VANNES EUGÈNE LAFOLYE, ÉDITEUR
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Le Séminaire des Missions-Etrangères à Paris est la maison mère et le noviciat de la Société des Missions-Etrangères. C*est le lieu où les jeunes ecclésiastiqucc qui aspirent à la vie apostolique, sont réunis, sous la direction d'anciens missionnaires, pour faire ou terminer leurs études théologiques, éprouver leur vocation, se perfectionner dans l'esprit de dévouement et de sacrifice, en un mot, pour se préparer par l'étude, la retraite et la prière à l'œuvre difficile de la conversion des infidèles.
Il fut fondé, en 1663, par les procureurs des évêques français que le Souverain Pontife, Alexandre VII, avait envoyés en Chine, auTonkin, dans la Cochinchine et au Canada.
Pendant le xvn* et lexvnr siècle, il continua l'œuvre de ses fondateurs ; en 1789, il avait déjà envoyé 236 prêtres en Extrême Orient, il était chargé de cinq missions où l'on comptait 02 prêtres français, une centaine de prêtres indigènes et plus de 250000 chrétiens.
La Révolution traita le Séminaire comme elle traita toutes les maisons religieuses ; elle chassa ses directeurs, emprisonna ses missionuaires, ferma ses portes, et spolia ses biens. De cet asile de prêtres et de lévites, elle fit une caserne qu'elle vendît plus tard à vil prix. Mais la Révolution passa ; le Séminai. e fut racheté ; Napoléon le rétablit dans tous ses droits; les direr'.eurs revinrent de l'exil, et l'œuvre de Dieu reprit son cours. C'est
cette histoire que nous entreprenons de raconter avec quelques détails.
Nous avons puisé tous nos renseignements dans les archives du Séminaire des Missions-Etrangères, composées des lettres des Directeurs, de leurs mémoires, de leurs rapports, et des lettres des cardinaux et des évoques en relation avec les missionnaires. Ces pièces n'ont jamais été publiées, ni môme étudiées ; aussi les avons-nous parfois longuement citées, pensant que plusieurs de nos lecteurs seraient heureux de faire avec les hommes et les événements une connaissance plus complète et plus intime.
Mais avant d'entrer dans le récit des faits, nous jetterons un coup d'œil sur le Séminaire des Missions-Etrangères et ses habitants, sur le règlement et les coutumes qui y étaient en vigueur, en 1789.
Au coin de la rue du Bac et de la rue de Babylone, dans une cour rectangulaire où Ton pénètre par une large porte cochère, et qu'entourent des maisons de modeste apparence, s'élevait et s'élève encore aujourd'hui l'église des Missions- Etrangères, dont la première pierre fut posée par l'archevêque de Paris, François de Harlai, au nom de Louis XIV, le 24 avril 1683.
Quelques pilastres d'ordre ionique, un fronton triangulaire décorent seuls la façade de cet édifice ; un porche où Ton monte de chaque côté par un large escalier en pierre, donne accès dans l'intérieur, vaste vaisseau éclairé de larges fenêtres de style grec.
L'extrême simplicité de l'église] n'était relevée, à cette époque, que par des pilastres en marbre et par trois tableaux de maître : une adoration des Mages de Carie Vanloo, placée au-dessus du maître-autel, une Sainte Famille deRestout, et une autre Sainte Famille d'André Bardon dans la nef.
Sous la chapelle, aussi large, mais un peu moins longue et formant réellement^ ainsi qu'on la nommait^ l'église inférieure, s'étend la crypte. Elle était ornée de trois tableaux de Mauperrin , l'Adoration des Mages, la Sainte Vierge, Saint François Régis.
et décorée d'inscriptions funéraires indiquant la place où avaient été déposés, au XVIP siècle, le cœur de Bernard de Sainte Thérèse, évêque de Babylone, le cœur de Louis Voyer d*Argenson et celui de Louise de la Tour d'Auvergne, plus connue sous le nom de M"*" de Bouillon, tous les trois bienfaiteurs insignes du Séminaire.
