‹ Le Sénat de la République romaine, sa composition et ses attributions (volume 2)Chapitre 85 sur 95 · II. të · texte numérisé non relu

II. të

Empiétant sur le pouvoir législatif du peuple, le Sénat remit en vigueur Tancienne loi qui défendait Yiteratio des magistratures (i), mais qui n'avait plus été observée sous la dictature de César. Il défendit aussi la délégation de la cura frumenti à un magistrat unique (2).

Comme autrefois, le Sénat accorde ou refuse aux candidats la dispense des lois qui concernent l'éligibilité aux magistratures (3), sans soumettre ces dispenses à la ratification du peuple, prescrite par la loi. Le refus opposé d'abord par le Sénat à la dispense qu'Octavien demanda pour briguer le consulat vacant, fut même la cause immédiate pour laquelle Octavien se sépara du parti sénatorial (4).

Le Sénat espérait aussi sans doute reprendre son influence sur les comices électoraux et spécialement sur les élections prétoriennes et consulaires soumises à la patrum avctoritat préalable.

Malheureusement, la mort simultanée des deux consuls à la suite de la bataille de Modène créa au Sénat de grands embarras. Les consuls pour 42 avaient été déjà désignés par César en 44 (5), et cette nomination avait été confirmée par la validation des ada Caesaris (a). Mais il fallait procéder à l'élection des préteurs pour 42, et d'après la Constitution romaine

laturtis esty » Phil., XIII, 15 §31 : « Veteranorum coZonto^, écrit M. Antoine au Sénat, dedtictas lege, — senatics consuUo sustulistis, » Cicéron lui répond : « Nos sicstulimtcs an contra legem comitiis ceniuriatis latam sanœimus. •

(1) C'est la portée, ce me semble, de ce passage de Dion Cassius (XL VI, 3^ § 3) : (( 'AireÎTTOv ^ii^sva Inï n'kiitù ;^ovov iviauToO ap;^ctv. »

(2) Dio Cass., 1. 1. : « ^knrjyôpsvtroiv /xjjtê rtva fftTOu imiu\iiixr,v pusTC Tpofw» cn-iTTaTijv eva aîpeÎTGai. »

(3) S. c. qui permet à Octavien de briguer les magistratures supérieures, aFee dispense de la questure, et comme s'il avait été questeur en 44 (d après Ciceroii, voyez T. I, 600, n« 2, et 632, n« 6), ou d après Dion Cassius, XL VI, 29, App., B. C, III, 51, un decennium avant Vaetas légitima. S. c. ultérieur qui lui permet de briguer la préture aux [premières élections. Dio Cass., XLVI, 4L Projet de s. c. proposé par Cicéron (Cic, Phil., V, 19 § 52) : - lUi L. Egnor tuleio (questeur en 44, ib., III, 3 § 7) triennium ante legitimum tempta magistratics petere capey^e gerere liœat, *•

(4) Voyez p. 751, n« 2.

(6) Voyez plus haut, p. 740-741 .

les comices prétoriens devaient être présidés par un consul ou par un magistrat avec pouvoir consulaire (i).

Il était donc nécessaire d'élire des consules suffecti. Mais ici gisait la difficulté. Les élections consulaires devaient être présidées par un dictateur ou par un interroi (2).

La dictature avait été abolie par la loi (3), et, avant que Ton pût désigner un interroi, tous les magistrats patriciens devaient abdiquer. Or, plusieurs magistrats patriciens étaient absents de Rome, et il y en avait môme dans l'entourage d'Antoine (4).

Nous ne trouvons nulle part chez Cicéron une indication de l'expédient par lequel le parti sénatorial espérait sortir de la difficulté. Aussi, bien qu'on eût eu d'abord l'intention de fixer les comices prétoriens au mois d'août (5), Cicéron, pour plusieurs motifs et spécialement, sans doute, en raison des difficultés constitutionnelles que nous venons de mentionner, usa de son influence sur le Sénat, et non sans succès (e), pour remettre les élections des magistrats de 42 jusqu'après l'entrée en charge des consuls de cette année (7).

Mais l'impatience d'Octavien hâta le dénouement. S'étant emparé de Rome, il obtint que les comices consulaires fussent présidés par des II tnri consulari poteatate coinitiis consularibus habendia {Svo nvwv àvrl uTràrwv) (g), élus eux-mêmes dans une assemblée présidée par le préteur, faisant fonctions de préteur urbain (9). Octavien et Q Pedius furent créés consules 8uffecti{io),

Nommé consul, Octavien exerce aussitôt des pouvoirs quasiabsolus. Parla le^v Pedia (11) il fait condamner à Yinterdictio

(1) Voyez mon Droit public rom., p. 171.

(2) Voyez mon Droit public rom.. p. 171.

(3) Voyez p. 740, n« 5.

(4) Dio Casa., XL VI, 45. Cf. Ps. Cic.,adBrut., 1,5.— Voyez plus haut, p. 9.

(5) Cic, ad fam., X, 25 § 2, 26 § 1.

(6) App., B. C, m, 83, 85.

(7) Cic, ad fam., X, 26 § 3 : « Comitia quarUum facere possumus, quod muîiis de causis reip. arhitramur conducere, in Januarium mensem protrudimus. »

(8) Lange, lïl, 535. Mommsen, Staatsr., II, 644, n« 2.

