‹ Le sénat de la République romaineChapitre 1 sur 162 · DE LA SECONDE ÉDITION DU T. I · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE ÉDITION DU T. I

Ce n'était ,pas sans une certaine appréhension que je livrais à la publicité, en 1878, le premier volume du Sénat de la République romaine. Le Sénat romain a occupé dans les annales des derniers siècles avant Tère chrétienne une place si considérable que rhistorien op le publiciste le rencontr^'nt à chaque pas qu'ils posent dans le domaine de l'histoire ancienne. Il pouvait donc sembler téméraire de traiter à nouveau un sujet que d'aucuns considéraient peut-être comme épuisé, et ce qui m'inspirait le plus d'inquiétude, c'est que, sur des questions nombreuses et non des moins importantes , mes études m'avaient conduit à des résultats entièrement opposés au^ opinions généralement accréditées.

Cependant ma publication reçut un accueil bienveillant. Je ne pii^, pour des causes diverses, commencer l'impression du T. Il qu'après un assez long intervalle, et comme, b ce momient, le tirage du T. 1 était épuisé, je résolus de faire du T. Il un tirage plus considérable, me réservant de publier ensuite une seconde édition du T. I.

Cette réimpression me fournit l'agréable occasion d'exprimer mes sentiments de reconnaissauce envers les savants et les critiques qui ont bien voulu consacrer des comptes-rendus à ma publication. Tous, ils ont montré une bienveillance extrême pour mes études, H ils leuV ont prodigué des éloges que je ne saurais accepter safis réserve.

'Ce n'est pas à dire que mes critiques aient agréé (outes les théories et toutes les conjectures que j'ai émises sur la conipos'îtion et sur la compétence du Sénat. Au contraire, snr plusieurs points, j'ai rencontré de vives contradictions ; et celui-là seul qui ne connaît pas l'état de nos sources historiques, pourrait s'en étonner (1). Il y a bien des ques-

(1) Pour permettre aux lecteurs qui s'intéressent plus spécialement à notre sujet, d'examiner les observations qui ont éié faites sur certaines de nos théories, je transcrirai ici là liste de quelques comptes- rendus :

Literàrisch Centrdlhlàtt fuer Deutschland (Leipzig, 2 nov. 1878, 23fév. 1884), par Fi\ R(Ùlil).

Jenaër LitéMiuvzeitung (Leipzig, 14 juin 1879, 328-332), par L. Lange.

Blâtter fuer bayerisch Gymnasialwesen (Munich, 18^9, XV, 86-90, 1883, ' XIX, 54è-o47\ par M. Rôttftiâhner.

Zeitschrift fuer oesten^eichische Gymnasien ^Vienne, 1879, Xxk, p. 46Ô- 470) et (1884, XXXY, p. 309\ par 0. Hirscbfeld.

Philologische Rundschau ifivQmQn, 1884, IV, 46-55), par W. Soltau.

tions, spécialement sur les origines, pour lesquelles il faut renoncer à Tespoir d'arriver jamais à un système absolument certain.

Pour donner un exemple de ce genre de questions, je citerai le problème sur Torigine des classes primitives que nous rencontrons à Rome, les patriciens, les clients et les plébéiens. Ma théorie sur Torigine de la plèbe, que j*ai simplement esquissée dans le Ch. I du T. I, a soulevé de vives objections. Toutefois, je ne pense pas qu'il soit nécessaire de revenir ici sur cette controverse, dont Texposé et Texamen exigeraient une longue dissertation. Quelle que soit la solution de ce problème,, elle n'influe d'une manière essentielle sur aucune des théories fondamentales que j'ai défendues sur la composition du Sénat.

En 1883, M. G. Bloch (1) publia un livre très remarquable sur Les Origines du Sénat romain^ dans lequel il étudie la formation et la dissolution du Sénat patricien, partant, spécialement la période royale.

Philoloffische Anzeiffer (Qàttingen, 1884. XIV, 62-77), par 0. Gilbert.

Philologische Wochenschrijî (Berlin, 12 mai 1883), par H. Genz.

von Sybéls Historische Zeitschrift (Munich, 1884, T. LU, 511-515), et- Korrespondenzblatt fuer die Oelehrtenr und Realschulen WiXrtembergs (Stuttgardt, 1884, p. 220-223), par G. Egelhaaf.

