L. Filius L. f. Sab
Ce fragment appartient à la traduction grecque d'un acte officiel fait à Rome concernant des cités de l'Asie Mineure. Le mot Miisricù et les noms de membres de familles sénatoriennes qui se rencontrent sur la liste de noms propres, ne laissent aucun doute à cet égard. Il était donc naturel de supposer que notre texte est un fragment d'un sénat usconsulte, d'autant plus que le Sénat avait la haute décision dans les affaires étrangères et provinciales.
Cependant cette supposition se heurte à de graves objections.
La rédaction de notre texte s'écarte absolument de la rédaction officielle et traditionnelle de tous les sénatusconsultes connus (II, 209 suiv., cf. I, 711-712).
P Dans les sctes, les noms des témoins de la rédaction sont toujours placés après l'indication de la date et du lieu, et avant l'énoncé de la décision. Dans notre texte, la liste des noms propres suit la décision.
2^ Dans les sctes, l'énoncé de l'objet se compose de deux parties : d'abord, la question soumise au Sénat par le relator, ou dans les sctes concernant les affaires étrangères, la demande faite au Sénat par les députés étrangers (II, 211, cf. I, 712), en second lieu, la réponse du Sénat, c'est-à-dire la sentenfia adoptée. Il est matériellement impossible que ce genre de rédaction, ait été suivi dans notre document qui ne contient que quatre courtes lignes (6-7) pour l'exposé de l'objet en question et de la décision prise ; et dans les parties de phrases conservées rien ne fait reconnaître une rédaction analogue à celle des sctes.
3** Dans les sctes conservés, le nombre des témoins de la rédaction varie de 2 à 12(11, 209, cf. I, 711). Dans notre document, il y a aw moins trente-trois noms. Il y là un écart considérable, dont il est impossible d'expliquer le motif, surtout, comme Mommsen le fait remarquer, puisque l'objet de la décision est de minime importance. «Fieri tamen potest, ajoute-t-il (1. 1., 218), ut in senatusconsulto more soUemni per relationem facto nomina eorum qui decrevissent adscribenda fuerint, in senatusconsulto facto per solam discessionem numerus tantum ponendus, unumque hoc senatusconsultum sit adhuc repertum'factum per sententias latas more solemni. y» Cet essai d'explication ne nous satisfait pas. Il n'est pas probable que les sctes conservés, dont plusieurs se rapportaient à des décisions importantes (II, 207, n** 4), aient été tous faits par simple discessio, et il n'est pas exact de dire que les sctes de la République mentionnaient en bas du texte le nombre des sénateurs présents (II, 170). Cette indication ne se trouve dans aucun des sctes conservés ; c'est une innovation de
l'Empire (II, 170, n® 1), dont nous avons expliqué l'origine au .T. II, 166 suiv.
Pour ces motifs, nous concluons que notre document n'est pas un fragment de sénatusconsulte. La rédaction est conforme à celle des édits des magistrats faits de consilii sententia. Mommsen a publié dans le Hermès, II, 103, le texte officiel d'un décret d'un proconsul de Sardaigne de Tan 68 après J. C. Après la praescriptio : III idtts Martias L. Helvius Agrippa procos. Gaussa cognita pronuntiavit, — vient le corps du décret, et à la fin les mots : in consilio fuerunt, avec la liste des noms des assesseurs du conseil, classés par ordre hiérarchique. Plusieurs édits de ce genre se trouvent encore chez Josèphe, Antiq. jud.,XIV, 10, et bien que l'historien juif ne reproduise pas toujours le texte officiel, Ton y reconnaît cependant une rédaction analogue à celle du décret sarde, par ex. § 2 : #/ 'loùXioç Katcap, avTonp&Ttùp to dtvrepov xai âp;(igpeùç ^erà cu/xèovliov yvwfjDjç eTréxpiva. gTrei... // (les noms des membres du conseil n'y sont pas mentionnés) ; § 13 : « Aeiîxwç AîvtIoç vnaroq eïm. « Suit l'édit, puis « Trapricrav, n avec les noms des membres du conseil.
Cette analogie de rédaction nous porte à croire que notre document est un décret rendu à Rome (êv xopiertcj)), à la suite d'une délégation du Sénat, par un préteur (dont le nom n'est plus lisible) assisté d'un conseil, sur une contestation de frontières entre deux cités asiatiques, Adramytium et Pergame(II, 714, n« 3). Ce conseil, à Rome, ne se composait naturellement que de sénateurs, et, feomme dans tous les documents officiels, ces sénateurs ont dû être classés sur la liste d'après leur ordre hiérarchique, c'est-à-dire d'après les rangs sénatoriaux auxquels ils appartenaient. — Le décret est rédigé dans le discours indirect. Cela résulte de crTp]ar[yjy]ov et surtout de l'accusatif : gTreyvwxdra. Les premières lignes dont nous n'avons plus le texte, portaient probablement : Un tel, gouverneur de l'Asie, informe le peuple d'Adramyttum que...,.
A quelle époque remonte notre document ?
Les sénateurs présents au conseil sont tous désignés par le nom de la tribu, mais sans aucune mention de cognomina.
