I^E SÉMINAIRE DES MISSIONS-ÉTRANQÈRES
« Dîmes de blés de la paroisse de La Celle et partie sur la paroisse de Guérard 3000 livres. Dîmes en avoine sur les mômes paroisses, 800 livres; dîmes de vin, année commune, 1200 livres.
Dîmes de la paroisse de Touquin, 800 livres.
Dîmes de la paroisse d'Ormeaux affermées 833 livres, lO sols.
Portion de dîmes dans la paroisse de Vaudoy, louées 333 livres 6 sols 8 deniers.
Un tiers d'un droit de dîme dû par Tabbaye de Faremoutiers 72 livres.
Portions des dîmes de Conroy et de Calibourdet, diocèse de Châlons-sur-Marne, affermées 300 livres*.
Dîmes de la ville et de la paroisse de Saint-Benoit-du-Sault, y compris ce qui s'enlève sur les terres du village de Mainele, paroisse de Parnac, 28 boisseaux de froment et 82 boiseaux et i/4 de seigle.
Dîmes de la paroisse de Roussin affermées 281 boisseaux de fh)ment, 635 boisseaux de seigle et 46 livres en argent. — Dîmes de la paroisse de Parnac 8 boisseaux 1/2 de ft-oment, 370 boisseaux de seigle et 4 livres 16 sols en argent.
Dîmes et terrages sur la paroisse la Châtre-au- Vicomte affermés à différents particuliers 896 boisseaux 1/2 de seigle et 170 livres.
Dîmes de blé et de vin avec 4 morceaux de terre dans la paroisse de Saint-Cyran affermées à différents particuliers 12 boisseaux de froment, 132 boisseaux de seigle et 1015 livres en argent*. »
La suppression de ces revenus n'était que le prélude et Tannonce de persécutions plus violentes ; les directeurs du Séminaire le comprirent, et loin de partager les illusions d'hommes qui, inconscients du danger et confiants dans l'avenir, continuaient de vivre sans voir Tabîme ouvert sous leurs pas, ils songèrent aux moyens de préserver leur œuvre.
Quelques semaines après la rentrée de Louis XVI à Paris, au lendemain du jour où Talleyrand avait lu, à l'assemblée, un long rapport concluant à la spoliation complète du clergé de France; M. Boiret écrivit au cardinal Antonelli, préfet de la Propagande de qui relève immédiatement la Société des Missions-Etrangères. 11 exposait en termes généraux la situation politique, les craintes que l'on en pouvait concevoir, et présentait l'avis du cardinal sur l'établissement du Séminaire en pays étranger*.
« L'état actuel de la France, lui disait-il, nous fait tout craindre pour l'extinction de notre œuvre ; les Etats-Généraux veulent s'emparer do tous les biens ecclésiastiques et détruire toutes les communautés sécu-
« Archives des Missions-Etrangères, vol. XXXV, p. 215, 216. » Boiret à Antonelli le 11 octobre 1789, vol. XXXV, pag. 314.
lières et régulières ; nous ne devons pas nous attendre à être plus favorisés que les autres. Si les dangers augmentent, j'aurai l'honneur de m'adresser à votre Eminonee ; afin de pourvoir à la conservation de notre maison dans un autre royaume, dès maintenant je suis prêt à aller à Rome, pour en conférer avec votre Eminence et obéir à ses ordres. »
Les difficultés de la situation n'avaient pas échappé au cardinal ; à Rome, comme dans rEurope entière, on suivait avec inquiétude le progrès des idées révolutionnaires qui agitaient la France; cependant il trouva prématuré de donner Tordre d'émigratioft que semblait souhaiter M. Boiret. Rester en France, attendre les événements et ne céder que devant Timpossibilité bien démontrée de toute résistance, lui parut le moyen le plus prudent et ayant les plus grandes chances de succès.
4c J'ai reçu votre lettre qui m'entretient des dangers de votre Séminaire, répondit-il, le 29 novembre suivant, je les connaissais déjà et par les journaux et par le public, car tout le monde aujourd'hui s'occupe de ce qui se passe en France. Je comprends à quels périls vous êtes exposé, aussi mon inquiétude est grande et ma douleur amère. Je ne crains pas de le dire, c'en est fait du catholicisme en Chine et aux Indes, si votre séminaire n'a plus d'élèves que vous puissiez envoyer enseigner l'Evangile et succéder aux hommes illustres qui travaillent aujourd'hui, dans ces pays lointains. Mais hélas, quels peuvent être les remèdes à tant de maux? La raison, ni l'expérience ne m'en font découvrir aucun. Des larmes, des prières peuvent seules fléchir la colère de Dieu, toucher sa miséricorde, obtenir que le sang de vos frères n'ait pas été inutilement répandu, et que les millions d'infidèles ne restent pas plongés dans les ténèbres du paganisme.