Zeitschrift der Savignystiftung fuer Rechtsgeschichte (1882, p. 171-176,. 1884, p. 283-287), par J. Merkel.

Jahresherichte ueber Geschichtswissensckaft (Berlin, 1879, p. 74-76).

Jàhresberichte ueber die Fortschritte der Alterthumswissenschaft (Berlin, 1879, XIX, p. 411-427, 1884, XXXVI, p. 232-237), par H. Schiller.

Athenaeum Belge (Bruxelles, 16 juin 1878, mai et juillet 1883), par Troisfontaines.

L'Instruction publique ^Paris, 27 juillet 1878), par A. Dupond.

Polybiblion (Paris, octobre 1883), par A. de Bartliélémy.

Comptes-rendus de V Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres (1878, p. 122), par L. Renier.

Comptes-rendus de V Académie des Sciences morales et politiques (1878,. 23 mars), par Ch. Giraud.

Le Correspondant (Paris, 10 février 1883), par Ch. Lescœur.

Le Journal des Débats (Paris, 8 mars 1883), par M. Block.

Revue générale du Droit (Paris, 1884, p. 94-96), par E. Thunot.

Remce historique de Paris (Paris*, 1 janvier 1884, p. 165-179), par G. Bloch.

Revue critique d^ histoire et de littérature (Paris, 6 oct. 1884), par C. Jullian.

Rivista di filologia (Turin, XII, 272-278, 1883), et Rivista critica délie scienze giuridiche e sociali (Rome, I, 324-326), par H. Ferrero.

La Rassegna settimanale di politica, scienze, lettere ed arti (1881, Rome, p. 293-296), par I. Gentile. ^

Studi e documenti di storia e rfm«o (1884, Rome, V, 159-160), par G. G(atti)..

Academy (Londres, 1878).

The Nation (New-York, 19 juin 1879), etc.

(1) Paris, Ern. Thorin.

Le savant auteur semble me &ire un reproche d'avoir glissé si rapidement sur l'organisation du Sénat royal, à laquelle je n'ai consacré que quelques pages. « Cependant, comme nous le disions dans un compterendu de Touvrage de M. Bloch, le but que nous nous proposions était d'exposer, comme le titre de notre ouvrage l'indique, le Sénat de la République romaine. Les origines, la période royale ne devaient former qu'une courte introduction à cette étude. Les origines du Sénat et son histoire pendant la période royale sont si intimement liées aux origines / et à l'histoire de toutes les institutions de la Rome patricienne que Tune question ne saurait être examinée d'une manière approfondie, sans que l'on aborde toutes les autres. C'est ce que M Bloch a parfaitement compris. » Aussi son ou\rage, qui ne compte pas moins de 334 pages, comprend-il, outre l'exposé des origines du Sénat, un système à la fois neuf et ingénieux sur l'origine de la Ville éternelle et sur son organisation pendant la période patricienne.

Une de mes théories fondamentales, c'est que le Sénat resta exclusivement patricien jusque vers 400 avant J. C. C'est sur elle que reposent mes systèmes sur la composition du Sénat au début de la République et sur la patrum auctoritas. Cette théorie a rencontré des partisans convaincus et des adversaires décidés. L'importance de la question en litige m'a engagé à discuter en détail les objections de mes adversaires dans une étude spéciale, dans laquelle je suis également revenu sur les questions connexes, telles que les criteria du patriciat, les prérogatives des sénateurs patriciens, l'interprétation du terme pedarii, l'interrègne, etc. Cette étude se trouve sous forme d'appendice au T. I, p. 638-665, et elle est intitulée : La formule patres conscripti et Vèpoque de V admission de la plèbe au Sénat.

Une nouvelle époque dans l'histoire du Sénat s'ouvre avec le plébiscite Ovinien. Ce plébiscite a formulé les principes qui ont présidé au recrutement du Sénat pendant les trois derniers siècles de la République. Partant, l'interprétation du plébiscite Ovinien, sur lequel nous sommes si peu renseignés, est de la plus haute importance pour connaître la composition du Sénat pendant la grande période de la République. Mon interprétation, qui a été acceptée par plusieurs de mes critiques comme un fait incontestablenaent démontré , repose sur la distinction à faire entre le devoir des censeurs de choisir au Sénat les plus di]gnes parmi tous les anciens magistrats et entre le jus sententiae acquis directement à la suite de la gestion de certaines magistratures. A mon avis, le plébiscite Ovinien s'est occupé uniquement du premier point, et nullement du second. Ce système a été soumis à une critique minutieuse (1) par un des savants les plus renommés de l'AUe-

(l) De plebiscitis Ovinio et Atinio disputa tîo. Leipzig, 1878.