(9) Dio Cass., XL VI, 45.

(10) Dio Cass., XLVI, 46. Voyez T. I, 602.

comme meurtriers de César les principaux généraux du parti sénatorial, D. Brutus, M. Brutus, Cassius, etc. Il s'empare du Trésor public (i), oblige le Sénat à accorder à ses amis le gouvernement des provinces (2), à lui-même les armées de D. Brutus, le droit de recruter des légions supplé-aientaires et la conduite de la guerre contre Antoine et Lepidus (3). Le Sénat, par le senatuaconaultum ultimum, lui attribue des pleins pouvoirs, et il décide que, même après sa sortie de charge, Octavien, en qualité de proconsul, commandera les armées, de concert avec les consuls en fonctions, et ayant le pas sur ceux-ci (4). Meiis Octavien se réconcilia bientôt avec Antoine et Lepidus, il provoqua leur réhabilitation de la part du Sénat et du peuple (5), et conclut avec eux la convention de Bologne (ô). Elus par un plébiscite III viri reipublicae constituendae, ils entrèrent en charge le 27 novembre (7), et firent une proscription générale des partisans du régime républicain (s). L'année suivante ils remportèrent sur M. Brutus et Casssius la bataille de Philippi, qui fut le tombeau de la Républiqu(î romaine (9).

§ 4. LE TRIUMVIRAT JUSQu'aD PRINGIPAT d'aUGUSTE. 43-29 (10).

Le triumviratus reipublicae consiiiuendae causa, décrété en 43 par le plebiscitum Titium pour un terme de cinq ans (ii), du 27 novembre 43 au P janvier 37 (12), et renouvelé en 37 (13) par

(1) Dio Casa., XLVI, 46, 48.

(2) Dio Cass.. XLVI, 49.

(3) Dio Cass., XLVI, 46-50.

(4) Dio CasB., XLVI, 47.

(5) Dio Case., XLVI, 52. App., B. C, III, 96. Suet., Aug., 12.

(6) Dio Cass., XLVI, 55. App., B. C, IV, 2-3.

(7) Voyez n« 12.

(9) Dio Cass., XL VII, 39. App., B. C, IV, 138.

(10) Lange, III, 540-586.

(11) App., B. C. IV, 7. Dio Cass., XLVIÏ, 2. Mon. Ane, t. lat., c. 1, 9, t. grec, c. 1, 13-14. Liv., Epit. CXX.

(12) Cf. Fast. Colot. dans le Corp. Inscr., I, 466.

(13) Dio Cass., XLVIII, 54.

un autre plébiscite (i) pour un second terme de cinq ans (depuis 37 jusqu'au l' janvier 32) (2), accorda à Lepidus, Antoine et Octavien des pouvoirs absolus, qui n'étaient limités ni par le peuple ni par le Sénat (3).

Partant, toutes les attributions propres au peuple et au Sénat sont suspendues par l'existence même du triumvirat.

Les triumvirs régnent et gouvernent en maîtres absolus.

Non seulement ils abolissent et modifient les lois existantes selon leur bon plaisir (4), mais ils accordent encore des dispenses aussi bien des lois civiles qui règlent le droit privé (5) que des lois politiques qui déterminent les conditions de l'éligibilité aux magistratures (e).

Leurs édits ont une force égale à celle des lois. Dès lors, l'intervention du peuple dans la sphère législative devait être fort

(1) App., ni., 28 : « T^ âeitzipcL Trivraeria... ijv inï t^ Trpotépa cytctv aùrot â.j/î3fto^avTo, xcti 0 ^rj^ioç 87rix«xupwxst. » Il est vrai qu*Appien se contredr ailleurs, B. C, V, 95 : « 'Eripav gauTots wpiî^ov TrsvTainav, où^èv ïxi to'j JïjfAou ^cwOévTe;. » Mais dans ce dernier passage Appien se trompe. Voyez n«2.

(2) Mon. Ane, t. gr., c. 7 : « T[pt]viv av(?pwv iyi'j6iin[v ^JïjfAOCtwv irpayyLoixcDy xaTopO«wT>js (Tvyi^€'Tiv ï TKsiv' Skxa. » Cf. Suet., Aug., 27 : « Triumviratum reipublicae constituendae per decem annos administravit. » Puisqu'il est établi par les propres paroles d*Auguste qu'il fut triumvir pendant dix ans consécutife, il en résulte, d'abord, que le terme légal du second triumvirat fut le 31 décembre 33, et non pas, comme le veut Lange (III, 572) à la suite d'Appien (111., 28), le 31 décembre 32 ; car, dans ce cas, il eût été triumvir pendant onze ans. En second lieu, Tespace de dix ans assigné par Auguste à son triumvirat, prouve que la seconde période du triumvirat reposait comme la première sur une base légale, une loi ou un plébiscite. Car, de fait, Octavien a gardé ses pouvoirs, tout comme Antoine, même en 32 ; de fait il a été triumvir au moins pendant onze ans. Partant, Appien a raison dans Thistoire illjriennne (c. 28), et non, comme le veut Mommsen (Staatsr., II, 697, n« 3, 698, n« 2), dans la guerre civile (V, 95). Voyez la note précédente.

(3) Dio Cass., XLVI, 55. Cf. XLVII, 2. App.. B. C, IV, 2.

(4) Dio Cass., XLVII, 15.