Après avoir quitté la chapelle, et pénétré à gauche dans une cour plus grande que la première, on avait devant soi un bâtiment « à trois étages carrés et un en mansarde couvert partie en tuiles, partie en ardoises avec chenaux et descentes en plomb, éclairé par treize croisées sur la cour de l'intérieur et sur le jardin, cinq sur la cour du côté de la rue de Babylone et trois sur la tourelle opposée. » C'était le Séminaire. En voici la description d'après un manuscrit de l'époque.
« Il est distribué en triple, à tous les étages, au moyen d'un corridor de toute la longueur éclairé aux deux extrémités ; le corridor du rez-de-chaussée est coupé par une cloison, et celui du premier étage à une de ses extrémités par une grande grille à hauteur d'appui. Le rez-de-chaussée est distribué en plusieurs grandes pièces, le premier étage a treize pièces à droite et à gauche du corridor, dont dix à cheminées ; il est exploité par quatre escaliers avec rampe de fer, dont un grand monte de fond en comble, un autre monte jusques au second étage, le troisième sur la cour de la rue de Babylone s'arrête au premier étage, et le quatrième, qui est un escalier dérobé, prend du second étage jusques au quatrième, à droite du bâtiment*. »
On comptait Irente-sept chambres, « dont la plupart étaient des chambres ordinaires meublées d'un lit d'étoffe commune en laine ou en coton ainsi que les rideaux des croisées, d'une commode, d'une table, de chaises de paille, et s'il en était de mieux ornées, les meubles appartenaient à ceux qui les occupaient*. »
Un large vestibule conduisait « sur un perron garni de deux rampes en pierre » d'où la vue embrassait le jardin du Séminaire et les jardins voisins avec leurs massifs de grands arbres au-dessus desquels s'élevait le dôme des Invalides.
Le Séminaire des Missions-Etrangères était gouverné par des
* Archives des Missions-Etrangères. Titres de propriétés non catalogués, a Archives des M.-E. vol. XXXV. p. ^23.
, -*' prêtres portant le nom de Directeurs. Suivant la teneur des lettres patentes données par Louis XVI^ au mois de mai 1775, ces Directeurs étaient divisés en deux catégories : les Directeurs perpétuels et les Directeurs procureurs.
Les premiers étaient choisis, soit parmi les prêtres amis de la Société, soit parmi les missionnaires et élus par tous les Directeurs réunis en Conseil, ils devaient être cinq, au plus six*. Ils étaient nommés à vie d'où leur nom de Directeurs perpétuels.
Les Directeurs procureurs ou députés étaient ainsi appelés parcequ'ils étaient élus et envoyés par les missions. « Chaque mission avait le droit d'envoyer au séminaire un missionnaire chargé de sa procuration; le missionnaire ainsi envoyé, et à ce seul titre, était reçu au nombre des Directeurs, et il en avait tous les droits et en exerçait toutes les fonctions : le choix de ce missionnaire se faisait par le supérieur de la mission et par les missionnaires, à la pluralité des voix ; on pouvait le révoquer de même*. »
A cette époque, les Directeurs du Séminaire étaient au nombre de neuf : cinq Directeurs perpétuels dont voici les noms : M. Hody, Martin, du diocèse de Bayonne, ancien supérieur du séminaire d'Arles, reçu directeur le 18 août 1751, élu supérieur pour la première fois, le 19 mai 1756, pour la seconde fois, le 24 janvier 1760, pour la troisième fois, le 13 janvier 1772, et pour la quatrième au mois de janvier 1790. Il fut le seizième supérieur et le dernier, avant la Révolution'.
M. Bramany, André, du diocèse d*Embrun, nommé directeur le 14 mai 1752. Ni les menaces, ni les persécutions ne pourront vaincre son attachement pour le Séminaire, il y restera jusqu'à sa mort en 1793\
M. de Beyries, Jean, du diocèse d'Aire, reçu directeur le 5août 1761, élu supérieur le 13 janvier 1783, réélu le 17 juillet 1786 .
M. Alary, Georges, du diocèse d'Albi, rappelé de la mission du Su-Tchuen (Chine), par le Séminaire de Paris. Il était le premier
• Lettre patentes. — art. 3.
» Id. Id. — Id. 4.
. « Arch. des M.-E. vol. XCI, p. 43, 53, 59, 69.
* Id. Id. Id. p. 44.
» Id. Id. Id. p. 56, 66, 67.