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magne, L. Lange. J'ai exposé Met examiné les objections subtiles et sa^ vantes, présentées par Lange, dans une étude qui est également publiée ^ous forme d'appendice, à la fin du T. I, et qui traite successivement des droits sénatoriaux du flamen diulis (p. 665-668), du pléhiséite Ovinien (p. 668-689), et du pUbiseite Atinim (p. 689-693).

Les questions que je viens d'énumérer, sont les principales 'qui aient donné lieu à des controverses. Mes critiques ont été unanimes à reconnaître le soin minittieux avec lequel ont été exposées la composition et les compétences du Sénat pendant les trois derniers siècles de la République. On a insisté plus spécialement sur Tessai de reconstruire les listes sénatoriales à deux grandes époques de l'histoire romaine, en 179 et en S5 avant J. C, et sur les efforts qui ont été faits pour distribuer en certaines grandes divisions et pour coordonner en chacune d'elles les détails sans nombre que les (sources nous trâns» mettent sur la part du Sénat dans le gouvernement et dans Tadministration, en distinguant, partout où les données historiques le permettent, entre la compétence de droit, les attributions en quelque sorte constitutionnelles, et entre les pouvoirs que la pratiqueet rinfluedceeffec^ tive du Sénat lui ont peu à peu attribués.

L'on remarquera que la deuxième édition du T. I est la reproduction à peu près littérale, page par page, de la première édition J\ ai admis seulement quelques corrections de style, et psir ci 'par l{k quelques légères modifications de détail, spécialement ^ans les listes sénatoriales de 179 et de 5S. Dans l'intérêt des acheteurs de te première édition, j'ai réuni h la fin du Tofne, sous forme d'appendices, toute la partie nouvelle, qui pourra être acquise séparément. Le premier appendice sur Vadlectio et sfur les ornamentay le seul qtf i se tronve dans la première édition, a été sensiblement remanié et augfdèfifté. Les appendices II et III sont consacrés, comme nous l'avons dit plus haut, à Texamen des principales Controverses auxquelles cette publication a donné lieu. Quelques objections de détail ont été rencontrées dans les additions tt corrections^ imprimées après les appendices. Les appendices IV et V sont des études sur des documents de grande importance, qui ont été publiés depuis 1878, à savoir Yinseription d' Adramytium, et le Sénatusconsulte relatif à Mélitée et à Narthakion,

Certains critiques ont exprimé le désir de voir imprimé un tegistre détaillé des Matières. J'ai tâché de satisfaire à ce désir ; ^t, pour rendre le registre aussi complet que possible, je Tai distribué en cinq parties : le registre alphabétique des matières, ceNii des terntfès grecs, cèl^i des noms propres, la liste alphabétique des oognomina, «t ceHe tfés passages d'auteurs latins et grecs commenta et corrigés.

Louvain, le 15 mars 1885.

APPENIDICES.

OKNAMENTÀ GONSULARIA, PRAETORU ; SENTENTIÀM DIGERE LOGO PRAETORIO, GONSULARl ; ALLE6I INTER PRAETORIOS, GONSULARES.

Jusque vers la fin de la. République la gestion effective d une magistrature conférait seule à Tex-magistrat les insignes honorifiques de cette magistrature et le droit de siéger au Sénat et d'y dire son avis dans le rang correspondant à la magistrature dont il avait été revêtu.

Dès la fin de la République, nous rencontrons des exemples de la collation des insignes honorifiques et du rang sénatorial à des citoyens qui n'ont pas géré la magistrature correspondante. Les auteurs qui mentionnent ces promotions extraordinaires, parlent tantôt seulement des insignes honorifiques (omamenta)^ tantôt du rang sénatorial (locus^ sententia). Parfois ils se servent de Texpression : « eyxaTaXéyetv efç to6ç ÛTrareuxoraç y» « adlegere inter consulares, » etc. Y a-t-il une distinction essentielle à faire entre ces différentes expressions ?

Nipperdey (i) prétend que ces termes correspondent à trois institutions différentes, que Ton peut résumer de la manière suivante.