(5) Il est vrai qu'en régie générale ils font décréter ces dispenses par le Sénat, qui n*en avait pas le droit. Voyez p. 117-120. En 40 un s. c. permet à Octavie, sœur d'Octavien, d^épouser Antoine, sans Tobservance du temps légal de veuvage. Plut., Ant., 31. — En 35 Octavie et Livie, femme d'Octavien, obtiennent le droit d'administrer leurs biens, avec dispense de la ^M^omaMC/orito^ (Dio Cass., XLIX, 38), sans doute aussi en vertu d'un s. c.

(6) T. I, p. 605 suiv.

restreinte. Aussi n'est-il fait mention en cette période d'aucune loi centuriate, et ne citet-on guères, en dehors de ceux qui furent votés en faveur des triumvirs et sur leur seul désir, d'autres plébiscites (i) de quelque importance que le plebincitum Falcidimn de 40, qui régla le droit de succession et des legs, et qui, même sous TEmpire, resta la base de cette partie du Droit civil (2).

Les élections étaient, peut-on dire, au pouvoir exclusif des triumvirs (3).

Partant, il ne peut être question en cette période ni de vote populaire, ni de patrinn auctoritaa préalable.

Les triumvirs gouvernent Rome, l'Italie (4) et les provinces.

Les magistrats urbains, même les consuls (5), exercent un pouvoir plutôt fictif que réel (ô), et dépendent entièrement des triumvirs.

Les triumvirs ont la libre disposition du domaine (7) et du Trésor public, et ils établissent des impôts et lèvent à Rome et en Italie des contributions ordinaires ou extraordinaires (s).

(1) Lex Ruflrena de 43 qui déclare César divus Julius (C. I., I, n9 626 = VI, no 872, cf. Dion. Casa., XL VII, 19). Inscr. Neap., no5014 : « Oenio deivi Julii parentis patriae guem senatus populusqtce Romanics in deorum numerum rettidit, » Mommsen, Staatsr., II, 733, n« 2. — Plébiscite de 37 qui renouvelle le triumvirat (p. 761, n«" 1-2).

(2) Dio Cass., XL VIII, 33. Cf. Gaj., II, 227. Paul., III, 8. Ulp., XXIV, 32. Dig., XXXV, 2.

(4) Cf. App., B. C, IV, 2, V, 3, 128-129. Dion. Cass., XLVÏII, 6, 12, XLIX,

(5) Voyez sur la durée du consulat pendant cette période, T. I, p. 606. — Dans la convention de 39 avec Sex. Pompée par laquelle les triumvirs lui assignent le consulat de 33 (T. I, 609), ils lui accordent le droit : « vTrflenûffai flCTrdvTa Ji' oTou xpîvot twv yt>wv » (App., B. C, V, 72), mais, peu après, Tunion ne s^étant pas maintenue, ils enlèvent à Pompée le consulat promis (Dio Cass., XL VIII, 54).

(6) Cf. App., B. C, V, 20, 132.

(7) Mommsen, Staatsr., II, 715-716.

(8) Dio Cass., XLVII, 14, 16, XL VIII, 31, 34, 43, XLIX, 15. App., B. C, IV, 5, 32, 34, V, 67, 130. — Ce qui est significatif aussi, c'est que dans rinscription qui mentionne l'adjudication de la reconstruction d'un mur du temple de Juno Lucina par le questeur urbain Q. Pedius (C. I., VI, n<* 358), ne se trouvent pas les termes s. c.

Des monnaies en or et en argent sont frappées à Rome par les IV V. a, a. a.f,/., parfois avec les sigles s. c, mais ordinairement sans cette inscription (i). Nous pensons que, de même que sous César, ces émissions se faisaient au nom des triumvirs, et exceptionnellement sur Tordre du Sénat.

Réglant de commun accord les intérêts généraux de l'ordre politique (2), les triumvirs se partagent le commandement des armées et l'administration des provinces. Ce partage a été modifié, il est vrai, à plusieurs repiises (3).

Chaque triumvir gouverne, d'une manière souveraine (4), la partie de l'Empire qui lui est dévolue. 11 réforme, quand bon )ui semble, les actes de ses prédécesseurs (s); il dispose des impôts ordinaires et prélève des impôts extraordinaires sur les cités provinciales et les dy nastes tributaires (ô) ; il accorde l'imniunité (7), la liberté (s), la cité romaine {9); il donne ou enlève des principautés aux rois tributaires (10) ; il guerroie contre les peuples voisins (11); il administre ses provinces soit par lui-même soit par des le^ati, nommés d'ordinaire, il est vrai, parmi les

(1) Mommsen, Hist. de la monn. rom., III, 4-6.

(2) Dio Cass., XLVI, 55, L, 1. Cf. App., B. C, V, 22.

(3) Premier partage réglé par le traité de Bologne en 43 : Dio Cass., XLYI 65, cf. XL VII, 2. App., B. C, IV, 2-3. Deuxième partage par le traité lie Philippi en 42 : Dio Cass., XLVIII, 1, 2. App., B. C, V, 3. Troisième partage par le traité de Brindes en 40 : Dio Cass., XLVIII, 28. App., B. C, V, 12, 65. Plat., Ant., 30. Quatrième partage par le traité de Misène, à la suite 4e la réconciliation avec Sez. Pompée, en 39 : Dio Cass., XLVIII, 36. App., B- C, V, 72. Plut., Ant., 32. Traité de Tarente de 37 qui exclut de nouveau Pompée : Dio Cass., XLVIII, 54, L, 26. App., B. C, V, 95, 134. Plut., Ant., 35.