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missionnaire revenu en France pour être directeur perpétuel ; il enseignait la théologie aux aspirants des missions *.
M Bilhère, Thomas, du diocèse d'Aîre, supérieur pendant 26 ans d'une petite o(M»grégation de prêtres établis au Mont- Yalérien, élu directeur le 9 janvier 1789, il avait la charge d'économe. C'est lui qui, pendant la Révolution, veillera sur le Séminaire, le rachètera et plus tard sollicitera son rétablissement.
Les Directeurs procureurs étaient au nombre de quatre : M. Boiret, Denis, né à la Flèche, parti pour TExtrôme-Orient, en 1760, député par la mission de Cochinchine en 1773, en 1789, il était chargé de la recette du Séminaire *.
M. de Chaumont, Denis, missionnaire au Fokien pendant onze ans, revenu en 1787, comme procureur des missions de Chine '.
M. Blandin Pierre-Antoine, missionnaire de 1778 à 1787 au Tong-King, dont il était le procureur au Séminaire *.
M. Descourvières Jean- Joseph , du diocèse de Besançon , ancien missionnaire au Congo ; ancien procureur à Macao , député de la mission de Siam en 1788 '•
Les travaux de ces prêtres consistaient surtout dans la direction et l'enseignement des séminaristes qui se destinaient à l'apostolat, dans la gestion des biens du Séminaire, dans l'étude et la conduite des affaires que les missions avaient à traiter, tantôt à Rome, avec les congrégations ou avec le Souverain Pontife, tantôt en France avec le gouvernement, dans l'envoi en Extrême-Orient des missionnaires et des secours offerts par la charité des fidèles.
A ces travaux multiples, ils ajoutaient la prédication dans les communautés religieuses , les hospices , et les paroisses soit à Paris, soit aux environs, ils faisaient le catéchisme aux pauvres, aux ouvriers, « enfin ils ne négligeaient aucune œuvre de religion et de dévouement*. »
Nous avons trouvé écrites de la main de M. Boiret, mais
* Archives des Missions-EtrangèroSf vol. XCIV, p. 16. » 1(1. Id. Id. vol. Id. p. 18.
« Id. Id. Id. vol. Id. p. 17.
^ Archives des Missions-Etrangères, vol. Id. p. 17. » Id. Id. Id. vol. Id. p. 18.
* Dulaure. Tableau hist. de Paris. 4 vol. ?• partie, p. 424.
6 LE SÉMINAIHE DES MISSION S-âTRANGÈHES
très probablement copiées par lui sur un autre manuscrit, les lignes suivantes qui indiquent les qualités et le9 verttts demandées dans les Directeurs du Séminaire des Missions Etrangères ; on y trouve , avec la finesse d'analyse et Télégan^e. de diction du dix-huitième siècle, la marque d'un esprit sérieux, réfléchi et éminemment pondéré.
« Des hommes ordinaires, y est-il dit, qui connaitraient i>eu l'esprit du Corps ou qui le connaissant, manqueraient de force et de constance pour le maintenir ne sont pas ceux que Dieu a choisis pour cette œuvre. Il en est d'une piété fort tendre, d'un zèle épuré, mais d'une capacité médiocre pour maîtriser les affiiires, neqtte hos elegit Lomintùs, Il en est de savants, qui feraient bien un syllogisme, qui décideraient bien un cas de conscience et qui ne viendraient que pour disputer : qu'on les laisse, c'est une perte pour nous. Il en est d'un âge trop jeune, sans expérience, incapables par eux-mêmes de prendre un parti et susceptibles des premières impressions qu'on voudra leur donner, ces espèces de gens seraient inutiles au Séminaire et pourraient, dans certaines circonstances, mettre l'œuvre en danger. Qui faut-il donc choisir ? Des hommes qui aiment l'œuvre pour Dieu, qui aiment la paix, qui aient un cœur fait pour l'union et la fraternité, qui n'aient point d'ambition pour occuper des places, qui n'aient point la folie de courir après les bénéfices» qui fassent leur objet principal de l'œuvre à laquelle ils sont appelés, qui pensent souvent, devant Dieu, aux moyens de l'étendre et de la perpétuer, qui, après la connaissance bien approfondie de ces moîens, aient assez de prudence pour ne rien brusquer et assez de constance pour ne rien abandonner, attingit a fine usqtce ad finem fortiter, et omnia disponU suavUer ; voilà l'esprit de Dieu. Enfin il nous ftiut de ces hommes dont le cœur soit tellement disposé, qu'ils soient toujours prêts à passer les mers et à se consumer dans les missions si la nécessité ou l'utilité de l'association l'exige*. »
Volontiers on se dirait que l'auteur de ces lignes a eu en vue moins de fixer des règles et de poser des principes, que de tracer le tableau du passé et celui de l'avenir, le portrait des aïeux et celui des fils.