La collation des ornamenta consularia , praetoria, etc., consiste exclusivement dans le droit des insignes honorifiques, mais cette faveur ne confère pas le droit de siéger au Sénat, ni d'y dire un avis dans le rang dont on a obtenu les ornamenta. Sous l'Empire cette distinction était accordée par le feénat, d'ordinaire sur la proposition de l'Empereur.

Les termes sententiam dicere loco consulari, loco praetorio, etc., indiquent le droit de siéger et de dire son avis dans le rang consulaire, prétorien, etc., et, comme conséquence, le

(1) Anhang 2 zù den Loges Annales der Rom. Republik, p. 75-88, Leipzig,

droit d'avoir les insignes honorifiques de ce rang. Ceux qui obtiennent cette distinction sont dispensés de la gestion des magistratures inférieures au rang qui leur est conféré, mais ils n'acquièrent par là aucun titre aux magistratures supérieures. Ce privilège était également accordé par le Sénat.

Allegere inter consulares, praetorios, etc., au contraire, veut dire : assimiler sous tous les rapports un citoyen qui n'a pas géré le consulat, la préture, etc., au sénateur qui a été eflFectivement consul, préteur, etc., par conséquent, non seulement sous le rapport dès insignes, du locus et de la sentenlia, mais encore sous le rapport de l'admissibilité aux magistratures supérieures.

Mommsen (i) a réduit la triple division de Nipperdey, pour autant qu'il s'agit des sénateurs, à deux.

Sous l'Empire les ornamenta ont été conférés à des citoyens qui n'étaient pas sénateurs et qui n'étaient pas destinés à le devenir. En ce cas, naturellement, les ornamenta ne consistent que dans les insignes, sans conférer le rang sénatorial correspondant. Mais, quand les ornamenta consularia, praetoria, etc. sont accordés à des sénateurs d'un rang inférieur, ils ne sont jamais conférés, dit Mommsen, sans le locus^ sans \B.sententia correspondante, ou plutôt c'est toujours le locus qui est attribué ; les ornamenta en sont la conséquence. Partant, conférer à un sénateur prétorien la sententia loco consulari, ou lui attribuer les ornamenta consularia, c'est la même chose.

Mais, à l'exemple de Nipperdey, Mommsen distingue de cette première manière de promouvoir un sénateur d'un rang inférieur à un rang supérieur, et qui était, dit-il, de la compétence du Sénat, un second mode, qui était de la compétence de l'Empereur. C'est Yadlectio inter consulares^ inter praetorioSf etc. Celle-ci assimile, par exemple, Vadlectus inter praetorios au sénateur qui a été préteur effectif, même en ce qui concerne la brigue du consulat : ce qui n'est pas, ajoute Mommsen, le cas du sénateur qui a seulement obtenu les ornamenta praetoria ou le locus praetorius.

(1 Rôm. Staatsrecht, 1, 439-450, II, 898-905.

Les opinions de Nipperdey et de Mommsen nous semblent être contredites par les faits historiques. Ils ont commis Terreur de représenter comme deux ou trois institutions différentes et contemporaines une seule institution qui s'est modifiée avec le temps.

Postérieurement à la publication de la première édition de ootre ouvrage, cette intéressante question a fait Tobjet d'une étude spéciale et fort savante de G. Bloch (i). Il défeAd la théorie fondamentale de Mommsen. Nous avons puisé dans cette dissertation des renseignements fort utiles qui nous ont permis de préciser davantage l'histoire de la transformation de cette institution ; mais, loin d'ébranler notre thèse, les résuK tats qui ressortent de cette étude, la confirment au contraire.

Du temps de la République les ornamenta d'un rang sénatorial déterminé n'ont jamais été conférés à des citoyens qui n'étaient pas sénateurs. Il est vrai que les Censeurs de 70 ont rayé de la liste sénatoriale certains sénateurs, sans les priver de leurs ornamenta (2). Mais jamais les ornamenta n'ont été distribués, comme distinction spéciale, à des citoyens qui n'étaient pas membres du Sénat. Le premier exemple de cette innovation date du règne de Tibère, de 19 après J.-C. (3).

Cependant, dès l'époque de Su lia, nous voyons attribuer à des sénateurs d'un rang inférieur un rang supérieur flocus^ sententia) avec les ornamenta de ce rang : jamais les orna» menta du rang sans la sententia de ce rang (4). Et ce qui le prouve, c'est que partout où, du temps de la République, il est question de te les promotions, les auteurs emploient in*

(1) De decretis functorum magistrataum ornamentiç, De décréta adlectione in ordines functorum magîstratuum. Paris, 1883.