« Veuillez m'écrire très exactement tout ce qui, de près ou de loin, intéressera votre Séminaire. Vous m > parlez de venir à Rome, je vous félicite de cette pensée qui me montre votre foi et votre bonne volonté, mais attendez encore, suivez la marche des événements et réfléchissez à ce que vous en pouvez espérer ou craindre.* »
Celte lettre n'était pas encore parvenue à Paris, qu'un décret, voté le 2 novembre, mettait à la disposition de la nation toutes les propriétés et tous les revenus ecclésiastiques. Le vol était autorisé par la loi ; avant de Taccomplir, Treilhard ajouta l'insulte à la spoliation et voulut traiter les membres du clergé comme des banqueroutiers, selon l'énergique expression de
* Traduit deritalien. Card. Anton, à Boiret, 25 nov. 1789 vol. CCXXXVIl.
révoque de Clermont, en proposant de mettre les scellés sur les titres, les bibliothèques et les mobiliers de tous les établissements ecclésiastiques. Cette fois, rassemblée n'osa pas autoriser cette mesure odieuse à laquelle Topinion ne semblait pas suffisamment préparée; elle se contenta d'imposer, aux titulaires des bénéfices et aux supérieurs des établissements, une déclaration de tous leurs biens et l'obligation d'affirmer que rien n'avait été soustrait. Le roi sanctionna ce décret le 18 décembre, et le 5 mars suivant, « Bartiïélémi-Jean-Louis Le Couteulx de la Noraye, lieutenant de maire au département du domaine de la ville de Paris, » fit comparaître M. Hody, supérieur du Séminaire et reçut « la déclaration générale des biens de la maison et et des charges dont lesdits biens peuvent être grevés*. » Cette déclaration était conçue en ces termes :
« Les revenus attachés au Séminaire des Missions-Etrangères se montent à 117,787 livres. Il sols,! 1 deniers ainsi répartis : l^^daySlO livres pour le loyer des maisons étant dans Paris ; 2<> 48,057 livres, 6 sols, 6 deniers pour les rentes sur le roi et sur les particuliers ; — 3<» 19,417 livres, 4 sols, 3 deniers pour fermage des biens dépendant du prieuré de la Celle ; 4<» 6817 livres pour le fermage des biens et revenus de Saint- Benoit-du-Sault, diocèse et généralité de Bourges.
» Les charges dont est grevé le Séminaire se montent à 53,718 livres, 6 sols, 4 deniers, savoir : 1° 32,497 livres, 16 sols pour les charges des biens do Paris et de l'intérieur dudit Séminaire; — 2° 14,732 livres, 3 sols, 4 deniers pour les biens de la Celle et de Brie ; — 3<> 6568 livres 7 sols pour les charges annuelles de la prévôté de Saint-Benoit-du-Sault'. »
Ainsi déduction faite des charges, les revenus du Séminaire s'élevaient à la somme de 64,069 livres 5 sols 7 deniers. »
Le 26 mars suivant, M. Hody se présenta de nouveau à la municipalité portant l'inventaire détaillé des biens et des charges de la communauté.
* Inventaire des biens du Sémin., XXXV, p. 201.
' Cet inyentaire se divise en neuf parties :
La ire contient Tindication de tous les biens meubles du séminaire, gratification annuelle du roi : 1500 livres — Gratification annuelle du clergé 1300 livres — des rentes sur rHûtel-de-Ville, sur les Etats de Bretagne, sur les Etats de Bourgogne, sur les Etats du Languedoc, sur la compagnie des notaires du Chàtelet, sur le clergé de Nimes, sur le séminaire d'Auxerre, sur les religieuses de Notre- Dame de la Fermeté au diocèse de Nevers, sur Tabbaye de Cluny et enfin 7 actions de Tancienne compagnie des Indos nouvellement achetées le l**»* janvier 1789.