Près des Directeurs, soumis à leur autorité, formés par leurs conseils, instruits par leurs exemples, étaient les séminaristes qui se destinaient aux missions. Ordinairement leur nombre variait de dix à quinze, prêtres pour la plupart ; on leur donnait le nom d'apirants. Le règlement qu'ils devaient suivre ne contenait
* ArchiTes des Missiond-Etrangères, toI. XXX V, p. 1*21.
aucune disposition austère, aucune injonction sévère ; il était, au contraire remarquable par son esprit de modération, de simplicité, et de douce piété.
En été et en hiver, le lever était fixé à 5 heures. A 5 h. 1/2, directeurs et aspirants se réunissaient dans « une chapelle interne pour vaquer, pendant 3/4 d'heures, àl'oraison mentale*. » Après Toraison, ils récitaient en commun Prime et Tierce, puis ils célébraient la sainte Messe, ou y assistaient... Ils déjeûnaient « d'un morceau de pain et d'un verre de vin et d'eau'. » Le reste du temps jusqu'à la conférence devait être employé à Tétude; à dix heures 3/4 commençait une conférence sur la théologie morale, le professeur se servait principalement des ouvrages du P. Antoine, et expliquait aux élèves les décrets de la Propagande ou du Saint-Office relatifs aux missions'. »
A 11 heures 3/4, avait lieu Texamen particulier: A midi le dîner « qui consistait en une soupe, un bouilli, une entrée et un fruit, ou un morceau de fromage* ». Après le dîner, Tadoration du Saint-Sacrement, pendant quelques minutes, et la récréation au jardin. Les vêpres et les compiles se récitaient en commun à 1 h. 3/4.
De 3 heures à 4 h., une conférence sur TEcriture sainte, « particulièrement touchant les points dont la connaissance était le plus nécessaire aux missionnaires*. » A 5 h. 3/4, une seconde oraison qui durait une demi-heure « après laquelle on récitait « posément » matines et laudes*.
A 7 heures^ le souper oh l'on servait « une portion de viande et un fruit; ceux qui ne voulaient pas de viande le soir, et c'était le plus grand nombre, recevaient cette portion en légumes, il n'y avait de la salade que deux fois la semaine.' »
Le souper était suivi d'une récréation pendant laquelle « plusieurs se réunissaient pour réciter le chapelet. » Après la prière du soir^ qui se faisait à 8 h. 3/4, « chacun se retirait dans sa chambre en silence. »
* Archives des Missions- Etrangères, voL CCXXII, p. 189.
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îd. p. 190.
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Le dimanche, le mercredi et le samedi, il y avait quelques changements dans l'ordre de la journée. Le dimanche et les jours de fêtes « on chantait la grand'messe et les vêpres à l'église. »
Le mercredi, qui était ordinairement jour de congé, les séminaristes « étaient dans l'usage d'aller ensemble à la promenade, hors de la ville, depuis la fin de la récréation, après dîner, jusqu'à l'oraison du soir qui,ces jours-là, n'étaitque d'un quart d'heure'.» Le jeudi matin, par une mansuétude toute spéciale du législateur, qui avait songé qu'au lendemain d'une sortie il était bon de laisser reposer les promeneurs plus longtemps, « on ne sonnait le réveil qu'à 6 heures'. »
Le samedi, avant la prière du soir, le Supérieur ou un autre Directeur faisait « une exhortation sur quelque sujet de piété. »
Chaque année, au mois de novembre, les Directeurs et les séminaristes faisaient, en commun, une retraite de huit jours. On y lisait les méditations de M. Tiberge, supérieur du Séminaire, à la fin du dix-huitième siècle.