(2) Voyez plus haut, p. 148.

(3) Mommsen, Rôm. Staatsr., I, 447, n« 2.

(4) On opposerait peut-être à cette affirmation générale ce fait qu'en 56 le Sénat offre à Caton d'Utique, qui n'était que tribunicien, le droit de se revêtir de la toga praetexta aux jeux publics (Plut., Cat. min., 39). Mais là il 8*agLt d*une distinction spéciale et déterminée, nullement des ornamenta complété d un rang sénatorial. Notre opinion à ce sujet est partagée par Bloch.

différemment les termes o^mamenta consularia^ praetoria ou locus consttlaris, praetorius (i).

Ce furent d'abord des lois pénales qui introduisirent cette innovation. Elle servait à récompenser les sénateurs qui avaient réussi dans certains procès intentés à des sénateurs d'un rang supérieur (2).

Ce fut ensuite César qui conféra la môme distinction par favejur {3). Nipperdey (1. 1., p. 78), Mommsen (4) et Bloch (5) prétendent, il est vrai-, que Dion Cassius et Suétone parlent, dans les passages cités à la n® 3, de deux faits différents, et cela parce que Dion se sert des termes : « k toùç ÙTraTsuxdraç eyxa- TaUyeiv, 7, c'est-à-dire inter conszdares adlegere. J'admets que Dion Cassius s'est exprimé d'une manière inexacte, en ce sens qu'il s'est servi, en parlant de l'an 45 avant J.-C, d'un terme technique qui ne date que de la fin du premier siècle après J.-C, alors que l'institution à laquelle ce terme fut appliqué, avait déjà subi des modifications, comme nous le montrerons plus loin. Abstraction faite de cette remarque, je me demande quelle différence, môme dans le système de Mommsen, il peut y avoir entre le sénateur qui a les omamenta consulariay et celui qui est adlectus inter consulares. Le premier jouit, comme Mommsen l'admet et comme nous l'avons prouvé plus haut, de même que le secood, de la sententia consularis et des omamenta consularia. Uadlectio, dit Mommsen, assimile celui qui a reçu cette distinction à l'ancien magistrat effectif, en ce qui concerne la brigue des magistratures supérieures.

n) Voyez n«« 2-3, et p. 631, n« 4.

(2) Voyez p. 258-259. — - A la suite de la condamnation d'un sénateur prétorien, un sénateur accusateur obtient : « praetœ^iam sententiam et praeteœtam togam (Cic, p. Balb., 25 § 57); à la suite de la condamnation d'un sénateur consulaire, des rifjiai ÛTrartîtai (Dio Cass., XXXVI, 40). Partant, les omamenta consularia comprennent chez Dion Cassius le locus consularis.

(3) Voyez p. 591. Dio Cass., XLIII, 47 : « no»oùç Js.., Iç toùç ÛTraTiuxdraç. . . g7xaTï>eÇev, » c'est-à-dire, il leur donna le locus consularis, Suet., Caes., 76 : «♦ Decem praetoriis viris consularia omamenta tribuit. » Ici encore les con* sularia omamenta impliquent donc Je locus consularis.

(4) Rom. Staatsr., I, 445, n« 3.

(5) L. 1., p. 10 suiv.

Maïs le consulat est précisément la plus élevée des magistratures. Quel est donc l'avantage dont jouisse Vadlectv^ inter constUares et qui n'appartienne pas au sénateur honoré des omamenta consvlaria ? Aucun. C'est assez dire que Dion Cassius et Suétone parlent dans les deux passages cités plus haut d'un seul et même privilège, d'une seule et môme catégorie de sénateurs (i).

Jusqu'en 43 avant J.-C. tous les exemples de promotions à des rangs sénatoriens supérieurs par voie extraordinaire, c'est-à-dire, sans gestion effective de la magistrature correspondante, se rapportent à des citoyens qui étaient déjà membres du Sénat, mais qui siégeaient dans des rangs inférieurs.