(4) App., b: c, V, 22.

(5) Cf. Flav. Jos., Ant. jud., XIV, 12 § 5. Strab., XII, 3 § 14.

(6) App., B. C, V, 5-6, 129.

(7) App., B. C, V, 6.

(8) App., B. C, V, 5-7. — Nous possédons les fragments d'un s. c. de cette époque qui renouvelle en faveur d'Aphrodisias en Asie la liberté et Timmunité •t qui ratifie expressément tous les actes passés et futurs des triumvirs en faveur Recette môme ville. C. I. gr., n« 3737 b.

(9) Dio Cass., XLVIII, 45, XLIX, 16.

(10) Dio Cass., XLVIII, 45, XLIX, 22, 23, 43. Plut., Ant., 36. Flav. Jos., Ant. jud., XV, 3 § 8, 4 § 1. Strab., XIV, 4 § 3, 5 § 6. App., B. C, V, 75.

(11) Dio Cass., XLIX, 24, 36, 40. App., B. C, V, 75, Illyr., 16, 28. Liv., Ep. CXXVIII, CXXXI.

préteurs ou consuls sortis de charge, mais cependant nommés uniquement par le triumvir et dépendant entièrement de lui (i).

(I) Dio Cass., XLVIIÏ, 22, 24, XLIX, 21. App., B. C, IV, 53, V, 12, 129. Pendant la période triumvirale, il ne peut donc être question de gouverneurs administrant les provinces suis attspiciis, en vertu de leur imperium propre. Toua les gouverneurs ont la fonction de légats ou de questeurs d'un triumvir. Quel était le titre officiel de ces légats ? Le titre ordinaire semble avoir été legatus pro praetore. Pro praetore se nomment en effet sur leurs monnaies les légats et les praefecti classis des triumvirs (ainsi les monnaies portant : M. Oppiics Capito pro pr, praef. class., C. Fonteius Capito propr,, voyez Ferrero, L'ordinamento délie armate rom., p. 17, les monnaies siciliennes portant C. Arruntanus Balbus pro pr. et P. SUvapro pr,, qui appartiennent selon toute probabilité à cette époque, J. Klein, Die Verwaltun^sbeamten der provinzen der Rom. Reichs, I, 1, 89-92, la monnaie de Balbus pro pr., Mommsen, Hist. de la monn. rom., II, p. 554), à moins que ces gouverneurs ne se désignent par la questure s'ils la gèrent, par la magistrature à laquelle ils sont désignés ou par le titre d'impe>^ator. Ainsi C Sosius se nomme sur ses monnaies soit qiuaestor), soit cos, desig,, soit imp, (Eckhel, V, 314, VI, 47). Voyez encore les monnaies de Salvius cos, desig, (Mommsen, 1. 1.), de L. Bibulus M. /*• pr. desig. y et de L, Airatinus cos, desig, praef, class. (Ferrero, 1. L). — Ces gouverneurs ont-ils jamais reçu le titre de pi'vconsule ? On pourrait, pour soutenir cette opinion, invoquer les trois motifs suivants :

1<> Dans les Àcta triumphorum le titre pro cos. est attribué à tous les légats auxquels les triumvirs, à l'exemple de César (p. 725, n* 4), ont octroyé rhonneur du triomphe (plus loin, p. 767, n« 9). Pour ne citer que deux exemples, P. Ventidius, légat d^Antoine (Liv., Epit. CXXVIII, Gell., N. A., XV, 4), triompha pro COS. en 38 (Act. tr.), Cn. Domitius Calvinus, vTroorpatuvôç d'Octavien (Dio Cass., XLIÏI, 42), triompha pro cos. en 36 (Act. tr.).

2^ Le cursus honorum de certains sénateurs, dont on assigne la carrière à cette époque. Ainsi Q. Sanquinius, q. tr, pi. pr. procos, (C. I., I, n° 640), M' Cordius Rufus pr. pro cos, (^Orelli, n? 3142), M. Nonius Balbus pr, pro cos, (Inscr. neap., n^ 2405-2413).

3<* L'inscription en l'honneur de M. Titius L. f. (L. f. est la vraie leçon et non M. f., comme on lisait généralement, voyez Mommsen, Eph. ep., IV, 193). Ce M. Titius, qui fut consul en 31 avant J. C. (Eph. ep., 1. 1.). ©st appelé « pro COS. praef, classis cos. desig. » (C. I., III, n« 455, OreUi, n» 41 11).

49 Une monnaie d'Antoine, de 35 ou 34 avant J. C, sur laquelle se trouvent les mots « M. Silanus aug(ur) q(uaeslor) pro cos, (Eckhel, V, 231, Borghesi, V, 180).

Il est vrai que Ton pourrait admettre avec Mommsen, comme nous Tavons admis pour les légats de César (p. 725, n« 4), que le titre de proconsul ^ccoràé aux légats- triomphateurs, leur était donné spécialement pour le jour du triomphe. Il est vrai encore que Tépoque du proconsulat des sénateurs mentionnés au n^2, n'est pas exactement établie, et que ce proconsulat pourrait ne dater, et selon nous, ne date que du début de l'Empire. Mais, quant à Titius et M. Silanas,

D'ailleurs, contrairement aux usages républicains, les fonctions exercées par les légats sont parfois confiées à des chevaliers (i) ou même à des affranchis (2).