Le 31 décembre se passait une cérémonie particulière et assez curieuse dont le coutumier nous donne entièrement la description. « Au lieu de réciter matines et laudes avant le souper, on les récitait à l'église, à 10 heures du soir, après quoi, le Supérieur ou celui qui en avait été chargé, faisait une exhortation relative au renouvellement de l'année ; celte exhortation finie, on chantait le psaume Miserere^ puis Ton vaquait à l'oraison mentale jusqu'à minuit. Alors on chantait le Te Deum auquel on ajoutait quelques prières pour demander à Dieu la grâce de bien employer la nouvelle année*. »
Tel était le règlement du Séminaire, Tordre, la prière, l'étude en étaient les éléments principaux ; la mortification corporelle était réduite aux limites prescrites par les règles générales de l'Eglise. On jeûnait et on faisait maigre, pendanrt le carême, pendant Tavenl, aux vigiles dos fêtes désignées.
Les Directeurs avaient aussi eu la pensée d'initier les aspirants des missions à quelques œuvres spéciales de zèle et de charité. Chaque jour, un séminariste récitait la prière avec les domestiques de la maison, leur faisait une lecture spirituelle ou
♦ Archive» des Missions-EtrangtVes vol. C<3XXII, p. 101.
> Id. Id. ^ Id.
'Coutumier du Séminaire au dix-huiti^m-' siècle, vol. XCII, p. 1*)?.
un sermon. Tous les dimanches, plusieurs d'entre eux enseignaient le catéchisme aux enfants abandonnés, chaque année, ils leur prêchaient la retraite préparatoire à la première Communion.
Chaque année, également pendant la quatrième semaine de carême et la première semaine de novembre, « ils donnaient des exercices spirituels aux ouvriers. » Quelques jours avant ces retraites, ils allaient « dans les ateliers, dans les jardins des environs, ordinairement dans la rue de la Plume, dans la petite rue du Bac, dans les rues Saint-Placide et du Sépulcre et jusques dans les réduits où se retirent les pauvres, pour les exhorter à assister à ces exercices*. » « Ils allaient encore aux fontaines des Incurables et de la rue de Grenelle, pour inviter les porteurs d'eau ; sur le quai des Théatins, du collège des Quatre-Nations, pour inviter les charbonniers et sur la rivière, du côté du Gros- Caillou, où il y a beaucoup d'ouvriers qui travaillent au bois fïottéV »
Aucun moyen, on le voit, n'était négligé pour former aux vertus sacerdotales les futurs apôtres de l'Exfrême-Orient. Le petit nombre des séminaristes, leur âge déjà avancé, leur caractère éprouvé par quelques années de ministère, permettaient de leur donner cette éducation exempte de surveillance et de contrainte, d'autant plus forte, qu'elle contenait un plus grand nombre d'enseignements pratiques.
Une troisième classe de personnes habitait le Séminaire. Elle était composée d'étrangers qui ne se mêlaient en aucune façon à la vie de la maison, ou s'ils le faisaient, ce n'était que rarement et poussés par leur dévouement pour les missions ; on les désignait sous le nom de pensionnaires. Possesseurs d'une maison trop vaste pour les besoins de leur œuvre, et surtout pour leurs modiques ressources, les Directeurs avaient accordé à plusieurs personnes de demeurer avec eux : on y voyait des prélats, des abbés, des pieux laïques qui venaient passer un temps plus ou moins long à Paris , ou même s'y établir définitivement. Ainsi en 1780, l'abbé de Fénelon, confesseur de la reine Marie Leczinska de Montgazin , évêque de Chartres, habitaient le
• Archives des Missions-Etrangères, vol. CCXXII, p. 103. a M. id. vol. XCII, p. 13.
séminaire; en 1781, M. Vernet; en 1785, M. d'Herblay, M. Trégarec, etc., etc.
Le dernier confesseur de Louis XVI, Tabbé Edgeworth de Firmont , y resta pendant dix-huit ans. Par reconnaissance, pour les services qu'à plusieurs reprises il avait rendus au Séminaire, il fut élu Directeur le 14 février 1790, mais un vice de forme empêcha la validité de son électioil à laquelle les circonstances empêchèrent de procéder de nouveau.