Le 2 Janvier de Tan 43 le Sénat donne le premier exemple d'une nouvelle innovation. D'abord, il confère lui-même, ce qui n'était jamais arrivé, la dignité sénatoriale, la qualité de senator ; en second lieu, il attribue lui-môme, ce qui n'était jamais arrivé non plus, d'emblée le rang consulaire à ce nouveau sénateur. Il accorde à Octavien une double distinction, deiLX faveurs ; et cette dualité est parfaitement caractérisée par les termes mômes du Monumentum Ancyranum (2) : « npooTtaréXeÇe T]p ^ouX^ 9» (in ordinem suum [adlegitjj — « èv r^ raÇei twv 67raT[i)t(3v] ê|xoiro au/xêouXeusiv Sovtra-n (consularem locum \mihi tribuens] (3). »

Le terme adlegere (TrpocrxaraXéyeiv) ne s'applique qu'à la première faveur, la nomination de senator, abstraction faite du rang. Il ne se rapporte pas à la seconde faveur, par laquelle le senator adlectvs est classé dans le rang consulaire (4). Cette

(1) Nous verrons, d'ailleurs, plus loin que Dion Cassius lui-même ne fait aucune distinction entre Vadtedio inter constUares ou inter praetorios et la coUation des omamenta consularia ou praetoria,

(2) Voyez le texte plus haut, p. 600.

(3) La même distinction est indiquée chez Tite-Live : «* ut senator esset — cum considaribus omamentis *» (p. 600, n« 4), et chez Cicéron « sena;torem esse — sententiamque loco praetorio dicere » (p. 600, n« 2).

(4) Il est à remarquer qu'ici encore le locus consularis (Mon. Ane), ou la sententia loco consulari (Appien, B. C. 111,51, voyez p. 600, n« 4) est rendu chez TEpitomator de Tite-Live par les termes : omamenta consularia. — De

distinction est conforme au sens propre du mot. JcUegere signifie : ajouter au-delà du nombre normal (addere) (i). La loi déterminait le nombre normal des membres du Sénat, mais elle ne fixait aucune proportion numérique entre les différents rangs sénatoriaux. Le terme adlegere a conservé son sens propre jusqu'à Vespasien. Encore à l'époque de l'empereur Claude, le langage officiel des Inscriptions s'exprime comme s'exprimait le Monumentum Ancyranum : « A Ti. Claudio Caesare Augusto Germanico censor\e a\dlecto in senatum et inter tribuni[ci]os relato (2). » Il est manifeste qu'il n'y a absolument aucune difiFérence entre la terminologie du Monumentum Ancyranum et celle des inscriptions de Claude, et, partant, il est absolument arbitraire d'admettre qu'il s'agisse là des ornamenta, et ici d'un honneur essentiellement différent qui s'appellerait Yadlectio. Ce n'est que depuis Vespasien que l'expression : « adlectvs in senatum et relaivs inter tribunicios, inter praetorios » etc., s'abrège dani? le style officiel en : « adlectus inter tribunicios, inter praetorios, » etc. Depuis cette époque aussi, et seulement depuis lors, ces termes dans le langage officiel ne servent plus seulement à désigner, comme antérieurement, la nomination d'un non-sénateur à un rang sénatorial déterminé, mais encore la promotion par voie extraordinaire d'un sénateur de rang inférieur à un rang supérieur, bien que, en ce cas, il n'y eût pas dUadlectio dans I(î sens strict, primitif du mot (3).

même, la proposition de Cicéron : sententiam loco praetorio dicere, est traduite chez Plutarque (Ant., 17) par (rrpaTiîvtxà xodfua.

(1) Voyez p. 242.

(2) C. I., V, n® 3117. Voyez aussi une seconde inscription relative à la censure de Claude, citée par Bloch, p. 138, n^ 4. Quant à celle de L. Licinius, de la même époque (C. I., VI, 1442, Bioch, p. 339, n« 5), il est permis délire

aussi bien « adlec[tus a divo] Claudio inte[r patricios »» que >* adlectus,..

inte[r quaestorios » Cf. C. L, V, n^ 874, VI, n« 1383.

(3) On peut consulter à ce sujet la liste complète des inscriptions qui men> tionnent Vadlectio depuis Vespasien, chez Bloch, p. 139 suiv. — Une inscription de l'époque de Vespasien emploie encore les termes « et apsens inter praetorios relatus, » pour signifier l'inscription dans le rang prétorien d'un sénateur tribu nicien qui avait été désigné pour la préture, mais qui fut empêché d'e,ntrer en charge, ayant été envoyé par Vespasien en Afrique comme légat propréteur (Wilmanns, l9 1149).