La désignation de la tribu dans les documents officiels, par exemple chez les témoins des sctes conservés, n'apparaît pas dans les sctes antérieurs à 159 (sctes de Delphiis, de Baccanalibus, de Thisbaeis, de Tiburtibus) (i). La désignation des cognomina apparaît pour la première fois en 56 dans le s. c. relatif à Aphrodisias (2). Notre document à donc été rédigé entre 159 et 56. D autre part, il n'est pas probable, comme Mommsen le fait observer (1. 1., 216),. que notre décret soit antérieur à la soumission de l'Asie, c'est-à-dire à 133 avant J. C. Il ne peut non plus être postérieur à l'époque de SuUa. Parmi les trente-deux noms qui y sont mentionnés, on rencontre trop de personnages inconnus pour qu'ils appartiennent à l'époque de Cicéron. D'ailleurs, d'après Earinus et Mommsen, les caractères et l'orthographe de l'original font supposer qu'il a été gravé dans les 30 ou 20 dernières années du 11^ siècle avant J. C. Toutes les indications concordent donc à placer notre décret vers la fin du .11'* siècle avant J. C.
Nous tâcherons de préciser encore davantage le moment de la rédaction.
Parmi les sénateurs qui assistent au conseil, est mentionné à la huitième place : C. Coelius C. f. Aemilia. Ce personnage ne peut être autre que C. Coelius C. f. C. n. Caldus, comme il est désigné dans un nouveau fragment des Fastes Capitolins, reproduit dans l'Ephenaeris epigr., IV, 253. Cet homo novus (3) fut tribun de la plèbe en 107 (4). Après avoir échoué dans la brigue de l'édilité (5), il arriva à la préture en
(1) Voyez p. 248-251. Dans le s, c. de Thisbaeis il y a une seule exception douteuse. Cf. Foucart, S. c. inédit de Tannée 170. Paris, 1872, p. 23-24.
(2) Voyez p. 252. Il est question ici de la liste des sénateurs-témoins, et non des noms des relatores. Ici nous rencontrons le cognomen déjà dans un s. c. qui date d'environ 150 avant J. C. Voyez p. 710.
(3) Cic, de or., I, 25 § 117 : •« Quis enim non videt, C Coelio... magno honori fuisse, homini novo, illam ipsam, quamcunque assequi pottterit, in dicendo mediocritatem ? »
(4) Il fut Tauteur de la lex Coelia tabellaria, qui introduisit le scrutin secret dans les Judicia perdicellionis, Cic, de leg., III, 16 § 36. Gros., V, 15. Drumann, III, 409.
(5) Cic, p. Plane, 21 § 52.
99, et obtint la province de l'Espagne citérieure qu'il gouverna jusqu'en 98. En effet, en cette année il fut succédé par le consul Didiu8(i). Il géra le consulat en 94 (Eph. ep., 1. 1.). D après la place qu'il occupe sur notre liste, Coelius y figure comme sénateur de rang prétorien. Le décret a donc été rédigé entre 98 et 94 avant J. C.
Ceci étant établi, reprenons la liste des sénateurs présents au conseil.
En tête se trouvaient les sénateurs consulaires. Il n'y a pas de doute pour le premier. Quant au second nom, il est effacé en partie ; mais il est plus que probable que sur 33 sénateurs-conseillers, il y avait au moins deux consulaires. Il n'y en avait pas plus ; le nom du troisième sénateur ne se rencontre pas sur les fastes consulaires.
Le premier sur la liste s'appelle Q. Caecilius Q. f. C'est ou bien Q. Caecilius Q. f. Metellus Balearicus, qui fut consul en 123, censeur en 120 avant J. C, ou bien Q. Caecilius Q. f. Metellus Nepos, qui fut consul en 98. Mais, comme nous croyons que le second sénateur était aussi consulaire, et que de 98 à 94 il n'y a pas eu de consul qui se soit appelé C, C. f. (2), le premier doit être Q. Caecilius Metellus Balearicus.
Parmi les consuls de 123 à 94 avant J. C, il n'y en a que deux qui s'appellent C, C. f. Ce sont C. Marins C. f., COS. en 107, et C. Flavius C. f. Fimbria, cos. en 104 (C. I., I, n"" 568). La lacune correspond plutôt à cinq lettres (^Aaou) qu'à trois (Map). C'est pourquoi nous avons préféré compléter Flavius.
Avec le troisième nom commence la série des sénateurs prétoriens : M. Pupius M. f., d'ailleurs inconnu, pourrait être le père adoptif de M. Pupius M. f. Piso Frugi Calpurnianus, qui fut questeur en 83 (p. 440, n"" 25), et dont le père adoptif était, au moment de l'adoption, summa senectute (a).
(1) Wilsdorff, Fasti Hisp. prov., 110-111. Cf. Mommsen, Hist. de la monn. rom., II, 506, n« 4.
(2) Tels sont le prénom du second conseiller et le prénom de son père. Voyea plus haut.
(3) Ps. Cic, de dom., 13 § 35.
Le quatrième sénateur, deuxième du rang prétorien, est
C. Cornélius M. f. Stellatina : « Vix ex Corneliis patriciis, dit Mommsen, 1. 1., 219; nam praenomen Gajus apud eos non reperitur. »
Mommsen est dans Terreur. Outre que Polybe (XXXII, 1) cite un C. (Cornélius) Lentulus, député du Sénat en 161, leô deux prénoms C. et M. sont fréquents dans la branche patricienne des Cornelii Cethegi. Citons :