Il y a, en dehors des pouvoirs despotiques accordés aux triumvirs, surtout deux symptômes qui montrent toute Téten due de la révolution qui s'opérait dans les institutions romaines

C'est, d'abord, que des femmes non seulement obtiennent des privilèges politiques (3), mais encore participent d'une ma nière active et ouverte aux luttes politiques. En 41, Fulvie épouse d'Antoine, domine à Rome le Sénat et le peuple (4).

C'est, en second lieu, l'admission quasi-officielle des mem bres de l'ordre équestre à l'administration de l'Empire. En effet, Octavien n'avait pas seulement, comme César, des che valiers parmi ses conseillers intimes (5), mais il confia encore en 36, ]^ de la guerre avec Sex. Pompée, la garde de Rome et de l'Italie au chevalier Mécène (e).

Le Sénat était dépouillé, comme le peuple, de ses pouvoirs, de son autorité, de son indépendance.

nous ne voyons pas comment on pourrait leur contester, quoiqu'ils ne fussent que légat ou questeur d'un triumvir, le titre de proconsul. Ceci contredit la thèse de Mommsen (Staatsr., I, 127, n« 3), selon laquelle il n'y a aucun exemple du titre de legatus pro consule,

(1) Q. Salvidienus Rufus, chevalier (T. I, p. 607, n«7), prolégat d'Octavien dans la guerre contre Pompée (App., B. C, IV, 85. Dio Cass., XL VIII, 13, 18),

(2) Demetrius, affranchi de César, gouvernant Chypre au nom d'Antoine. Dio Cass., XLVIII, 40 § 6.

(3) En 35, Octavie et Livie (p. 761, n« 5) sont honorées par des statues, et leur personne est déclarée inviolable comme celle des tribuns (Dio Cass., XLIX, 38), probablement par un s. c.

(4) Dio Cass., XLVIII, 4 : a Autî? rà 7rpà7piaTa Siv/sx^CCt)» wdts {at^ts tic* PouXïJy piîjT» rdv (î^^ov à>Xo Tt Tiapà tô Êxetvï? (JoxoOy ;^ïjfiaTtÇ«iv » cf. ib., 10.

(5) Par ex., Q. Salvidienus Rufus et Cornélius Bajbus major. Voyez le T. I, p. 607, n*« 7 et 8.

(6) Dio Casa., XLIX, 16 : « Ta re aX>a êv t^ Trolei t^ t« >oi7rip 'ItaXqf, Tàio; Tiç Matxijvaç, âv)îp iTTTrfûç, xai rdre xal STreira \vX ttoXv (^iuxi}<r6V. )) Cf. App., B. C, V, 112. Tac, Ann., VI, Il : « Ceterum Augustus hellis eivilibus Cilnium Maecenatem, equestris ordinis, cunctis apud Romam atque Italiam praepôsuit, »» Voyez Mommsen, Staatsr., II, 708, n« 2.

Il n'exerce plus aucun contrôle réel sur les finances de l'Etat, aucune influence sur la répartition des provinces et des commandements militaires, aucune action sur l'administration et la politique générales de l'Empire.

Au reste, les triumvirs sont tout-puissants au Sénat. En leur qualité de III viri reipublicae conatituendae catisa^ ils ont le droit de convoquer, de présider et de consulter le Sénat (i).

Bien que nous n'ayons guère de renseignements positifs à ce sujet, la nature même des pouvoirs triumviraux nous permet de conclure qu'au -Sénat les triumvirs avaient le pas sur tous les autres magistrats (2), exerçant Yintercessio à l'égard de tous, sans être soumis eux-mêmes à l'intercession des magistrats ordinaires, pas même des tribuns (3).

Que si même ils ne dominaient pas le Sénat en droit, ils le dominaient de fait; car les magistrats urbains étaient nommés et au besoin déposés par eux, et le Sénat avait été rempli de leurs créatures (4).

D'ailleurs, comme nous l'avons dit plus haut, la loi même qui les avait institués les dispensait formellement de l'obligation de demander l'avis du Sénat (5).

Il est donc naturel que les sénatusconsultes dont on fait mention pendant cette période, soient peu nombreux et peu importants.

Tel est le sénatusconsulte qui, conformément à l'avis du collège des pontifes, ordonne d'enlever du champ de Mars les restes de M. Oppius, qui y avaient été enterrés sur l'ordre du

(1) Varr. chez GeH., N. A., XIV, 7 § 4. Cf. Dion. Cass., XLVIII, 8, XLIX, 15. App., B. C, V, 130.

(2) Môme, en 32, quand le temps légal du triumvirat était expiré, Octavien préside le Sénat a Iv fMO'u tûv ymàxtayt ïià (féfpou âp;^ixov tX^vetç, 9 DioCass., L,2.

(3) On ne mentionne aucun exemple d'une telle intercession. Les tribuns conservent naturellement le droit d'intercéder contre les relationes des autres magistrats. Ainsi, lorsque le 1*' janvier 32, alors que le terme légal du triumvirat était déjà expiré, il est vrai, le consul C. Sosius voulut, en l'absence des triumvirs, faire un s. c. favorable À Antoine et hostile & Octavien, le tribun Nonius Balbus intercéda. Dio Cass., L, 2.