Cet inventaire était accompagné d'une note indiquant l'usage que le Séminaire faisait de ces biens. << Tous les revenus des Missions-Etrangères, disait cette note, sont employés annuellement à Tentretien des supérieurs, des directeurs, des jeunes élèves qui sont gratuitement nourris, à la sub-
La seconde partie comprend le prix du loyer des maisons que le Séminaire possédait à Paris avec le nom des locataires. — Sur la rue du Bac, un hôtel était ioué 6000 livres au duc de Clermont-Tonnerre, un second hôtel loué le même prix au duc de Saulx-Tavannes, un troisième à Mesdames de Hautefeuille et de Lamothe 3000 livres, ensuite quelques appartements dans les bâtiments de Tancien séminaire donnant sur la cour de l'Eglise, plusieurs boutiques rue des Grande-Degrés, rue des Vieilles-Thuileries, et rue des Saints-Pères.
La troisième partie ren ferme l'en umération des charges etdes dons du Séminaire, il donnait aux sœurs de rEnfant-Jésus,rueSaint-Maur, 2189 livres 10 sols, il dépensait pour les catéchismes et les retraites préchées aux ouvriers et habituellement aux savoyards, 375 livres ; pour les missions, dans les lieux les plus abandonnés de la France, 240 livres; pour l'entretien des hôtels, maisons boutiques, charges de police, cens et rentes payées à l'abbaye de Saint-Germain et du domaine du Roi et différentes redevances 11817 livres. Les autres charges se composaient de dett?s faites à diverses époques et que la modicité des ressources du Séminaire n'avait pas permis d'acquitter.
Les 4 paragraphes suivants donnent le détail des revenus et des charges des prieurés de La Celle et de Saint-BenoU-du-Sault. On y peut relever le nom des fermas suivantes avec le prix du fermage ; la ferme du Lureau, dans la paroiss3 de Touquin, louée 2700 livres, la ferme de St-Blandin àBailly 6600 livres, Le Coudray près Rosay 825 livres, la ferme du Chemin à la Celle. 3600 livrçs, la moitié de la ferme des Loges à Bailly près Nangis, 1000 livres, deux tiers de la ferme des Bouleaux, à La Croix en Brie, les fours et les moulins banaux de Saint- Benolt-du-Sault, le moulin banal deMontpesat, etc.
L3 Séminaire nommait les curés et les vicaires dans les paroisses qui dépendaient de ces prieurés, mais il devait donnera ces prêtres un viatique honorable. Le curé et le vicaire de Saint-Benoît aecevaient le premier 720 livres et le second350; les curés de Hautefeuille, d'Ormeaux, de Pezarches, de Touquin, le vicaire de Bailly, de 900 à 300 livres, les curés de Mouhet, de la Châtre, de Boussines, de Chaillan* « une portion congrue de 300 à 100 livres. »
Le neuvième paragi'aphe contenant l'énumération des vases sacrés, linges et ornements du Séminaire et un catalogue très abrégé de la bibliothèque, Citons en une partie : deux ostensoirs, un en vermeil et un en cuivre argenté. On se seinrait de ce dernier pour donner à la crypte le « salut du St-Sacrement » dans le» réunions hebdomadaires des ouvriers ; trois ciboires un en vermeil et deux en argent ; sept calices, deux en vermeil et cinq en argent; les ornements n'étaient ni en grand nombre, ni de bonne qualité, le nom des objets est presque toujours suivi de la remarque « très usé ».
Trois chasubles, six tuniques ou dalmatiques avec neuf chappes il fond blanc pour les messes solennelles, et pour les messes basses douze chasubles aussi à fond blanc dont plusieurs sont très usées.
« Invent, du Sém. XXXV, p. 200, 2J8.
sislance des missionnaires français qui sont répandus dans les royaumes de la Chine, du Tonkin, de la Cochinchine, Ciampa, Cambodge, Laos, Siam, à celle des six évêques et des six collèges à qui on envoie, tous les ans, leurs pensions alimentaires, de plus sur les mômes revenus, on paye les voyages des missionnaires qui partent de Paris pour leurs missions. Ces voyages sont très dispendieux*. »
Assurément les Directeurs avaient eu raison d ajouter cette note qui montrait le judicieux emploi des biens du Séminaire, mais il était évident qu'elle ne servirait à rien. Les hommes qui ne respectaient nulle justice et violaient ouvertement tous les droits de la propriété ne s'arrêteraient pas, devant une nouvelle iniquité et s'inquiéteraient peu des intérêts des missionnaires et des chrétiens de la Chine ou des Indes. Bientôt, en effet, le Séminaire ne posséda plus rien.
Dans une lettre du 19 avril 1700 adressée au cardinal Antonelli M. Boiret écrivait'.
