortifiant enseignement. Habileté pratique, intelligence des situations difficiles, connaissance des hommes, ces qualités apparaissent dans tous leurs actes, et au-dessus d'elles, les développant ou les faisant naître, un sentiment de foi et de dévouement donne à leur existence son caractère parti<îulier et distinctif, rattachement à leur œuvre.
Aux premières mesupcs vexatoires , ils répondent par des lettres, des rapports, dès mémoires, où des faits précis, racontés en un langage modéré corroborent d'indiscutables raisonnements ; vis-à-vis des officiers municipaux , des soldats, de la populace, ils se montrent courageux sans jactance et affables sans bassesse ; lorsque la situation rend leur présence plus nuisible qu'utile au Séminaire, ils partent pour l'exil ; et sur la terre étrangère, pendant plus de'dix années, sans fortune, sans appui, presque sans nom, on les voit, toujours unis de cœur et d'action, toujours persévérants, toujours fidèles, s'adresser aux papes, aux cardinaux , aux évêques, aux rois, aux ministres, aux ambassadeurs, aux catholiques, aux protestants, et par des démarches, des instances, des sollicitations nombreuses, obtenir des secours pour les Missions, envoyer vingt-trois prêtres en Extrême-Orient, publier des relations qui ravivent l'idée de l'apostolat, racheter leur maison, revendiquer pour la Société
son nom et sa liberlé, enfin, après avoir dissipé les préjugés des hommes politiques, conquérir le rétablissement du Séminaire. Ceux qui liront ces pages et qui ont aimé la Société des Missions-Etrangères, jusqu'à lui donner leur vie, conserveront une immortelle gratitude pour ces humbles prêtres , si patients dans la souffrance et si vaillants dans la lutte; mais ils puiseront aussi dans les événements multiples dont nous avons déroulé la trame une pensée plus haute ; le passé leur sera un sûr garant de lavenir, il fortifiera leur espérance en la stabilité d'une œuvre visiblement protégée par la Providence, il augmentera leur confiance en Celui-là seul qui « tient tout en sa main, qui sait le nom de ce qui est et de ce qui n'est pas, qui préside à tous les teiips et prévient tous les conseils »