(4) T. I, p. 604 suiv.

peuple (i), et cet étrange sénatusconsulte de 33 qui défend de poursuivre du chef de brigandage (eTrl Ir^tTreLcx) des membres des familles sénatoriales (iJiYiSéva, tôv èç ryjv yepovtriav ts^ouvtwv) (2).

Mais le rôle principal du Sénat consiste à donner la forme extérieure de la légalité aux actes des triumvirs.

Siégeant comme haute cour de justice, en lieu et place des quaestiones perpeiuae, le Sénat sert la vengeance d*Octavien, en condamnant à mort en 43 le préteur Q. Gallius, accusé par Octavien d'avoir voulu attenter à sa vie (3), et, en 40, le consul désigné Salvidienus Rufus, auquel Octavien imputait des excitations à la révolte (4).

En 39, il ratifia en bloc tous les actes que les triumvirs avaient posés depuis leur entrée en charge (5). Il charge Antoine de la guerre contre les Parthes et revêt de son autorité les décisions projetées par Antoine relativement aux dynastes et aux cités orientales (e). Il ratifie d'ailleurs par anticipation tous les actes futurs d'Antoine en Orient (7).

Le Sénat accorde aux triumvirs (s) et, sur la demande de ceux-ci, à leurs légats (9), le triomphe, Yovatio^ des jours de supplications ou d'autres honneurs (10), même à la suite de

(1) Dio Cass., XLVIII, 53. Ce M. Oppîus fut édile en 37 et mourat peu après a ou 9roX^(û uffTepov, n probablement donc pendant le triumvirat.

(2) Dio Cass., XLIX, 43.|Ge sénatusconsulte se rattache sans doute aux mesures prises par Octavien en 34 contre le brigandage qui avait envahi môme la Capitale (App., B. C, Y, 132); mais le texte si concis de Dion ne nous donne pas une explication suffisante du s. c.

(3) App., B. C, III, 95. Voyez le T. I, p. 569, n^ 19.

(5) Dio Cass., XLVIII, 34.

(6) Flav. Jos., Ant. Jud., XIV, 14 § 4, BeU. jud., I, 14 § 4. Cf. App., B. C, V, 75. Corp. Inscr. Graec, II, n« 2737, b, 4-6.

(7) App., B. C, V, 75.

(8) Triomphe : Dio Cass., XLIX, 21, 38. App., Ulyr., 28. — Ovations : Dio Cass., XLVIII, 31. Cf. Mon. Ane, t. lat., c. 4. Suet.. Aug., 22.— Supplications : Dio Cass., XLVIII, 3, 41, XLIX, 21, 32. Cf. Mon. Ane, 1. 1. C. I., I, 324, fast. Amit. au 3 sept.

(9) Dio Cass., XLVIII, 42, XLIX, 21, 42. Cf. Acta tr. (p. 764, n« 1).

(10) S. c. qui autorise Agrippa à porter la couronne navale, qu*il avait reçue d*Octavien. à toutes les fêtes où les triumphaîes portaient la couronne de laurier. Dio Cass., XLIX, 14 § 4.

rapports dont la fausseté ou Texagération était reconnue (i).

Instrument docile au service du plus fort, lorsque des querelles éclataient entre les maîtres de Rome, ce qui arrivait assez fréquemment, le Sénat était toujours prêt à déclarer ennemi de la République l'adversaire du plus puissant, et à combler ce dernier de toutes ses faveurs.

En 41, à la suite du différend survenu entre Octavien et le consul L. Antonius, frère du triumvir, L. Antonius est proclamé ennemi de la République (2).

Mais ce fut surtout en 36, après la victoire d'Octavien sur Sex. Pompée et après la destitution de Lepidus, que le Sénat (s; décréta à Octavien de nombreux honneurs. Immédiatement après la nouvelle de la victoire, il lui vote entre autres une ovalto, une statue triomphale dorée à placer au forum sur une colonne entourée de rosira, et une fête anniversaire de la victoire, pendant laquelle Octavien, accompagné de sa femme et de ses enfants, prendrait part à un festin donné au temple de Jupiter Capitolin (4). Au retour d'Octavien, le Sénat décrète que sa personne est sacrosainte comme celle des tribuns, sur le banc desquels il obtient le droit de siéger (5), et il lui vote un hôtel au frais de l'Etat (e). D'ailleurs, déjà depuis 40 avant J.C, Octavien avait ^doipté \e praeftomen Imperatoris, qu'il considérait comme un titre héréditaire légué par César (7).

Le P janvier 32 était le terme où expiraient les pouvoirs légaux d'Octavien et d'Antoine.

Néanmoins ils continuèrent en fait à user de leurs pouvoirs

(1) Dio Casa., XLIX, 32.

(2) Flor., IV, 5 § 3 : « L. Antonius totius senatus suffragiis hostis juàicatus. » Voyez sur L. Antonius, le T. I, p. 573, n^ 32.

(3) Dio Cass., XLIX, 16 § 1 « Trapà t^; jSou^^ç. » App., B. C, V, 130 : « £ '» )3ov>ij Ttjxàç êj^uyidaro âpirpouç, »

(4) Dio Cass., XLIX, 15 § l. Cf. App., B. C. V, 130.