Une chasuble, deux dalmatiques et six chasubl*»s à fond rouge pour les messes solennelles, et pour les messes basses douze chasubles aussi à fond rouge dont la plupart sont très usé.»s.
Neuf chappc's et dix-huit chasubles vertes, violettes ou noires. « Cinquante autres dont au moins la moitié sont très us<^es, trente nappes d'autel, trente surplis et tout le petit linge nécessaire pour le service divin.— La bibliothèque renfermait environ 15000 volumes^ on y trouvait les œuvres des plus célèbres interprètes de l'Ecriture saint? les principales éditions des Pères de Ti^igliso, les Conciles, plusieurs ouvragi»s de théologie, de prédication, de piété, de controverse, en particulier toutes les no^vres de Bossuet et de Fénélon, quelques volumes sur le droit civil et le droit canonique; l'auteur de l'inventaire fait la remarque que cette dernière partie est très complète. La première édition de l'Encyclopédie, le dictionnaire de Morin et celui de la Mortinière et quelques autres dictionnaires d'histoire, de médecine et de droit, les principaux historiens ecclésiastiques, quelques auteurs profanes entre autres l'histoire universelle, en 120 volumes et l'histoire naturelle de Buffon; cent quatorze ouvrages chinois et malabares, en 792 volulnes, les Kwff ou livres canoniques de la Chine avec de nombreux commentaires, le Li Ky Tsi 2\hu livre des rits avec le commentaire en dix volumes, le Li Ki Chan^ Y explication familière sur le livre des rits en seize volumes. Le CM Ki histoire de Chine par se Matshien en vingt-netif volumes etc.
* Arch. Mis.-Etr. XXXV. p. 219.
a id. XXXV. p. 31b.
' Dulaure se trompe en diî^aul 2.i000 vol.
« .reus l*honneur de vous marquer, Monseigneur, tout ce que nous avions à craindre du décret de rAssemblée nationale du 2 novembre 1789. Ma crainte vient de se réaliser le 13 et le 14 de ce mois. Les décrets rendus par l'Assemblée sont les plus destructeurs pour la religion et pour le clergé de France. La nation s'est emparée de tous les biens ecclésiastiques et l'administration en est confiée en attendant leur vente, aux assemblées de districts et de départements, de soii^e que voilà le clergé tout à fait dépouillé de ses biens. N(»us sommes ensevelis dans le môme abîme, et notre maison est détruite, n'ayant plus de revenus pour faire face aux dépenses des missions. J*ai l'honneur de faire part à votre Eminence de cette triste nouvelle, la suppliant de vouloir bien dans sa sagesse trouver des moyens d'empêcher la ruine de cette œuvre importante, soit en la laissant en France, soit en la transportant à Rome ou dans les états du duc de Savoie. Nous ne savons encore comment l'Assemblée pourvoira à notre subsistance et à celle des missions, elle n'a rien statué sur cet objet, nous voilà bien entre les mains de la Providence. Ce qu'il y a de fàchenx, c'est de ne pouvoir recevoir en notre Séminaire aucun élève, et ils se présentent en grand nombre, et de ne pouvoir envoyer aucun secours aux missions*. »
A ces lettres remplies de si mauvaises nouvelles et qui en présageaient de plus désastreuses encore, le -cardinal Antonelli répondit le 12 mai 1700 ^
€ .T'ai appris avec un vif déplaisir le décret de l'Assemblée nationale qui dépouille les églises et le clergé de tous leurs biens, et je partage vos craintes au sujet de votre Séminaire qui ne pourra plus subvenir aux dépenses des missions. Quoiqu'on puisse espérer qu'une œuvre si sainte soit sauvée du commun naufrage, cependant la prudence veut qu'on cheiche les moyens de la conserver. C'est pourquoi, avant de prendre aucune résolution, il est nécessaire que vous m'envoyiez un compte des fonds et des revenus que possède votre Institut ainsi que de dépenses faites annuellement pour le maintien des missions, en spécifiant ce qui regarde chaque pays et même chaque province. Avec ces données, nous verrons s'il est possible de trouver quelque compensation, et nous chercherons où le Séminaire pourra s'établir. »
M. Boiret, s^empressa d'obéir. Il envoya au Préfet de la Propagande le résumé de l'inventaire des biens du Séminaire nouvellement fait par ordre du gouvernement, y joignit les chiffres des allocations données aux vicaires apostoliques et aux missionnaires ainsi que le catalogue de toutes les fonda-
* Arch. des M.-K. vol. XXXV, page 467.
t Arch.' id. vol. CCXXXVll, traduit de l'italien.