Tel était l'état du Séminaire des Missions-Etrangères au début de la période révolutionnaire ; assurément les habitants de cette paisible demeure, pieux ecclésiastiques, vétérans des missions, jeunes gens destinés à passer leur vie entière dans des pays lointains, étaient plus que tout autre étrangers aux passions et aux querelles des partis ; s'ils avaient songé à la chose publique, ce n'eût été que pour étudier la connexion intime de l'état du catholicisme, en Extrême-Orient, avec la situation politique de leur pays, pour espérer entre leur mère, la Sainte Eglise, et leur patrie, la France, une union toujours plus constante et plus complète, propre à assurer, à toutes les deux, les avantages qui naîtraient d'une influence réciproquement favorable et des services mutuellement rendus.
Mais qu'importait à la Révolution les missionnaires, leurs travaux et leurs services ; ils étaient prêtres, ils formaient une société religieuse, double et plus que suffisant motif pour les condamner à l'exil et ruiner leur maison.
L'histoire du Séminaire des Missions-Etrangères, à cette époque, s'ouvre par l'élection d'un représentant chargé de prendre part aux travaux de l'assemblée que les communautés ecclésifistiques devaient tenir, afin de nommer des députés aux Etats-Généraux. Les Directeurs choisirent « M. de Beyries, supérieur de la communauté, lui donnant pouvoirs requis et nécessaires à l'effet de les représenter, comme aussi pouvoirs généraux et suffisants de proposer, remontrer, aviser et consentir à tout ce qui peut concerner les besoins] de l'Etat*. » M. de Beyries
* Arcriyes des Missions-Etrangères, vol. LXXXI p. 46.
accepta le mandat que lui confiaient ses confrères et le remplit selon leurs intentions.
Les journées de juillet qui avalent vu la prise de la Bastille et les meurtres de Delaunay et de de Plesselles, n'avaient pas passé sans que plusieurs couvents n'eussent à souffrir des dommages plus ou moins graves. Placé entre cour et jardin, caché par de nombreuses maisons, le Séminaire eut la bonne fortune de rester inaperçu des émeutiers : cette situation privilégiée lui permit d'être généreux envers ceux qui avaient été moins fortunés ; et le procès-verbal du Conseil des Directeurs, tenu le lundi, 3 août 1789, contient cette déclaration :
« M. le Supérieur a dit que Messieurs de Saint-Lazare ont souffert des dommages très considérables par les dégâts qui ont été faits, dans leur maison, pendant ces derniers jours de trouble et qu'il paraîtrait très à propos et convenable de leur accorder quelques secours, en témoignage de notre sensibilité aux maux qu'ils ont essuyés et aussi de notre reconnaissance pour la bonté avec laquelle ils accueillent et traitent, en toute occasion, nos missionnaires ; sur quoi la communauté, pénétrée de ces sentiments, a arrêté que M. Hody remettra douze cents livres à M. de Beyries supérieur qui voudra bien se charger de faire parvenir ladite somme à M. le supérieur ou procureur de Saint-Lazare*. »
C'était un nouvel acte de cette bonne et dévouée confraternité qui, unissant depuis leur origine, la congrégation de Saint- Vincent de Paul et la société des Missions-Etrangères, n'a fait que s'accroître et se fortifier au milieu des mômes luttes et des mômes travaux entrepris sur les mêmes plages pour le triomphe d^une commune cause.
Le Séminaire allait bientôt supporter de plus rudes blessures que celles qu'il aidait à guérir.
L'Assemblée constituante le frappa, en môme temps qu'elle porta le premier coup au clergé de France. A la suite des discussions des 10 et 11 août 1789, un décret régularisa tous les articles arrêtés dans la nuit du 4 août, et ordonna la suppression de la dîme, sans rachat. Le Séminaire perdit ainsi 12 à 13 000 livres de revenu'.
Voici le relevé d'une partie des dimes qu'il percevait alors et qu'il dut abandonner. Il est copié sur l'inventaire des biens du Séminaire fait à cette époque'.
* Archives des Missions-Etrangères, vol. LXXXI p. 47.
* Obserratlons à l'Assemblée nationale, Arch. M.-E. vol. XXXV, p.373.
* Invent, des biens du Séminaire, Vol. XXXV» pag. 211^ 212.