(5) Dio Cass., XLIX, 15 § 6 : « Tô piire Ip7w pïjw \^^ tt ûCpiÇiTÔau* fi 9t u-k^ Tot; auTotç tôv toioOtô Tt ^pitrixvxa hiy^ttrBai olairtp In-t tw ^liiiàpj^ta iriTfltxfO, x»* yàp inl twv auTwv pàOpwv ovYxaGéÇédOoi (xytffiv ïka&i, 9

(6) Dio Cass., 1. 1., § 5.

(7) Mommsen, Staatsr., II, 744, n" 1-2.

absolus (i). Mais, dès le coramencement de Tannée, la discorde éclata ouvertement entre les deux maîtres de Rome.

Octavien sut mettre à profit l'indignation causée à Rome par la condescendance d'Antoine à l'égard de Cléopatre, aux enftints de laquelle il avait cédé des provinces orientales (2). Le Sénat se déclara en faveur d'Octavien. Les deux consuls en fonctions, Cn. Domitins Ahenobarbus et C. Sosius, qui étaient du parti d'Antoine, et de nombreux sénateurs quittèrent la ville et rejoignirent Antoine (3). De même qu'en 49 il y avait eu un Sénat pompéien en Thessalie et un Sénat césarien à Rome, de même maintenant il y avait près d'Antoine un Sénat antonien, à Rome le Sénat césarien (4). Le Sénat de Rome proclama Antoine déchu de tous ses pouvoirs et du consulat auquel il avait été désigné pour 31 (5), et, déclarant la guerre à Cléopatre (e), il la déclara indirectement à Antoine.

Les sénateurs, au nombre de 700, jurèrent fidélité à Octavien (7) et lui maintinrent le consulat auquel il avait été désigné pour 31, et qu'il garda ensuite sans interruption jusqu'en 23.

Octavien confia de nouveau, en 31, la garde de la ville et de l'Italie ali chevalier Mécène (s), et partit pour la guerre contre Antoine.

La victoire d'Actium, remportée le 2 septembre 31 (9), rendit Octavien seul maître de l'Empire romain (10).

(1) Antoine se donne encore le titre de III vir, r. 'p. c. sur les monnaies frappées en 31. Mommsen, Staatsr., II, 697, n« 5.

(2) Dio Cass., XLIX. 41, L, 4. Cf. Plut., Ant., 54. Suet., Aug., 17. Strab., XIV. 5 §6. p. 751.

(3) Dio Cass.. L, 2. 20. Cf. Suet., Aug., 17.

(4) DîoCaas., L, 2, 20.

(5) App., B. C ÏV, 38, 45. Dio Casa., L, 4, d, 10, 20, 21, 26. Plut., Ant., 60. Cf. Strab., XÏV, 5 § 6.

(6) Dio Cass., L, 4, 6. Plut.» Ant., 60.

(7) Mon. Ancjr-, t. lat,, c, 25*

(8) Dio Cass.» U, 3. Tac, Ann., VI, IK Vell, PaL, H, 88 § 2. Cf. Âpp. B. C, IV, 50.

(9) Dio Ca»a., L, 33 suiv,

(10) Dio Cûs«*, Ll; 1. Cf. c. L, l, p. 324.

Les sénateurs qui avaient suivi Antoine furent mis à mort ou punis de la confiscation de leurs biens ; d'autres obtinrent le pardon du vainqueur (i).

Octavieii se rendit à Brindes, en 30, pour recevoir l'hommage du Sénat et des magistrats qui y étaient venus tous en corps. Les tribuns de la plèbe et deux préteurs restèrent seuls à Rome pour l'administration de la ville (2).

Le consul Octavien étant retourné ensuite en Asie pour pacifier l'Orient, le Sénat lui décerne honneur sur honneur par une série de sénatusconsultes.

Le Sénat lui décrète le triomphe, un arc de triomphe à Brindes et un autre au Forum de Rome, des fêtes quinquennales et des supplications à l'anniversaire du jour de sa naissance et de l'annonce de la victoire d'Actium à Rome. Les vierges vestales, le Sénat et le peuple iront en cortège à sa rencontre, quand il fera son entrée triomphale.

Les statues d'Antoine sont renversées, le jour anniversaire de sa naissance est déclaré néfaste, et le prénom Marcus est interdit aux membres de \?Lffens Antonia (3).

Plus tard, dans le courant de la même année, quand le Sénat eut appris la mort d'Antoine, il vota à Octavien des couronnes, des supplications et un nouveau triompTie. Le jour de la prise d'Alexandrie serait le commencement de l'ère Alexandrine(4).

Octavien obtient la puissance tribunicienne à vie (5), le droit

(1) Dio Cass., LI, 2. ,

(2) Dio Cass., LI, 4.

(3) Dio Caas., LI, 19 g 1-3. Plut., Cic, 49. Cf. C. I., I, 324. Fast. Amit. aa 2^ septembre.

(4) Dio Cass., LI, 19 § 5-6.