Il est manifeste encore que la terminologie adoptée depuis Vespasien dérive directement, par abréviation, de celle qui est employée dans le Monumentum Ancyranum et dans les inscriptions de l'époque de Claude, et dès lors elle ne peut correspondre à une institution absolument différente. Jamais le langage épigraphique ne se sert de l'expression donari ornamentis consularibus, praetoriis^ quand il s'agit d'un honneur accordé à des sénateurs. Cette terminologie est exclusivement réservée pour désigner la collation des seuls omamenta d'un rang sénatorial à des membres de l'ordre équestre, sans que ceux-ci deviennent, pour ce motif, sénateurs (i) : innovation, qui date, comme nous l'avons dit, depuis Tibère (2). Le langage officiel distingue donc entre les sénateurs et les chevaliers ; il ne connaît pas, par ex., une collation à'omamenta praetoria ou de la sententia praetoriay qui soit à distinguer de Yadlectio inter praetorios.

Les historiens latins et grecs sont moins précis que le style épigraphique. Cicéron, Tite-Live, Tacite, Suétone ne parlent que des omamenta ou de la sententia (3jc Pline le Jeune emploie une fois l'expression officielle adlectus inter praetorios {i). Les Scriptores historiae Augt4stae se servent de tournures fort variées : per laticlavi honorem (5), déferre consularia omamenta (e), in senatum adlegere cum praetoriis dignitatibus{i), praetorium facere (s). La variété n'est pas moins grande chez Dion Cassius. Tantôt il mentionne les n^xai (omamenta) (9), tantôt la yvwfjiyî (sententia, loctisj (10) ; tantôt il traduit les

(1) C. I., V, no 3340. Wilmanns, n» 1248. Plin., Epist., VII, 29 § 2, etc.

(2) Voyez p. 126, n«3, p. 629. Bloch, 1. 1., 44 suiv.

(3) Voyez, outre les passages cités p. 630, n« 3, 631, n«* 3-4, Suet., Claud., 6, Tac., Hist., I, 79, IV, 4.

(4) Epist., I, 14 § 5.

(5) Lampr., Comm., 4.

(6) Lampr., Alex. Sev., 58. Spart., Had., 8.

f7) Capit., M. Ant., 10, cf. Pert., 6.

(8) Capit., Pert., 2.

(9) Cf. LIV, 10, 19, 22, 32, LVI, 17, LXXXVIII, 13. (10) Cf. LVI, 17.

termes oflSiciels « adlegere inter », par xaraXéystv (i), èy^araXéyetv (2), €)7pà<pgty (3), eorypatpsiv (4), xaraTao-ffety eç... (5).

La variété môme de ces expressions prouve qu elles s'emploient indistinctement. Si elles répondaient à deux ou trois institutions différentes, les écrivains auraient été obligés d'être plus précis. Cette identité se montre encore davantage, quand on compare les termes employés par divers auteurs pour exprimer le môme fait. Alors que Lampridius, dans la vie de Commodus, 4, racpnte que TEmpereur déchargea Tarrutenius Paternus de la préfecture du prétoire per laticlavi honorem, Dion Cassius (LXXII, 5) démontre que cette expression équivaut ici à Vadlectio inter considares {h roù^ ùnaTevx.6Ta(; Ttareihyfiévov); et quand Spartien, dans la vie de Hadrien, 8, dit : « Ut cum Attianum ex praefecto praetorii ornamentis consularibus praeditum faceret senatorem y nihil se amplius h ah ère qvx)d in eum conferri posset ostenderit^ » il entend parler évidemment, comme Bloch d'ailleurs l'admet (e), de ïadleciio inter consulares. D'ailleurs, Dion Cassius indique, d'une manière qui ne nous semble permettre aucun doute, qu'il ne fait aucune distinction entre les ornamenta praetoria et Vadlectio inter praetorios (7).

Et cependant, dit-on, cette distinction a existé. Le sénateur qui a reçu les ornamenta praetoria, ne peut briguer le consulat sans la gestion effective de la préture. Celui qui est adlectxis inter praetorios, le peut.

Là est précisément Terreur.

Nous posons en principe que la collation extraordinaire d'un rang sénatorial, de quelque terminologie qu'on se soit servi, a été sans aucun rapport avec la gestion effective des magistratures jusqu'à la censure de Vespasien et de Titus.

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