(5) Dio Cass., LI, 19 § 6 : a Tdv KavjoLpaL ri^v ti iÇov^iav nôv rûy ^vy^px^^^^ jBîov s;^<iv, xal xoîç STriSoupivoïc autov xal èvTo; Toù irupiisplou xal cÇu fâ^/^; oyiôov içiuffxa^ioM apuvsiv, S pQ'Tcvl rûv (fijfAap^^ovvTuv cÇi}v. » Sur cette dernière partie du texte, voyez Mommsen, Staatsr., I, 67-68, n« 1. D'après App., B C, V, 132, et Gros., YI, 18, la puissance tribunicienne viagère fut déjà accordée à Octavien en 36, alors que d'après Dion Cassius Octavien obtint seulement la qualité de sacrosanctics et le droit de siéger sur le subseUium tribunicium (voyez p. 768, n« 5). Mommsen, qui dans les Res gest, divi Auç.tp. 28, avait préféré les témoignages de Dion Cassius, s'en réfère maintenant A

de juger toute cause en appel, et d'absoudre dans tous les procès par le suffrage de Minerve (i).

Le nom d'Octavien serait récité dans les prières publiques faites pour le salut du Sénat et du peuple romain, et à tous les repas publics ou privés une libation serait faite en son honneur (2).

Une loi, proposée à la fin de Tan 30 par le consul Saenius, conformément à un sénatusconsulte antérieur, investit Octavien du droit d'augmenter le patriciat, en conférant cette dignité à des familles plébéiennes (3).

Le l' janvier 29, le Sénat ratifia tous les actes d'Octavien et prêta le serment de les observer.

Octavien obtint le droit de nommer des membres au delà du nombre normal dans les collèges de prêtres. Son nom serait inséré dans les chants saliens et une tribu recevrait le nom de tribus Julia. Il reçoit le droit de porter la couronne triomphale à toutes les fêtes publiques; le jour de son retour à Rome sera à l'avenir un jour de fête, et les sénateurs qui ont participé à

Appien (Staatsp., II, 836, n« 6, 837, n® 1). Il invoque le passage du Mon. Ane, 11,21 : ** et sao*osan[ctics ut essem,,. et ut qu]o{ad\ viverem, tHhunicia potesias miM,.. » et celui de Tac, Ann., I, 2 : « Posito triumviri nomine consulem se fh'ens et ad tuendam plebem trihunicio jure contentum. • Mais le Monumenium Ancyranum distingue précisément entre les deux privilèges d'Octavien et met en première ligne sacrosanctus utessem. Si Octavien avait reçu dés Tan 36 toute la puissance tribunicienne, la qualité de sacrosaint en eût été une conséquence qu'il était inutile d'énoncer, ou qu'il fallait du moins mettre à la seconde place. De plus, le passage de Tacite où il est question du ^'us tribuniciumy se rapporte non à Tannée 36, où Octavien était triumvir et n'était pas consul, mais à Tannée 31, où il déposa le triumvirat, étant consul.

(1) Dio Cass., LI, 19 §7 : « "ExxXqtov tï (^txâl^ivy xal rj/ij^ov Ttva aÙToO Iv Tràffi T0Î5 (ftxaffTîjpioiç wdTTcp 'AGîjvâ; yipeffôat » — Cf. Mommsen, Staatsr., II, 939, n®2.

(2) Dio CasB., 1. 1.

(3) Mon. Ane, c. 8 : « Patriciorum numerum av^i constd quintumjtcssu populiet sencUus. » Cf. Dion. Cass., LU, 42, qui ne mentionne que le s. c. — Auguste exécuta donc en 29 la mesure décrétée par la leœ Saenia (Tac, Ann., XI, 25), portée eœ s. c par L. Saenius qui fut cos. suff. pendant les mois de novembre et de décembre 30 (C. L, I, 471). Dio Cassius est dans Terreur quand il admet qu'une adtectio de patriciens a déjà eu lieu en 33 (XLIX, 43) : « '0 KaWap... f; tô TÔDy sv;raTpi(f&>y ysvo; ex tov tt^ijOovc Tivàc rlojfiTapicvu ; r^; PovXij; co-Q'/a^cy. » Voyez Mommsen, Rea gestae divi Aug., p. 20, Staatsr., II, 1047, n* 1.

ses expéditions prendront part au triomphe, revêtus delà toge de pourpre. Le Sénat, enfin, pour célébrer le rétablissement de la paix dans tout l'Empire, décréta la fermeture du temple de Janus (i).

Mettant volontairement un terme aux pouvoirs absolus qu'il avait exercés de fait depuis la fin du triumvirat (2), Octavien, pendant son sixième et son septième consulat (28-27) (3), dota l'Etat d'un ensemble d'institutions qui restèrent les fondenaents de la Constitution romaine pendant trois siècles. Octavien devint Auguste. La République se transforma en Empire.

(1) Dio Cass., LI, 20. Cf. Mon. Ane, c. 10, t. gr. : « T[ô ovofta po]y ovvx^îjxou ^ôyfAari êvTreoiAvfOi} gl; [toù]; ora^iuv û|xvou;. )) Cf. ib., c. 13, et MomiiLsen, Res geetae, p. 31.

(2) Finances : Dio Cass., L, 10, LI, 3. Plut., Ant., 58. — Provinces : Dio Cass., Lï, 2. Strab., XII, 3 § 14. — Rome et l'Italie : Dio Cass., LI, 3.

(3) Mon. Ane, c. 34. Tac, Ann., III, 28 : « Sexto demum consulatu Caesar Augusius, potentiae securus, quae iriumviratu jusserat^ abolevit deditquejura quis pace et principe uio^emur, n

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